L'origine du mot mausolée : de Mausole à Hadrien

Le terme mausolée fut employé par Cicéron, Properce, Florus pour désigner la tombe de Mausole et de grands tombeaux dynastiques à Rome et Alexandrie.
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Parmi les Sept Merveilles du monde antique se trouvait le mausolée d’Halicarnasse. Ce gigantesque monument funéraire du satrape de Carie entra dans l’histoire comme étant Le Mausolée. Le substantif fut évidemment un dérivé du nom du propriétaire de l’imposante tombe, pourtant, il n’apparut que des siècles après l’édification de la sépulture.

Cicéron et Properce

Cicéron fut, semble-t-il, le premier à qualifier la tombe du satrape de Carie de mausolée (Tusculanes, 3, 75). Le poète Properce appréciant le nouveau terme l’utilisa également dans une élégie ( Elégies , III, 2, 19).

Le Mausolée d’Auguste

Quelques années plus tard, Octave, fils adoptif et héritier de son oncle César, se fit construire, à Rome, un grand monument funéraire circulaire. Il venait de triompher sur son rival Antoine et de réunifier le territoire romain. Devenu le premier princeps – premier empereur de Rome –, il tenta de former une dynastie; mais, il dû enterrer plusieurs de ses successeurs désignés: Marcellus, son petit-fils Caius César. Son monument funéraire devint alors un tombeau dynastique. En 28 avant notre ère, l’édifice fut achevé. Octave, devenu Auguste, le fit appeler mausolée. Les auteurs anciens, même les écrivains grecs tels que Strabon, l’appelèrent également ainsi. Seul Tacite, hostile au principat et attaché au latin archaïque refusa d’utiliser le terme mausolée et préféra celui de tumulus.

A sa mort, Auguste fut inhumé dans son mausolée: « les principaux chevaliers recueillirent ses cendres, pieds nus, en simple tunique et sans ceinture, et ils les déposèrent dans le Mausolée, qu’il avait fait élever pendant son sixième consulat, entre le Tibre et la voie Flaminienne; il l’avait même entouré d’un bois» (Suétone, Divin Auguste , 100, 8).

Le mausolée d’Othon

Durant la crise de l’an 69, le terme mausolée prit un nouveau sens. L’empereur Vitellius écrasa son rival Othon. Lorsqu’il pénétra dans le camp pillé de son ennemi et trouva le corps de son rival, il s’écria, d’après Suétone, que ce lieu était un mausolée digne d’Othon. Ainsi, le terme mausolée devint un nom commun. Il ne désignait plus uniquement la tombe du satrape de Carie et celle d’Auguste et de ses successeurs.

Le Mausolée d’Hadrien

A l’époque d’Hadrien (117-138), l’historien Florus qualifia la tombe de Cléopâtre VII, située à Alexandrie, de mausolée. Le gigantesque monument funéraire de l’empereur fut aussi appelé ainsi. Aujourd’hui, il est connu comme étant le château Saint-Ange à Rome. Un mausolée devint donc un grand monument funéraire dynastique.

Y avait-il des mausolées en Anatolie?

Alors qu’en Occident et à Alexandrie, on vit se multiplier les mausolées, en Anatolie, ce terme ne se répandit guère malgré la présence de la célèbre tombe du satrape de Carie. Les grands tombeaux furent parfois nommés Uperôon , mais jamais, ils ne devinrent des mausolées.

Bibliographie sélective :

P.J.E. DAVIES, Death and the Emperor. Roman imperial funerary monuments from Augustus to Marcus Aurelius , Cambridge, 2000.

H. VON HESBERG, S. PANCIERA, Das Mausoleum des Augustus. Der Bau und seine Inschriften , Munich, 1994 ( Bayerische Akademie der Wissenschaften. Philosophisch-historische Klasse. Abhandlungen – Neue Folge , h. 108).

K. KRAFT, Der Sinn des Mausoleums des Augustus , dans Historia. Zeitschrift für Alte Geschichte , b. 16, 1967, p. 189-206.

J. KUBINSKA, Les Monuments funéraires dans les inscriptions grecques de l’Asie mineure , Varsovie, 1968 ( Travaux du Centre d’Archéologie méditerranéenne de l’Académie polonaise des Sciences , t. 5).

S. POLET, Le Mausolée d’Halicarnasse , dans Volumen , n°3, 2009, p. 52-93.

J.-C. RICHARD, « Mausoleum » : D’Halicarnasse à Rome, puis à Alexandrie dans Latomus , t. 39, 1970, p. 370-388.

J. M.C. TOYNBEE, Death and burial in the Roman world , Londres, 1971.

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