Mausole : satrape de Carie (Turquie) et bâtisseur du mausolée

Mausole, satrape de Carie, fut le constructeur du célèbre Mausolée, l'une des sept merveilles du monde. Il fut aussi un conquérant au service des Perses.
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La Carie est une région située au sud-ouest de la Turquie, où les Grecs avaient fondés des colonies sur la côte. Les plus célèbres d’entre elles étaient Halicarnasse (l'actuelle Bodrum) et Cnide. Au VIe siècle avant notre ère, la région fut soumise par Crésus, le roi de Lydie. Ce dernier fut, à son tour, soumis par les Perses Achéménides. La Carie devint alors une satrapie, une province de l’immense empire.

Les Cariens

Le peuple carien, d’origine indo-européenne, était organisé en koinon : une alliance des cités. Une dynastie indigène parvint à être acceptée par les rois des rois de Persépolis. Contrairement à la plupart des satrapes, la Carie put donc être gouvernée par des dynastes indigènes. Parmi les membres de cette première dynastie carienne, une femme s’imposa: Artémise, la fille de Lygdamis. Elle commanda une partie de la flotte perse durant la seconde guerre médique et fut même l’une des conseillères de Xerxès! Jamais aucune femme n’était parvenue à disposer d’autant de pouvoir et d’influence au sein de l’empire perse.

Hécatomnos

Vers 395/391 avant notre ère, Hécatomnos, un Carien devint satrape. Il fut le fondateur d’une seconde dynastie, celle des Hécatomnides. Son pouvoir fut vite reconnu par les rois perses. Sa capitale satrapique était Mylasa, une cité située à l’intérieur des terres.

Mausole, satrape de Carie

En 377, Hécatomnos décéda et son fils Mausole lui succéda comme satrape de Carie. Ce dernier fit transférer la capitale à Halicarnasse. Très ambitieux, Mausole se lança dans des guerres de conquête. Ainsi, il s’empara des îles de Cos et de Rhodes. L’historien grec, Diodore de Sicile le qualifiait de «maître de forteresses et de villes considérables» ( Bibliothèque historique , XV, 90, 3).

Mausole demeura malgré tout fidèle au roi perse. Lors de la révolte du satrape de Phrygie, Ariobarzanès, Mausole commanda la flotte perse d’Artaxerxès II qui devait châtier le rebelle, soutenu par Athènes et Sparte. Ariobarzanès fut livré par son fils et crucifié vers 364.

Mausole, un homme avare ?

Les textes grecs donnent généralement de Mausole l’image d’un homme avare. Ainsi le pseudo-Aristote livre deux récits pittoresques mais peu crédibles: «Mausole, tyran de Carie, à qui le Grand Roi avait envoyé des légats pour l’avertir d’avoir à payer le tribut, fit assembler les citoyens les plus fortunés du pays et leur déclara que le Roi demandait le tribut, mais que lui-même n’avait pas les fonds suffisants. Aussitôt, des hommes qui avaient reçu des instructions dans ce sens se mirent à lui indiquer quelle somme chacun d’eux s’engageait à verser: en les voyant agir de la sorte, les plus riches, à leur tour, inspirés soit par la honte, soit par la crainte, promirent et payèrent bien plus que les premiers» ( Economique , II, 13a). «Une autre fois, encore pressé par le besoin d’argent, il fit assembler les habitants de Mylasa et leur dit: "Notre ville, qui est ma patrie, n’est pas fortifiée, et le Grand Roi marche contre nous!" Alors il donna l’ordre aux citoyens de lui apporter chacun tout l’argent qu’il pourrait, en les assurant que les versements qu’ils feraient maintenant servaient précisément à garantir les biens qui leur restaient. Nombreux furent ceux qui s’exécutèrent, et Mausole s’appropria l’argent; quant au rempart, il prétendit que le dieu s’opposait dans les circonstances actuelles à sa construction» ( Economique , II, 13b).

Mausole fut-il un rebelle ?

Diodore de Sicile affirmait que le satrape s’était révolté contre le Grand Roi. Mais l’historien et philosophe Xénophon, contemporain des événements, affirme quant à lui que Mausole demeura fidèle au roi de Perse. Une inscription grecque découverte à Mylasa, évoque cependant une affaire judiciaire impliquant Mausole. Le satrape fut accusé de quelque chose par un certain Arlissis fils d’Oussollos, ambassadeur de Carie auprès d’Artaxerxès II. L’accusateur fut condamné par le roi et Mausole fut blanchi. Malheureusement les faits reprochés par l’ambassadeur demeurent inconnus: «Dans la trente-neuvième année d’Artaxerxès régnant, Mausole étant satrape, il a plus aux Mylasiens, assemblée ordinaire, chacune des trois tribus ayant participé à la décision; attendu qu’Arlissis fils d’Oussollos, envoyé par les Cariens auprès du Roi, a méconnu les devoirs de sa charge d’ambassadeur et a voulu nuire à Mausole, bienfaiteur de la cité des Mylasiens, à lui, à son père Hékatomnos et à leurs ancêtres, le roi ayant jugé qu’Arlissis était coupable et l’ayant condamné à mort, que la cité des Mylasiens en agisse avec ses biens comme le prévoient les lois ancestrales, les ayant remis à Mausole, ils ont prononcé les malédictions pour que nul ne mette aux voix ou ne fasse de proposition contrevenant à ces dispositions, si quelqu’un y contrevient, qu’il soit anéanti, lui et tous ceux qui naîtront de lui ».

Mais du «règne de Mausole», les historiens et archéologues modernes retiennent surtout la construction d’un immense monument funéraire, le célèbre Mausolée d’Halicarnasse, l’une des sept merveilles du monde !

Les successeurs de Mausole

Mausole décéda en 353 avant notre ère, son épouse, Artémise II (353-351) devint la première femme satrape. Après elle, l’un des frères de Mausole, Idrieus (351-344) lui succéda. Son épouse Ada occupa à son tour la charge de satrape après le décès. Mais après quatre ans, Ada fut chassée par un autre frère de Mausole, Pixodaros (340). Le roi Darius III n’accepta pas ce coup d’Etat et il envoya un satrape perse pour gouverner la Carie: Orontobatès (340-334). Ce dernier était l’un des gendres du Grand Roi. En 334, lorsqu’arriva Alexandre le Grand dans la région, Ada, toujours en vie, l’accueillit avec faste. Pour la remercier, Alexandre lui offrit la cité carienne d’Alinda.

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