Osorkon II, grand roi de la période libyenne en Egypte antique

Diplomate, guerrier, bâtisseur, Osorkon II eut un long règne à la tête de l'Egypte. Plusieurs chef-d'œuvres de son règne sont exposés dans les musées.
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Fils de Takélot Ier (XXIIe dynastie) et de la reine Kapès, Osorkon II régna longtemps sur l’Egypte. Il eut au moins trois épouses: Karomama, Djed-Mout-es-ankh et Iset-em-kheb. Il eut de nombreux enfants: les princes Chéchonq , Hornakht, Nimlot; et les princesses Tasha-kheper, Karomama, Tjebastetperou. Enfin, son successeur, Takélot II, fut probablement l’un de ses fils.

Dès le début de son règne, Osorkon II eut de grandes ambitions. Il copia plusieurs noms de Ramsès II ( nom d’Horus et second cartouche). Il copia aussi Chéchonq Ier , le fondateur de la dynastie en adoptant des noms guerriers dans sa titulature.

Osorkon II et Boubastis, la cité de Bastet

De nombreuses traces d’Osorkon II furent mises au jour à Boubastis, cité du Delta, berceau de la XXIIe dynastie. Quelques bas-reliefs furent transportés au British Museum de Londres et au musée de l’université de Pennsylvanie à Philadelphie. En l’an 22 de son règne (853 a.c. selon Kitchen), il célébra une fête- sed à Boubastis. Il fut l’un de trois seuls rois d’Egypte à illustrer le déroulement de cette cérémonie qui montrait la puissance du roi. Une fête- sed était effectuée quand un roi estimait avoir régné longtemps. Osorkon II attendit 22 ans avant d’organiser cette cérémonie. Osorkon II fit décorer une partie des murs et des colonnes de la salle hypostyle du temple de Bastet. Il fit aussi ériger une petite colonnade devant le temple du dieu lion Mahès (fils de Bastet à Boubastis). Enfin, une nouvelle cour, réalisée devant le temple de Bastet, permit de graver dans la pierre les scènes de sa fête- sed .

Osorkon II et Tanis

Osorkon II effectua aussi des constructions à Tanis, sa capitale. La tombe du prince Hornakht fut mise au jour dans cette cité. Le sarcophage, les vases canopes et les oucbetis retrouvés dans la sépulture furent envoyés au musée du Caire. Osorkon II fit aussi bâtir une avant-cour et une porte monumentale dans le temple d’Amon. Une statue du roi fut retrouvée dans ce temple. La tête est au musée de Philadelphie (musée de l’Université de Pennsylvanie) et le corps au musée du Caire…

Osorkon II effecta aussi quelques travaux à Léontopolis (Delta) et à Karnak. Ses cartouches furent retrouvés dans le portique des Boubastides (première cour du temple d’Amon).

Les princes Nimlot et Chéchonq

Osorkon II plaça ses fils aux postes les plus importants de l’Egypte. Il nomma Nimlot «vice-roi» et grand prêtre d’Hérichef à Hérakléopolis Magna. Cette cité permettait de contrôler le Fayoum et l’accès au Delta. Osorkon envoya ensuite le prince à Thèbes pour remplacer le grand-prêtre d’Amon Harsiésis, le fils de l’éphémère roi Chéchonq II , qui venait de décéder. Cette nomination semble avoir entraîné des troubles car le nom du prince fut martelé.

Le prince Chéchonq fut nommé grand-prêtre de Ptah à Memphis, l’une des plus prestigieuses fonctions religieuse d’Egypte. Osorkon II mit ainsi fin à une dynastie locale de grands-prêtres de Ptah.

Politique étrangère d’Osorkon II

Malgré ses origines libyennes, Osorkon II n’hésita pas à combattre les Libyens. Il ne se voyait probablement plus comme un descendant de Libyens mais comme un roi purement égyptien.

Comme ses prédécesseurs, Osorkon II poursuivit les bonnes relations avec la cité phénicienne de Byblos. En Judée, il se rapprocha des Philistins, anciens ennemis de l’Egypte. Ce changement dans la diplomatie égyptienne s’expliquait sans doute par la présence menaçante des Assyriens dans la région. D’après les sources assyriennes, plusieurs royaumes du Levant (Damas, Hamath, Byblos et Israël) et l’Egypte s’unirent pour tenter de stopper les armées de Salmanazar III. Les coalisés et les Assyriens estimèrent avoir gagné la bataille qui eut lieu à Qarqar en 853. Il est probable que les pertes furent effroyables dans les deux camps, s’il y eut un gagnant, il remporta une victoire à la Pyrrhus. Salmanazar III fit circuler des textes terrifiants pour empêcher de nouvelles révoltes et coalitions contre lui: «Je [Salmanazar III] tuai 14 000 de leurs guerriers, fondant sur eux comme Adad lorsqu’il fait pleuvoir l’orage. Je répandis leurs cadavres partout et remplis la plaine de leurs soldats en fuite […]. La plaine était trop petite pour […] les enterrer. Avec leurs cadavres je remplis l’Oronte d’une rive à l’autre avant qu’il y eût un pont». C’est dans ce contexte de guerre qu’Osorkon II s’allia avec les Philistins afin d’avoir un Etat-tampon assez puissant entre l’Egypte et les Assyriens.

La fin du règne

Le fils ainé d’Osorkon II, le prince Chéchonq, décéda en l’an 23. Il fut inhumé à Memphis. La tombe intacte du prince fut mise au jour en 1942. Quelques mois après le décès de son fils, Osorkon II s’éteignit à Tanis. Takélot II monta alors sur le trône.

Chef-d’œuvres du règne d’Osorkon II

Durant le règne d’Osorkon II, deux chef-d’œuvres de l’art égyptien furent réalisés. Le premier est une statuette en or massif, de 17,50 cm de haut, du dieu Amon. Elle est exposée au Metropolitan Museum de New York. Le second est un pendentif en or, lapis-lazuli et verre rouge exposée au Louvre . Osorkon II est représenté assis entre Isis et Horus. Dans les deux cas, les œuvres sont extrêmement soignées et témoignent d’une parfaite maîtrise du travail de l’or durant la XXIIe dynastie.

Bibliographie sélective :

BADAWY (A.), "Das Grab des Kronprinzen Scheschonk, Sohnes Osorkon’s II und Hohenpriesters von Memphis", dans Annales du Service des Antiquités de l'Egypte , t. 54, 1954, p. 153-177, t. I-XVI.

BOTHMER (B.V.), "The Philadelphia Cairo statue of Osorkon II (membra dispersa III)", dans The Journal of Egyptian Archaeology , v. 46, 1960, p. 3-11.

BROEKMAN (G.P.F.), DEMARÉE (R.J.), KAPER (O.E.), The Libyan Period in Egypt , Louvain, 2009.

JACQUET-GORDON (H.K.), "The inscriptions on the Philadelphia Cairo statue of Osorkon II", dans The Journal of Egyptian Archaeology , v. 46, 1960, p. 12-23.

JANSEN-WINKELN (K.), Weiteres zum Grab Osorkons II , dans Göttinger Miszellen , h. 102, 1988, p. 31-39.

LECLANT (J.) s. dir., L’Égypte du crépuscule. De Tanis à Méroé 1070 av. J.-C. – IVe siècle apr. J.-C. , Paris, 2009 ( L’Univers des Formes - Egypte ).

REISNER (G.A.), FISHER (C.S.), LYON (D.C.), Harvard excavations at Samaria 1908-1910 , vol. 2, Plans and Plates , Cambridge, 1924.

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