Osorkon l'ancien, premier roi libyen sur le trône d'Egypte

Bien avant l'illustre Chéchonq, fondateur de la XXIIe dynastie, un roi libyen monta sur le trône d'Egypte, il se nommait Osorkon.
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Après les glorieux règnes de Psousennès Ier (1039-991) et d’ Amenémopé (993-984), l’histoire des rois de la XXIe dynastie semble plus obscure. Longtemps, les égyptologues on pensé que le successeur d’Amenémopé était Siamon (978-959). En effet, ce dernier semble être un parent du successeur de Psousennès.

Un texte méconnu sur le toit du temple de Khonsou à Karnak

Pourtant, en 1976, l’égyptologue français J. Yoyotte allait modifier la liste des rois de la XXIe dynastie. Il s’intéressa à un texte pratiquement effacé sur des dalles du toit du temple de Khonsou à Karnak. Cette inscription, en hiéroglyphes, avait été copiée par Lepsius (XIXe siècle) et Daressy (début XXe siècle), mais elle n’avait jamais été étudiée scientifiquement.

Le texte datait du règne du roi Takélot III, fils d’Osorkon III (XXIIe dynastie). Il s’agissait de la «biographie» d’un prêtre du dieu Khonsou, Ankhefenkhonsou. Le plus intéressant était la généalogie de celui-ci. Elle remontait jusqu’au grand-prêtre d’Amon Menkheperré (fils de Pinedjem Ier), au début de la XXIe dynastie. Parmi les ancêtres d’Ankhefenkhonsou on trouve une femme d’origine libyenne dans son ascendance paternelle. Elle était la fille d’un grand chef des Ma (ou Meshouesh), ce qui signifie qu’il dirigeait un peuple libyen installé dans le Delta central ou occidental: «Son [père] étant [le grand chef] des Ma et grand de district Pasherenêsé, fils de Rywerhen, fils de Rytisa, et dont la mère fut Tasherenêsé, fille de Rywerhen, le Héros dont la mère fut Tashaâkheper, la divine épouse du roi Osorkon, le fils de Mehytouskhé […]» (trad. Yoyotte).

La dame Mehytouskhé

Le texte évoquait un roi Osorkon dont l’épouse était une certaine Tashaâkheper. La mère de ce roi se nommait Mehytouskhé. Or, jusque-là, quatre rois portant le nom d’Osorkon étaient connus. Mais aucun d’eux ne convenait. L’épouse d’Osorkon Ier était Maatkaré, celle d’Osorkon II se nommait Kapès, celle d’Osorkon III était la reine Tadibastet et la femme d’Osorkon IV se prénommait Kamama ! Mais la grand-mère du fondateur de la XXIIe dynastie, le libyen Chéchonq Ier se nommait Mehytouskhé. La suite du texte du temple de Khonsou vint éclairer J. Yoyotte. L’époux de Mehytouskhé était nommé Chéchonq l’Ancien et ils avaient eu un fils, Nimlot. Le père de Chéchonq Ier se nommait Nimlot fils de Chéchonq! Yoyotte comprit donc que la dame Mehytouskhé était la grand-mère paternelle du roi Chéchonq Ier. Elle avait eu deux fils: Nimlot et Osorkon. Ce dernier avait même accédé au trône d’Egypte avant l’illustre Chéchonq Ier. Ce nouvel Osorkon fut appelée «Osorkon l’Ancien» pour éviter de renuméroter les autres rois portant le même nom. Il fut donc le premier roi d’origine libyenne à monter sur le trône d’Egypte.

Manéthon et Osorkon

Manéthon citait d’ailleurs ce roi, mais de nombreux historiens pensaient qu’il s’agissait d’une erreur. Il lui attribuait 6 ans de règne et le plaçait entre Amenémopé et Siamon. Il aurait régné entre 984 et 978. Malheureusement, il est impossible de savoir s’il s’empara par la force du pouvoir et si sa mort fut violente. Sa tombe n’a pas encore été localisée.

Un Libyen égyptianisé

Osorkon l’ancien (ou Osorkon «0») fut donc le premier noble d’origine libyenne à monter sur le trône, comme son neveu, Chéchonq Ier, il était originaire de Boubastis, une puissante cité du Delta dans laquelle Ramsès III (XXe dynastie) avait implanté les Libyens qu’il avait capturé lors de ses guerres. Osorkon était donc un homme d’origine libyenne dont la famille était profondément égyptianisée depuis des générations.

Bibliographie sélective :

BARTA (W.), Bemerkungen zur Chronologie der 21. Dynastie , dans Mitteilungen des Deutschen Archäologischen Instituts Abteilung Kairo , 1981, b. 37, p. 35-39.

BLACKMAN (A.M.), The stela of Shoshenk, Great chief of the Meshwesh , dans The Journal of Egyptian Archeology , t. 27, 1941, p. 83-95.

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KITCHEN (K.A.), Les Suites des guerres libyennes de Ramsès III , dans Revue d’Égyptologie , t. 36, 1985, p. 177-179.

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