Ptolémée III Evergète : l'apogée de l'Egypte lagide

Ptolémée III Evergète Ier fut le plus puissant des Ptolémées. Il régna sur un immense royaume et domina ses adversaires.
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Ptolémée III Evergète Ier succéda à son père Ptolémée II Philadelphe en 246 avant notre ère. Grâce à son mariage avec Bérénice II, la fille du roi Magas , il récupéra la Cyrénaïque qui avait fait sécession.

Ptolémée III et Séleucos II

Les débuts du règne d’Evergète furent mouvementés. Un nouvel affrontement eut lieu avec la puissante monarchie séleucide. La sœur de Ptolémée III, Bérénice, avait épousé Antiochos II. Ce roi séleucide avait, pour contracter ce mariage, répudié sa première épouse, Laodicée. En 246, Antiochos II décéda, Laodicée revint à la cour. Elle fit proclamer son fils, Séleucos II, comme roi. Bérénice appela son frère. Ptolémée III envoya une armée en Cilicie. Mais Bérénice et son fils furent assassinés avant qu’elle n’arrivât à Antioche. Ptolémée III profita néanmoins de la confusion qui régnait à Antioche pour s’emparer de places fortes séleucides. Ainsi, il occupa ou récupéra plusieurs cités d’Anatolie et de l’Egée : Soloi, Ephèse… Plusieurs cités de Cilicie, Pamphylie, Ionie et Carie entrèrent dans le giron lagide. Ptolémée III s’empara même de quelques villes de Thraces et de l’Hellespont. Enfin, il prit l’une des quatre cités de la Tétrapole (Séleucie de Piérie), cœur du royaume séleucide.

Jamais le royaume lagide n’avait été aussi étendu. Ptolémée III régnait sur l’Egypte, la Cyrénaïque, Chypre, et le sud de la Syrie. Il était aussi à la tête d’une thalassocratie qui dominait toute la Méditerranée orientale et la mer Egée. Le royaume séleucide était affaibli par des querelles entre Séleucos II et Antiochos Hiérax. Séleucos II dû aussi faire face à la sécession de la Bactriane et à l’invasion des Parthes. Ptolémée III était donc l’un des plus puissants rois de son temps.

Ptolémée III et la Grèce

Ptolémée III tenta aussi de se mêler de la politique de la Grèce continentale. En 229, il s’allia avec la ligue étolienne. Ainsi, il menaçait Antigone Doson, le régent de Macédoine. Il s’allia aussi avec Athènes. Il fit d’importantes donations à la cité d’Attique. Pour le remercier, des « Ptolémaia » (jeux) furent célébrées tous les quatre ans. Ptolémée III et Bérénice II furent honorés comme des dieux par les Athéniens. En 224, Sparte demanda l’aide d’Alexandrie car la cité du Péloponnèse était menacée par Antigone Doson. Mais l’année suivante, Ptolémée III signa un traité de paix avec le régent. Sparte fut abandonné. Ptolémée III se contenta d’accueillir le roi lacédémonien en exil.

Ptolémée III et Rome

Ptolémée III entretint des rapports amicaux avec Rome. L’Egypte demeura neutre durant la Première Guerre punique. En 241, le traité d’amitié signé par Ptolémée II, fut renouvelé entre Rome et Ptolémée III.

Ptolémée III et la Nubie

Ptolémée III s’intéressa aussi à sa frontière sud. Il jugea que le puissant royaume de Méroé dirigé par Ergamène Ier pouvait être une menace pour l’Egypte. Il acheva la conquête de la Basse Nubie, région située au sud de Syène (Assouan), entamée par son père. De nombreuses mines d’or furent ouvertes dans cette riche région. Une nouvelle cité fut fondée : Bérénice Panchrysos (tout l’or de Bérénice). L’historien ancien Diodore de Sicile décrivit ces mines qui enrichirent considérablement le trésor royal : « A l'extrémité de l'Egypte, entre les confins de l'Arabie et de l'Ethiopie, se trouve un endroit riche en mines d'or, d'où l'on tire ce métal à force de bras, par un travail pénible et à grands frais. C'est un minerai noir, marqué de veines blanches et de taches resplendissantes. Ceux qui dirigent les travaux de ces mines emploient un très grand nombre d'ouvriers, qui tous sont ou des criminels condamnés, ou des prisonniers de guerre et même des hommes poursuivis pour de fausses accusations et incarcérés par animosité ; les rois d'Egypte forcent tous ces malheureux, et quelquefois même tous leurs parents, à travailler dans les mines d'or ; ils réalisent ainsi la punition des condamnés, tout en retirant de grands revenus du fruit de leurs travaux. Ces malheureux, tous enchaînés, travaillent jour et nuit sans relâche, privés de tout espoir de fuir, sous la surveillance de soldats étrangers parlant des langues différentes de l'idiome du pays, afin qu'ils ne puissent être gagnés ni par des promesses ni par des prières » ( Bibliothèque historique , III, 12).

Ptolémée III fut aussi un bâtisseur. En Egypte, il fit aménager l’agora d’Hermopolis. A Karnak, il fit décorer la porte du deuxième pylône et construire une gigantesque porte devant le temple de Khonsou. On trouve aussi des traces de son règne dans le temple de Montou à Médamoud, dans le sanctuaire d’Amon de Qasr el-Guieda (oasis de Kharga), dans le temple de la XVIIIe dynastie à Médinet Habou...

Les enfants de Ptolémée III et Bérénice II

Ptolémée III et Bérénice II eurent cinq enfants dont trois fils : le futur Ptolémée IV Philopator , Magas et Alexandre ; et deux filles : la future Arsinoé III et Bérénice. Ptolémée IV épousa sa sœur et succéda à son père en 222 ou 221 avant notre ère.

Bibliographie sélective :

Ägyptische Kunst im Liebieghaus , Frankfurt am Main, 1981 ( Museum alter Plastik, Frankfurt am Main ).

HÖLBL (G.), A history of the Ptolemaic empire , trad. SAAVEDRA (T.), Londres, New York, 2001.

LEGRAS (B.), L'Égypte grecque et romaine , Paris, 2004 ( Collection U ).

SARTRE (M.), D'Alexandre à Zénobie. Histoire du Levant antique IVe siècle av. J.-C. - IIIe siècle ap. J.-C. , Paris, 2001.

WILL (É.), Histoire politique du monde hellénistique , Paris, 2003 ( Points / Histoire ).

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