Ptolémée V Epiphane, un enfant à la tête de l'Egypte

Durant la minorité de Ptolémée V, l'empire lagide fut dépecé par Antiochos III et Philippe V de Macédoine.
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Quand Ptolémée IV Philométor décéda, en 204 avant notre ère, son fils Ptolémée V Epiphane lui succèda sur le trône à Alexandrie. Comme Epiphane était encore un enfant, sa mère, la reine Arsinoé III assura la régence. Elle dû partager ce rôle avec le principal conseiller de son défunt mari, Sosibios. Ce dernier fit d’un de ses proches, Agathoklès, son bras droit. A deux, ils firent assassiner la reine-mère afin de disposer de tous les pouvoirs.

Sosibios et Agathoklès

L’historien grec Polybe porta un jugement sévère sur les deux hommes : « Sosibios, qui s'était arrogé la tutelle de Ptolémée [V Epiphane], passait pour un homme habile et pour le ministre dévoué des crimes de la cour : c'était lui, disait-on, qui d'abord avait fait périr Lysimaque, fils d'Arsinoé [Ière], fille de Lysimaque et de Ptolémée [II]. Sa seconde victime avait été Magas, fils de Ptolémée [III] et de Bérénice [II], fille de Magas ; puis il avait tué Bérénice [II], mère de Ptolémée Philopator, Cléomène de Sparte, et enfin la fille de Bérénice [II], Arsinoé [III]» (POLYBE, Histoires , XV, 25). « Pour Agathoklès, qui aussi s'était institué le tuteur de Ptolémée [V], il eut à peine écarté les personnages les plus distingués de la cour et calmé l'irritation du peuple par des distributions de vivres, qu'il revint à ses anciennes habitudes ; il livra toutes les places du palais à ses créatures, et appela à ces hautes charges les hommes les plus entreprenants et les plus frivoles qu'il enlevait à la domesticité et à l'esclavage. Il se plongeait nuit et jour dans l'ivresse et dans les débauches qui la suivent, n'épargnant ni femme mariée, ni fiancée, ni jeune fille, et s'abandonnant à ces désordres avec une incroyable insolence. Le mécontentement était général, et comme bien loin qu'on prît quelque souci de calmer la colère du peuple et d'y remédier, cet orgueil et cette dédaigneuse nonchalance semblaient croître tous les jours, l'ancienne haine se réveilla terrible dans tous les esprits, et chaque bouche rappelait à l'envi les malheurs que ces hommes avaient autrefois causés à l'empire. Mais comme il n'y avait aucun personnage considérable qu'on pût mettre en avant et qui fût assez fort pour appuyer le ressentiment public contre Agathoklès et Agathokleia, on resta d'abord tranquille : on n'avait d'espoir qu'en Tlépolème, et tous les regards étaient tournés vers lui » (POLYBE, Histoires , XV, 25).

La valse des régents

Sosibios et Agathoklès envoyèrent plusieurs ambassades pour lutter contre le puissant roi séleucide Antiochos III. Ils ne parvinrent pas à former une alliance avec Philippe V de Macédoine et protestèrent en vain devant Antiochos III qui s’était emparé de plusieurs cités lagides d’Asie Mineure (Alinda de Carie et Amyzon). Sosibios décéda après ces événements. Agathoklès devint alors l’unique régent du royaume. Le commandant de la garnison de Péluse, dans l’est du Delta du Nil, Tlépolème s’opposa à lui. Il était excédé par les intrigues de cours et la mauvaise gestion de la diplomatie lagide. A la fin de l’année 203, Agathoklès et sa famille furent tués dans des émeutes à Alexandrie. Tlépolème devint alors régent. Mais deux ans plus tard, Aristomenès, un proche d’Agathoklès parvint à écarter Tlépolème et à s’emparer de la régence.

Antiochos III et Philippe V

Antiochos III et Philippe V s’entendirent tacitement pour se partager les possessions lagides d’Anatolie et de l’Egée. Durant l’été 202, le roi séleucide profita de la faiblesse du pouvoir égyptien pour envahir les possessions lagides de Syrie. En quelques mois, il occupa toute la région. Il prenait ainsi sa revanche sur les Ptolémées. Son humiliante défaite de Raphia sous Ptolémée IV était ainsi effacée. L’armée lagide fut écrasée à la bataille de Panion. Les principales cités tombèrent une à une : Damas, Gaza, Sidon… De son côté Philippe V s’empara de Samos, la principale base navale lagide de la mer Egée. Il chassa aussi toutes les troupes de Ptolémée V des cités lagides de Thrace.

Après la guerre de Syrie, Antiochos III passa à l’offensive en Asie Mineure. Il s’empara des principales villes lagides : Mallos, Sélinonte, Aphrodisias, Soloi, Zephyron, Anemourion, Korakesion, Corycos, Limyra, Xanthos, Patara (Arsinoé)… Même le bastion d’Ephèse tomba aux mains du roi séleucide durant l’année 196.

L’empire lagide s’effondra en quelques années. La Syrie et la plupart des cités d’Asie Mineure devinrent séleucides. La plupart des îles de l’Egée et les villes de Thrace furent envahies par Philippe V de Macédoine. Seuls Chypre et la Cyrénaïque demeurèrent dans le giron d’Alexandrie.

Bibliographie sélective :

CABANES (P.), Le monde hellénistique de la mort d'Alexandre à la paix d'Apamée , Paris, réed, 2001 ( Nouvelle histoire de l'Antiquité , t. 4 / Points Histoire , n°215).

HÖLBL (G.), A history of the Ptolemaic empire , trad. SAAVEDRA (T.), Londres, New York, 2001.

MA (J.), Antiochos III et les cités de l’Asie Mineure occidentale , trad. BARDET (S.), Paris, 2004 ( Histoire ).

MASTROCINQUE (A.), Osservazíoni sull’attività di Antioco III nel 197 e nel 196 A.C. , dans La Parola del Passato. Rivista di studi antichi , v. XXXI, 1976, p. 307-322.

SARTRE (M.), D'Alexandre à Zénobie. Histoire du Levant antique IVe siècle av. J.-C. - IIIe siècle ap. J.-C. , Paris, 2001.

WILL (É.), Histoire politique du monde hellénistique , Paris, 2003 ( Points / Histoire ).

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