Quand les anciens Egyptiens naviguaient sur la mer Rouge

Les Ptolémées fondèrent plusieurs cités sur la côte de la mer Rouge, ils établirent aussi des liens avec les royaumes Sabéen, Minéen et Maurya (Inde).
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Aujourd’hui il ne fait plus aucun doute que les anciens Egyptiens naviguaient sur le mer Rouge. Les récentes fouilles de Mersa Gawasis et d’Ayn Soukhna ont révélés l’intérêt des Anciens pour cette mer située à l’est de la vallée du Nil. Même si de grands progrès ont été réalisés ces dernières années concernant l’étude de la côte durant le Moyen Empire, la période la plus connue demeure l’époque hellénistique.

Arsinoé et Bérénice : le nord de la mer Rouge

Vers 270-269 avant notre ère, Ptolémée II Philadelphe fit restaurer le célèbre canal du roi Nékao II (XXVIe dynastie) qui reliait le Nil à la mer Rouge. Deux nouvelles cités furent fondées : Arsinoé près de l’actuelle Suez et Bérénice près d’Aqaba. Arsinoé fut nommée ainsi en l’honneur de la sœur-épouse du roi Ptolémée II. A la fin du Ier siècle avant notre ère, la cité prit le nom de Cléopatris en l’honneur de la célèbre Cléopâtre VII. Cette cité prospère de la mer Rouge fut mentionnée par plusieurs auteurs antiques : Strabon, Pline l’Ancien, Ptolémée et Diodore de Sicile.

Bérénice fut fondée par Ptolémée III Evergète . Il lui donna le nom de son épouse. La cité n’était pas totalement nouvelle. Ptolémée III transforma la ville d’Ailane (la biblique Elath) en cité hellénistique.

Ampellone, la cité des vignes

Les Ptolémées ne furent pas les seuls à s’intéresser à la mer Rouge. Les Milésiens fondèrent eux aussi une colonie sur la côte, Ampellone. Cette cité fut fondée sur la côte orientale durant le règne de Ptolémée II. Son nom signifiait « cité de la vigne », cela indique qu’elle était placée sous la protection de Dionysos. Sa localisation actuelle n’est pas certaine. Elle doit probablement être proche de l’actuelle Djeddah, en Arabie Saoudite. Ampellone vivait du commerce. Ses marchands concurrençaient les puissants Nabatéens. La cité permettait de tisser des liens entre l’Egypte et les royaumes des Sabéens et des Minéens d’Arabie Heureuse (l’actuel Yemen).

Plusieurs routes reliaient le Nil à la mer Rouge. Le commerce s’intensifia sur ces voies à l’époque lagide. Deux nouvelles colonies furent même fondées : Bérénice et Arsinoé Troglodytiké. La plus ancienne route reliait Coptos au port de Myos Hormos. Deux autres itinéraires furent mis en valeur : l’axe Hermopolis (Moyenne Egypte) – Bérénice (mer Rouge) et l’axe Syène (Assouan) - Arsinoé Troglodytiké (mer Rouge). Ces fondations lagides n’ont pas encore été mises au jour par les archéologues. Les chercheurs doivent, pour le moment, se contenter des textes anciens.

Le sud de la mer Rouge

D’après le géographe ancien Strabon, Ptolémée II s’intéressa beaucoup à la mer Rouge. Il envoya un certain Eumède explorer la région. Plusieurs nouvelles cités furent fondées sur la côte occidentale. Parmi celles-ci, il y avait Ptolémaïs Theron (la chasse de Ptolémée) ou Epithéras. Cette cité fut même mentionnée par Pline l’Ancien : « Au delà, les forêts où est Ptolémaïs, fondée sur le lac Monoleus par Philadelphe, pour la chasse des éléphants, et surnommée par cette raison Epithéras (pour-la-chasse) : cette région est celle dont nous avons parlé dans 2e livre (II, 75), et où, 45 jours avant le solstice d'été et 45 jours après, il n'y a pas d'ombre à midi ; dans les autres heures l'ombre est tournée au midi; hors ces 90 jours, elle est tournée au nord » ( Histoire naturelle , VI, 168). Il s’agit de la moderne Aqiq, au sud de Port Soudan. Sous le règne de Ptolémée III, l’île de Massaqa (actuelle Erythrée) fut colonisée. Une cité du nom d’Adoulis y fut bâtie.

L’ambassade d’Asoka

L’exploration du sud de la mer Rouge permit d’ouvrir de nouvelles routes commerciales. L’importance des activités des Ptolémées en mer Rouge et dans le golfe d’Aden attira même l’attention du puissant empereur maurya Asoka (269-232) qui régnait sur l’essentiel de l’Inde. Il envoya même une ambassade à Alexandrie d'Egypte qui fut reçue par Ptolémée III. Des échanges importants débutèrent alors entre l’Inde maurya et l’Egypte des Ptolémées.

Bibliographie sélective :

ABD EL-RAZIQ (M.), CASTEL (G.), TALLET (P.), Ayn Soukhna et la mer Rouge , dans Égypte, Afrique & Orient , n°41, 2006, p. 3-6.

COHEN (G.M.), The Hellenistic settlements in Syria, the Red Sea basin and North Africa , Berkeley, Los Angeles, Londres, 2006.

FATTOVICH (R.), BARD (K.), A la recherche de Pount. Mersa Gaouasis et la navigation égyptienne dans la mer Rouge , dans Égypte, Afrique & Orient , n°41, 2006, p. 7-30.

HÖLBL (G.), A history of the Ptolemaic empire , trad. SAAVEDRA (T.), Londres, New York, 2001.

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