Quand les Gaulois menaçaient Byzance

Durant le IIIe siècle avant notre ère, des Gaulois arrivèrent en Grèce et devant Byzance. Ils modifièrent profondément l'histoire des ces régions.
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Durant le IIIe siècle avant notre ère, des Gaulois ou Celtes se lancèrent dans de grandes migrations. Certains d’entre eux allaient arriver en Grèce et en Thrace.

Nos ancêtres les Gaulois

Il est toutefois utile de préciser que de très nombreux pays européens peuvent mentionner les Gaulois comme étant leurs ancêtres. Cette phrase martelée en Belgique, Suisse et France fait toutefois sourire de nombreux historiens et archéologues. En effet, il y avait des Celtes en Ibérie, dans les îles Britanniques, en Autriche, en Slovénie, en Croatie, en Hongrie, en Allemagne, au Pays-Bas, au Luxembourg et surtout en Italie. Comment oublier l’invasion gauloise de Rome et l’épisode des oies du Capitole. Toute la plaine du Pô était la Gaule cisalpine pour les Romains ! Certains peuples celtes arrivèrent tardivement à l’ouest du Rhin. Leur apport réel à notre histoire est donc souvent très réduit… Enfin, les Celtes ne sont pas originaires de la France-Belgique mais de régions d’Europe centrale.

Les Galates

On oublie toutefois que de nombreux celtes migrèrent vers la Méditerranée orientale. Les Grecs les nommèrent, dans leur langue, Galates. Certains d’entre eux tentèrent de piller le sanctuaire d’Apollon de Delphes. D’autres franchirent les Dardanelles et s’installèrent au cœur de l’Anatolie. Ils fondèrent de puissants royaumes qui subsistèrent durant plusieurs siècles. Guerriers redoutables, ils furent des ennemis des cités helléniques des côtes et du royaume de Pergame. Les Romains durent, à plusieurs reprises, envoyer des légions pour secourir leur allié ! Ainsi, les Turcs peuvent aussi dire « nos ancêtres les Gaulois » !

Les Gaulois et le royaume de Lysimaque

Des Gaulois venus de Belgique (région située, à l’époque, entre la Seine et le Rhin) arrivèrent aussi en Thrace (Bulgarie et Turquie européenne d’aujourd’hui). Ils déferlèrent sur l’ancien royaume de Lysimaque, l’un des généraux d’Alexandre le Grand. Ils affrontèrent l’armée de Ptolémée Kéraunos, le successeur de ce roi. Il fut tué au cours de l’affrontement. En quelques mois, le grand royaume fut rayé de l’Histoire. Les Gaulois s’attaquèrent même à la Macédoine d’Antigone Gonatas. Ce dernier parvint à les contenir.

Menace sur Byzance

En Thrace, un royaume gaulois se développa. Les Celtes établirent leur capitale à Tylis. L’historien grec Polybe raconta leur arrivée dans la région : « Lorsqu’ils [les Byzantins] eurent en plus affaire aux Gaulois de Comontorios, ils se trouvèrent dans une situation absolument intenable. Ces Gaulois avaient quitté leur pays en même temps que ceux de Brennos […], ils avaient atteint l’Hellespont [Dardanelles]. Le pays aux alentours de Byzance leur avait plu et, au lieu de passer en Asie, ils étaient restés là. Ayant soumis les Thraces et établi leur capitale à Tylis, ils firent peser sur Byzance une terrible menace. Dans les premiers temps, lors des incursions qu’ils faisaient sous leur premier roi, Comontorios, les Byzantins leur payaient chaque fois de trois mille à cinq mille pièces d’or et une année même jusqu’à dix mille, pour que leur territoire fût épargné. Finalement, ils furent obligés de leur verser annuellement un tribut de quatre-vingt talents, cela jusqu’au règne de Cavaros, au temps duquel ce royaume gaulois fut détruit et cette peuplade elle-même vaincue à son tour et anéantie par les Thraces. Ce fut au cours de la période précédant cet effondrement que les Byzantins, écrasés sous le poids d’un tel tribut, envoyèrent leurs premières ambassades auprès des cités grecques pour solliciter un appui militaire et une assistance financière. Comme la plupart d’entre elles montraient peu d’enthousiasme, pressés par la nécessité, ils décidèrent de faire payer des droits aux navigateurs qui fréquentaient le Pont-Euxin » (POLYBE, Histoire , IV, II, 45-46).

Ainsi, nous apprenons que les Byzantins firent payer le franchissement du Bosphore pour pouvoir verser le tribut aux Gaulois. Le royaume de Tylis subsista environ un siècle au nord de Byzance. Les Gaulois ne se montrèrent pas toujours hostiles. Ils furent aussi des médiateurs entre les Byzantins et leurs autres voisins. Ainsi, ils contribuèrent à mettre fin à la guerre qui opposait Byzance à Prusias, roi de Bithynie. Cette médiation n’était pas complètement désintéressée, puisqu’une Byzance en paix était plus prospère cela impliquait un plus gros tribut…

Finalement, ils furent vaincus par des peuples Thraces et se fondirent parmi les populations locales. Seuls les royaumes anatoliens de Galatie allaient subsister jusqu’à l’avènement de l’empire romain dans cette région durant le Ier siècle de notre ère.

Bibliographie sélective :

LÉVÊQUE (P.), Le monde hellénistique , 4e éd, Paris, 2003 ( Agora ).

SARTRE (M.), L'Anatolie hellénistique de l'Égée au Caucase (334-31 av. J.-C.) , Paris, 2003 ( Collection U ).

WILL (É.), Histoire politique du monde hellénistique , Paris, 2003 ( Points / Histoire ).

Texte ancien :

POLYBE, Histoire , édition publiée s. dir. HARTOG (F.), texte traduit, présenté et annoté par ROUSSEL (D.), Paris, 2003 ( Quarto ).

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