Takélot II, roi d'Egypte qui connut le grand cataclysme

Takélot II envoya son fils Osorkon comme grand-prêtre d'Amon à Thèbes. Le prince Osorkon fut brutal et provoqua la guerre civile en Egypte.
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Lorsqu’ Osorkon II décéda, Takélot II monta sur le trône d’Egypte à Tanis. Le pouvoir des rois étaient de plus en plus contesté. Osorkon II avait dû subir la co-royauté d’ Harsiésis , le grand-prêtre d’Amon à Thèbes. L’usurpation du titre royale n’avait cessé qu’à la mort d’Harsiésis. Takélot II était soit un fils d’Osorkon II (pour Grimal, Yoyotte, Jacquet-Gordon) ou un petit-fils de ce dernier (Dodson). Le nom de la mère du roi demeure inconnu.

Takélot II épousa très probablement Karomama, petite-fille d’Osorkon II ainsi qu’au moins deux autres femmes : Tashep et Tabeketenasket.

Takélot II ne fut pas un grand bâtisseur. A Tanis, les archéologues ne connaissent que sa tombe. Il fit dresser trois stèles à Boubastis et son nom figure dans le domaine du dieu Montou à Karnak. L’archéologie modifiera peut-être un jour cet aspect du règne de Takélot II.

Menace assyrienne

Sur la scène internationale, l’empire assyrien se montrait de plus en plus menaçant. Takélot II entra cependant dans une coalition composée du roi d’Israël et d’un ou plusieurs dynastes néo-hittites de Syrie du Nord. Malgré une victoire sur les troupes assyriennes, mentionnée par la Bible (Deuxième Livre des Rois, 7, 6-7), le royaume d’Israël fut soumis en 841 et son roi paya tribut à l’Assyrie de Salmanazar III. D’après l’obélisque noir de ce dernier, monument provenant de Kalhu (Mésopotamie) et conservé au British Museum , même l’Egypte paya tribut ! Il est possible que Takélot II envoya des présents afin d’éviter un affrontement avec le puissant empire mésopotamien. Le roi d’Egypte devait avoir conscience de ses moyens très limités. Le temps des rois conquérants du Nouvel Empire était révolu.

Le grand-prêtre d’Amon Nimlot

En Egypte, Takélot II avait restauré l’entente avec le grand prêtre d’Amon de Thèbes. Ce dernier était Nimlot, un de ses frères (ou demi-frères) et son beau-père. Nimlot décéda en l’an 11 de Takélot. Deux hommes espéraient le poste : Ptah-oudj-ankhef, le fils de Nimlot et Harsiésis, petit-fils de l’ancien usurpateur. Mais Takélot II nomma son fils ainé, le prince Osorkon, à Karnak. Ptah-oudj-ankhef fut nommé vice-roi d’Hérakléopolis et reçu en mariage l’une des filles du roi.

Le prince Osorkon

Harsiésis le jeune se souleva contre le pouvoir royal. Le prince Osorkon prit la tête d’une armée et marcha contre Thèbes. Arrivé sur place, il se montra brutal. Il imposa le calme par les armes. Il fit exécuter de nombreux prêtres. Il fit même brûler le corps de certains d’entre eux ce qui était contraire aux croyances égyptiennes. Le prince fit graver son histoire à Karnak, dans le portique des Boubastides.

La première guerre civile

D’après cette chronique, la guerre civile éclata en l’an 15 de Takélot II : « Une grande convulsion cassa ce pays […] les enfants de la rébellion, ils attisèrent les querelles (conjointement) dans le Sud et dans le Nord ». La guerre dura au moins 10 ans, le prince affirma « combattre au milieu de cela comme l’Horus suivant son père ». En l’an 24, une tentative de paix eut lieu. Le prince se disait alors « las et affligé ». Le conflit cessa, mais la paix était précaire en raison notamment du caractère du prince. Sa chronique demeure une source précieuse pour connaître cette époque de troubles. Ce texte est singulier car il est exceptionnel qu’un prince royal se montre dépassé par la situation.

L’an 26 : le grand cataclysme

En l’an 26, la guerre civile recommença. L’opposition à Osorkon triompha. Le prince lui-même fit graver cette phrase qui mentionnait son pouvoir à Thèbes : « Il était calme, mais il n’avait plus aucun ami avec lui ». Jamais un individu de si haut rang en Egypte n’avait avoué connaître de telles difficultés. Osorkon fut finalement chassé de Thèbes. Harsiésis le jeune s’empara de la grande-prêtrise d’Amon. Cette seconde guerre civile fut qualifiée de « cataclysme » par le prince lui-même.

Une situation inédite

Le roi décéda à Tanis alors que la guerre faisait rage à Thèbes. Le prince Chéchonq profita de la fuite de son frère ainé pour être proclamé roi. Pour la première fois de l’histoire, un fils royal monta sur le trône alors que l’héritier légitime était toujours en vie ! Chéchonq III fut reconnu à Tanis. Le prince Osorkon, chassé de Thèbes, n’eut pas l’opportunité de s’opposer à ce couronnement. Chéchonq III héritait d’un pays en guerre et divisé avec un concurrent potentiel dangereux mais en exil ! Takélot II fut le dernier roi libyen d’Egypte à gouverner un territoire unifié, ses successeurs virent leur royaume se réduire et se fragmenter.

Bibliographie sélective :

BARTA (W.), Die Mondfinsternis im 15. Regierungsjahr Takelots II und die Chronologie der 22. Bis 25 dynastie , dans Revue d’Égyptologie , t. 32, 1980, p. 3-17.

DODSON (A.), HILTON (D.), The Complete Royal Families of Ancient Egypt , Le Caire, 2005.

JANSEN-WINKELN (K.), Zu einer Genealogie aus der Frühen 22. Dynastie , dans Studien zur Altägyptischen Kultur , b. 31, 2003, p. 211-223.

KITCHEN (K.A.), The third Intermediate Period (1100-650 B.C.) , Warminster, 1973.

SPALINGER (A.), The foreign policy of Egypt preceding the Assyrian conquest , dans Chronique d’Égypte , t. 53, 1978, p. 22-47.

Tanis. L’or des pharaons , Paris, 1987.

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