Mots du Québec (dictionnaire différ.), partie 60:PATENTE À GOSSES

Y'a dit que not'fameux gouvarnement éta contrôlé par une gagne de damnés libartineux qui s'amusa à jouer avec le pouvoir comme si c'éta une partie d'fesses
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PATENTE À GOSSES loc. nom.

I . Pop. Invention, d'où dispositif quelconque (GR) ; combine, stratagème.

1 . - Mère Crotteau : J'me suis laissé conter que not'fameux gouvarnement éta contrôlé par une gagne de damnés libartineux qui s'amusa à jouer avec le pouvoir comme si c'éta une partie d'fesses.

- Simone : Arrêtez-moi ça vous là... jama j'croirai qu'y a dé histoires de sexe qui s'passent dans l'gouvarnement de not'Belle Province.

- Rita ( sortant de la chambre ) : Moé ça m'surprendra pas pantoutte qu'ça soille vra... surtout avec toutes lé patantes [ sic ] à gosses qui s'brassent là (Mercier, Serge, Jean Frigon et Louis-Dominique Lavigne, Après [suivi de] Ti-Jésus, bonjour [suivi de] As-tu peur des voleurs ? , Montréal, Les Éditions Intrinsèques, 1977, p. 83, FTLFQ[1]).

2 . Des camions énormes remplis de troncs d'arbres coupés passaient sur la 138 et je n'entendais pas bien ce qu'elle me disait : «Si t'es pas une p'tite niaiseuse, tu vas le plaquer drette-là. C'est un machin-tin-gran-fafoin-hypocri-taboi...» Je ne l'écoutais plus. J'en avais vraiment par-dessus la tête, j'ai gueulé : «Qu'est-ce que vous lui reprochez au juste ? Je peux le savoir ?» Irène a retiré lentement son tablier et a fini par dire : «Y sème la marde ! Sa patente à gosses de blocus sur la 138, ça va être encore un fiasco pis d'autres vont payer pour lui. Y va encore disparaître du paysage ! Se sauver au yâble vert (Jasmin, Claude, Papa papinachois , Montréal, Lanctôt, 1999, p. 41, FTLFQ).

3 . C'est un des traits particuliers de la culture québécoise. Une distinction sur laquelle on devrait miser pour les avenirs et touristes internationaux. Le Québec en est rempli. Si on gratte bien. Chaque rang de campagne, chaque retranchement de terre battue, chaque village dispose de son patenteux. Comme un représentant de ces artisans modérés issus de la grande lignée des bizouneux de cossins d'inventions de patentes à gosses . Ces créateurs d'objets fascinants qu'on nous présente toujours comme des solutions. Parfois tellement poussées dans la performance que ça se présente comme des solutions à des problèmes qui n'existent pas encore (Pellerin, Fred, Comme une odeur de muscles : contes de village , Montréal, Planète Rebelle, 2005, p. 103, FTLFQ).

4 . Parler d'une « patente à gosses » sera dorénavant vraiment exagéré tellement cette commission [commission d'enquête publique sur l'industrie de la construction] a été émasculée (Marissal, Vincent, «cyberpresse.ca», en ligne le 20 oct. 2011, CELM[2]).

ÉTYMOLOGIE et HISTOIRE : Syntagme composé de patente et de la loc. à gosses .

Patente adj. et n. f. emprunté (1307) au latin patens , participe présent de patere «être ouvert», par la suite «être manifeste», opposé à latere lat. «latent». Patentes (1595), plur., est le résultat de l'ellipse de lettres patentes ( littere patentes ) pour désigner un document qui confère une prérogative (DHLF, p. 2606a). Au cours du XVIIIe s., ce nom est entré dans l'expression de marine patentes de santé (1736 au pluriel), par emprunt à l'anglais patent (1615 en ce sens). Patente (1791) désigne un impôt annuel qui s'adresse aux commerçants et industriels. À la fin du XVIIIe s., il accepte aussi le sens de «brevet d'invention», signification encore en usage au Québec où patente s'emploie, au début du XXe s., pour «invention, système» et «objet quelconque» (machin, truc, etc.) (DHLF, p. 2606a).

En vieux québécois, patente a désigné, entre autres, l'«organe de l'étalon», le «lien de cuir du fléau», la «pièce horizontale supportant une crémaillère» et une «clôture de planches verticales» (PPQ).

Gosse , signalé en fr. depuis 1796, est d'origine obscure. En France, le mot prend l'acception d'«enfant» et signifie, par extension, «adolescent,ente» et, à l'égard de la filiation, «enfant jeune». L'homonyme en fr. québécois (apparenté à gousse ) signifie «testicule», ce qui rend l'emploi du français général impossible au Québec (DHLF, p.1611a-b) : les emplois du français de référence, prête[raient] à sourire en québécois, où [ gosse ] signifiant «testicules» est usuel (GR).

Par ailleurs, la locution à gosse joue en fr. québ. le rôle d'un intensif qui accentue le caratère péjoratif du mot patente , lui-même un dépréciatif dans les contextes énoncés plus avant. D'autres syntagmes construits avec gosse sont signalés en fr. québécois, notamment : ils pren n ent parfois des décisions importantes juste sur une gosse , «de façon intempestive» (Martineau,Richard, Le Journal de Québec , 12 mai 2008, p. 8) et partir rien que sur une gosse , «déguerpir» (inf. masc., 62 ans, Saint-Éienne-des-Grès, 2011, CELM).

CATÉGORIE : Innovation lexicale.

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[1] F ichier du T résor de la L angue F rançaise au Q uébec : « http://www.tlfq.ulaval.ca/fichier/default.asp ».

[2] CELM : C entre d' É tudes L inguistiques de la M auricie, Trois-Rivières, Serge Fournier, (dir.), «sergiusfournier@gmail.com».

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