Mots du Québec (dictionnaire différentiel), partie 30 : BUTIN

Penses-tu que le monde de par icitte aime pas l'argin, penses-tu qui garroche les piasses par les châssis. Crains pas. I prenne soin de leu butin (Séraphin)

BUTIN n. m.

I . Ce qu'on possède (argent, bien, ameublement, etc. ).

1 . Item se trouve qu'on auoit volé et crocheté un Coffre ou auoit pris tout le pauvre butin d'un homme montant à plus de 25 escus. » (Vimont, Père Barthélemy, Relation de ce qui s'est passé en la Nouvelle France en 1640 et 1641 , Sébastien Cramoisy, Paris, 1642, ICMH[1]).

2 . [...] Me nommant légataire D'un large coffre d'or Rempli d'or. Chacun me flatta, etc. Lancé dans les affaires. Par l'appas d'un butin. Incertain. Des calculs téméraires. Ayant réduit à rien. Tout mon bien. Chacun défila, [...] (Anonyme, Le Chansonnier des collèges , Québec, Bureau de l'Abeille, 1850, p. 172, ICMH).

3 . Le butin , mot expressif que les gens de la campagne emploient pour désigner tout ce qui leur appartient. Le butin : les dépouilles arrachées si péniblement, dans la grande bataille qu'ils livrent sans répit à l'inclémence des saisons, à l'aridité de la terre, à l'implacable nécessité (Meusy Lescot, Marie, Un peu, beaucoup, passionnément , Montréal, Hébert éditeur, 1895, p.8, ICMH).

4 . Penses-tu, toi que le monde de par icitte aime pas l'argin, penses-tu qui garroche les piasses par les châssis. Crains pas. I prenne[nt] soin de leu butin pis i font ben. (Grignon, Claude-Henri, Un Homme et son péché , [radio], 10 mai 1944, série 4, bob. 4, émission 113, p. 4, FTLFQ).

5 . Des scènes rustiques remplissent le recueil : la "fermière au teint de rose" "agite la menotte du poupon robuste"; les coqs, "à coups d'ergots", défendent leur butin ; "et le bon lard salé sur les tranches de pain" répand son odeur agréable. II suffit parfois d'un mot, étoffe du pays , tauraille , tasseries , atocas , talles de cenelles , pour évoquer le pays. » (Bonenfant, Joseph, Article sur Les Guérets en fleur s, recueil de poésie d'Ulric-L.Gingras, dans Lemire, Maurice (dir.), Dictionnaire des œuvres littéraires du Québec 1900-1939 , tome II, Montréal, Fides, 1980, p. 548).

II . Vêtements (en général)

6 . Une cape avec d'autre butin vendu à la porte de l'église (Cazes, L., Archives nationales du Québec, 5 juin 1780, TraLiQ 1, p.154).

7. Ann : -- Pourquoi donc que votre belle-mère ne vous laissait pas le grand sofa. Il me semble que c'est plus logique.

Tobi : -- C'était plus d'adon aussi mais, voyez-vous, Madame Latrouille voulait de la place pour r'priser le butin de la famille. » (Brie, Albert, Tobi [radio],1950, série 43, bob.1, p. 3, FTLFQ).

8 .Tante Lucille arrive la première, rejointe presque aussitôt par tante Rita qui s'est endeuillée comme ça ne se peut pas : robe noire, bas noirs, souliers noirs [...]

-- Ouais ! Je te dis que tu l'aimais en pas pour rire !

-- Remarque que je me serais pas acheté du butin noir rien que pour lui, mais je l'avais !

-- Moi, mon mari, y dit que le deuil ça se porte plus...

-- Ben, en tous cas, c'est plus de mise que de venir au salon mortuaire en pantalon ! (Claudais, Marceline, J'espère au moins qu'y va faire beau, Boucherville, Éditions de Mortagne, 1985, p. 93, FTLFQ).

SYNTAGMES : butin de dessous ; armoire à butin ; butin de bébé ; butin de corps ; butin de lit ; butin de semaine ; coffre à butin ; corde à butin «corde à linge» (PPQ).

III . Fig. Personne à marier, considérée du point de vue de son aisance matérielle, de sa situation sociale, etc. ; parti.

9 . Sommes arrivés vers les 3h hier. Marche sur St-Denis. Petit arrêt à l'Axe. Beau butin . Parmi une vingtaine de clients, je suis la seule femme. Hourra ! (Ayotte, Rolande, Journal de Chambre comme on le dit d'une musique... , journal familial inédit , Montréal, Archives familiales Bonenfant, 7 mars 1982).

10 . Je m'exécute. Elle brasse les cartes sans même les regarder.

-- Viviane, tu devrais te remarier !

-- Me remarier ? Pourquoi ?

-- Parce que ton Frédéric, c'est du beau butin et puis que du beau butin (Claudais, Marcelyne, Comme un orage en février , Boucherville, Édition de Mortagne, 1990, p.136).

ÉTYMOLOGIE et HISTOIRE : Butin , attesté au XIVe s. (1350), est un emprunt d'origine germanique, plus spécialement au moyen allemand bûte , «échange, partage», et par métonymie, «ce qui échoit en partage» (DHLF, p. 559a). Bûte est à rattacher au verbe latin buten «échanger, troquer» et «partager, répartir», d'où le sens concret (1440) de «part de ce qui a été pris sur l'ennemi». Par extension, butin est employé à propos du produit d'un vol, d'un pillage (1690, DHLF, 539a, FEW I, 654 a-b). Butin avec les sens de « biens, ameublement » et de « vêtements, habits » est largement répandu dans les parlers de France (spécialement ceux du nord), ainsi qu'en Suisse romande (FEW I, 654b).

Au Québec, l'héritage des parlers français (XVII et XVIIIe siècles) se réalise dans les sens I et II . L'acception III, avec valeur figurée, est d'emploi pus récent, vers le début de la Révolution tranquille (1960). Le québécois b utin (sens I) «movable goods, especially baggage and personnal effects» est passé à l'anglo-canadien au début du XIXe siècle (1805, DictCan), témoignage de la grande vitalité du vocable en territoire laurentien.

En Acadie, butin est relevé avec le sens de «vêtement» (MassAcad).

Catégories : I . Dialectalisme ; II . Dialectalisme ; III . Extension de sens.

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IMCH : Institut canadien de microreproductions historiques (http://www.usherbrooke.ca/biblio/infogen/bibliotheques/bibliotheque-des-sciences-humaines/guides-bibliographiques-et-specialises/guides-en-histoire/gb-icmh-et-notre-memoire-en-ligne/#c10047)

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