Mots du Québec (dictionnaire différentiel), partie 35 : BLONDE

Ta blonde, malgré que Flora fût noire comme un corbeau, en v'là une bonne femme! Tu peux passer sur la belle-mère, mais ta blonde, c'est une bonne fille!
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BLONDE n. f.

I . Amie de fille, jeune femme qu'on courtise ou avec qui on vit; compagne.

1 . Tu vas probablement avoir le temps de bûcher une bonne provision d'hiver, ainsi amuse-toi, fais bien le guet, et pense à tes blondes . À propos, je pourrais bien aussi t'envoyer un fusil. Tu pourras tuer par-ci par-là une perdrix ou un lièvre, et ça te fera un dessert (Poutré, Félix, Échappé de la potence : Souvenirs d'un prisonnier d'état canadien en 1838 , Montréal, Imprimé pour l'Auteur par E. Sénécal, 1862, p. 20, FTLFQ).

2 . Le récit lui-même [de la chasse-galerie] est basé sur une croyance populaire qui remonte à l'époque des coureurs des bois et des voyageurs du Nord-Ouest. Les «gens de chantier» ont continué la tradition, et c'est surtout dans les paroisses riveraines du Saint-Laurent que l'on connaît les légendes de la chasse-galerie. J'ai rencontré plus d'un vieux voyageur qui affirmait avoir vu voguer dans l'air des canots d'écorce remplis de «possédés» s'en allant voir leurs blondes, sous l'égide de Belzébuth. Si j'ai été forcé de me servir d'expressions plus ou moins académiques, on voudra bien se rappeler que je mets en scène des hommes au langage aussi rude que leur difficile métier (Beaugrand, Honoré, La Chasse-galerie. Légendes canadiennes , Montréal, [s.é.], 1900, p. 9, FTLFQ).

3. -- Ta blonde, - malgré que Flora fût noire comme un corbeau, - en v'là une bonne femme !... Tu peux passer sur la belle-mère, je m'cache pas de te l'dire... ta blonde... ça oui, c'est une bonne fille (Constantin-Weyer, Maurice, 1921, Vers l'ouest , Paris, La Renaissance du livre, 1921, p 84).

4. -- Je vois, dit-il à voix basse. Murielle est sans doute votre petite amie. -- Non, Murielle, c'est pas ma blonde. Une exaspération perçait dans sa voix. Il était clair que Sillery avait touché un point sensible. Une rivalité devait exister entre Gaston et Henri. Et Murielle semblait accorder ses préférences à ce dernier (Bessette, Gérard, La Bagarre , Montréal, Le Cercle du livre de France, 1958, p. 118-119).

5. Au fond de la salle, les Américains jouent au billard. Ils boivent depuis la fin de l'après-midi. Sont fin soûls. À l'autre extrémité de la pièce, Roméo Flamand et sa blonde sirotent paisiblement leurs consommations. Flamand, sa blonde. C'est Flamand qui possède les seize ans de Gisèle, déjà presque au faîte de sa grâce. Gilles les regarde en s'épongeant le front (Hamelin, Louis, Cowboy , Montréal, XYZ éd., [1992] ; 1998, p. 100).

6. -- [...] Ah ben, Ti-Loup dans la porte ! Entre, Ti-Loup. -- Excusez-moé si je vous demande pardon, mais mon père a reçu un téléphone pour vous au village, monsieur Pierre. Il l'a écrit sur un papier pis il est venu me le porter... parce que moé, j'ai pas été à l'école... -- Ti-Loup, arrête de regarder ma blonde comme si tu voyais une apparition divine (Bertrand, Jannette, Le Bien des miens , Montréal, Libre Expression, 2007, p. 322-323).

Syntagmatique : Aller, s'en aller ou venir voir sa blonde, se faire une ~, avoir une ~, être la ~ de qqn, voler, enlever ou ôter la ~ de qqn, sortir avec sa ~, promener sa ~, changer de ~, casser avec sa ~, perdre sa ~, première ~, ancienne ~, nouvelle ~, petite ~, entre deux ~ «espace de temps entre deux aventures amoureuses (DFQ[1]).

Synonymie : fille (fréquent), steady, pelure (surtout en Acadie, vielli au Québec), girl-friend, amie, petite-amie, amoureuse, fiancée, future (DFQ) ; amoureuse, cavalière, promise, prétendue, bien-aimée, dondaine, meilleure, belle, cocotte, catin, gondole, poudrée, grue (PPQ).

II. Fig. et péj. n. f. Femme ignorante ou sotte [2].

7. Les blagues sur les blondes peuvent conduire aisément à la discrimination (CELM, 2002).

Étymologie et histoire: Blond, Blonde, adj. et n., d'abord blund (1080), ensuite blond (1164) est d'origine incertaine. «Considérant qu'il désigne une couleur de cheveux propre aux gens du Nord [...] et que de nombreux noms de couleur sont d'origine germanique (blanc, bleu, brun, fauve, gris), on le fait remonter au germanique *blunda» (DHLF, 424a-b et FEW, 15, 170b). Blond (1160) qualifie une personne ayant les cheveux d'une couleur entre le doré et le châtain clair, et, par métonymie, désigne les cheveux de cette couleur. Cette acception montre quelques expressions familières, dans des emplois substantivés, ainsi anciennement faire la blonde «prendre soin de soi-même, se parer» (1564). La blonde de quelqu'un , «sa petite amie» (1831), a vieilli en français hexagonal, mais est resté usuel au Québec. Par extension, blond se dit de ce qui est jaune doré ( bière blonde , d'où de la blond e (1882) (DHLF). Dans les parlers de France blonde s'emploie pour la «bonne amie, la maîtresse ou la jeune fille recherchée en mariage». On retrouve aussi les syntagmes aller en blonde «aller courtiser une fille», aller aux blondes , aller à la blonde et les dérivés, blond «bon ami» et blonder «courtiser une fille» (FEW 15,170b).

Au Québec, le substantif est relevé depuis 1810 (Viger), mais le fait qu'on le retrouve dans les chansons folkloriques et dans de nombreux syntagmes suggère que blonde «amie de femme» a été connu en québécois bien avant le début du XIXe siècle. Les différentes sources consultées semblent indiquer que le mot a probablement été transplanté en Nouvelle-France dès le commencement de la colonisation. Le sens II ( 1980), avec une valeur figurée, tend à se restreindre à des emplois spéciaux.

CATÉGORIE : I . Archaïsme et dialectalisme ; II . Innovation sémantique.

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[1] Poirier, Claude, dir., Dictionnaire du français québécois . Volume de présentation , Québec, PUL, 1985, p. 26-27.

[2] Voir l'article Stéréotype de la blonde

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