Mots du Québec (dictionnaire différentiel), partie 37: GALIPOTE

Ils avaient détecté des brasseux de bière, des coureux de galipote, des jeteux de sorts, des fouilleux de cimetière, des loups-garous, des décolletées.
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GALIPOTE, GALIPOTTE (courir la) loc. verbale.

I . Vx. Fam. Personne qui, dans les mythologies et les légendes, est transformée en lycanthrope (loup- garou ou autre animal).

1 . Il était devenu loup-garou. Oui! Tous les soirs, à la brunante, il se transformait en cheval blanc et courait la galipotte [1] en compagnie de ses semblables jusqu'au matin (Massicotte , Édouard-Zotique, « Le Loup-garou : légende canadienne », dans Le Recueil littéraire , Sainte-Cunégonde, vol. II, nº 21, 1890, p. 185-186, FTLFQ).

2 . Ce qui avait empêché le premier coup [de fusil] de porter [contre les loups-garous], c'est que le fusil n'avait pas été bourré avec le trèfle à quatre feuilles et que les balles n'avaient pas été plongées dans l'eau bénite. - Hein ! qu'est-ce que vous dites de ça, M. l'avocat. J'en ai-t-y vu des loups-garous? continua Pierriche Brindamour. - Oui ! l'histoire n'est pas mauvaise, mais je trouve que vous les avez vus un peu de loin et qu'il y a bien longtemps de ça. Si la chose s'était passée l'automne dernier, je croirais que ce sont les membres du Club de pêche de Phaneuf et de Joe Riendeau de Montréal que vous avez aperçus sur l'île de Grâce en train de courir la galipotte . Vous avez dit vous-même que tous les rouges [Parti politique] étaient des coureux de loup-garou et vous savez bien, M. Brindamour, qu'il n'y a pas de bleus [ id .] dans ce club-là ! (Beaugrand, Honoré, La Chasse-galerie. Légendes canadiennes , Montréal, [s.é.], 1900, p. 46).

II . Fam. Vagabonder, rechercher les aventures galantes; courir la prétentaine.

3 . Père de huit enfants, c'était un paysan [Alexis] par atavisme, travaillant comme une bête, courant souvent l a galipote et dépensant comme un fou, dans une semaine, tout ce qu'il arrachait au sein de sa vieille terre, labourée, ensemencée, retournée, travaillée depuis trois générations (Grignon, Claude-Henri, Un Homme et son péché , Montréal, Éd. Alain Stanké, [1933] ; 2008, p. 52).

4 . - On dit que tu cours la galipote , Aurélie ? Sur les grèves et dans les îles ? Raconte ! Raconte, ta vie, tout ! (Hébert, Anne, Kamouraska , Paris, Éditions du Seuil, 1970, p. 103 ).

5 . Ils ont bu, ils ont ri, ils ont dansé, la vraie vie avec ses découvertes. Vinrent les vacances de Noël, les invitations, les échanges de cadeaux, et le petit ours s'est défoncé à sortir, à festoyer, à jouer, à giguer, à fumer, à boire et même... à courir la galipotte . La grande vie ! (Leclerc, Félix, Le petit livre bleu de Félix ou Nouveau calepin du même flâneur , Montréal, Nouvelles Éditions de l'Arc, 1978, p. 169).

6 . - T'exagères ! Ton père s'est jamais gêné lui non plus pour courir la « galipote »? Il va prendre ça en riant. T'as peur de lui pour rien; ton père, mon oncle Gédéon, je le trouve tellement drôle. Et le cœur sur la main ! Parlez-vous donc face à face, une bonne fois pour toutes (Lemelin, Roger, Le Crime d'Ovide Plouffe , Québec, ETR, 1982, p. 98).

7 . Si t'avais travaillé avec nous autres hier, au lieu de courir la galipote [...] (Tremblay, Jean-Alain, La Nuit des perséides , Montréal, Quinze, p. 213, FTLFQ).

Variantes : Courailler la galipote . Lui qui buvait pas, qui couraillait pas la galipote , qui jouait pas aux cartes, qui avait pas de blondes [2] . Rien. (Grignon, C-H, «Le Père bougonneux», 1945, p. 4, FTLFQ, CELM) a ller à la galipote , mener la galipote , faire la galipote (CELM).

Dérivés : Coureur de galipote (PPQ) et coureux de ~ : Car avant l'époque des Mercenaire, d'autres curés avaient détecté avec le même flair des brasseux de bière, des coureux de galipote , des jeteux de sorts, des fouilleux de cimetière, des liseux de mauvais livres, des loups-garous, des ensorcelés, des décolletées, des possédés, et des mécréants qui se vendaient au diable, 'maginez ! Ma-Tante-la-Veuve n'en revenait pas. Le curé du tordieu ne pouvait pas être en reste sur ses devanciers. Et il s'abattit sur les Cordes-de-Bois (Maillet, Antonine, Les Cordes-de-bois , Montréal, Leméac, 1977, p. 26, FTLFQ).

Synonymes: Galipoter «courir la prétentaine» : L'entends-tu courir ste voix qui du fond des temps secoue vigoureusement le sommier des vivants ! L'entends-tu qui galope ! Ste voix qui bamboche , qui prétentaine , qui galipotte [...] (Germain, Jean-Claude, Mamours et conjugat : scènes de la vie amoureuse québécoise , Montréal, VLB Éditeur, 1979, p. 21, FTLFQ, PPQ).

Etymologie et histoire . De l'ancien francique wala «ainsi». La forme dérivée g alipote , qui connaît sans doute une influence de la famille de galoper, représente une variation régionale de galipette «cabriole, culbute» et au figuré f aire des galipettes qui se dit pour «avoir des ébats érotiques» (FEW 17, 478b et 484b). En France, avant 1761, courir la galipotte «aller au sabat sur un manche à balai ; être ensorcelé» et, en 1864, «course de nuit par suite de sortilège» (TLF). Galipote , avec les acceptions mentionnées, est usuel particulièrement dans les dialectes de l'Ouest de France (Vendée, Aunis, Poitou, Saintonge, FEW 17,478b) et du Centre (Forez, Puy-de-Dôme, ibid .) où il apparait sous des formes variables ( galipote , ganipote , attesté dès le XVIIIe s, de même que garipotte et galipoto ). Le vocable a aussi développé les acceptions de «course effrénée» et «loup-garou, animal ou être fantastique que certains prétendent voir courir la nuit » (TLF, DHLF 1547b).

Au Québec courir la galipote est relevé une première fois chez le Père Potier : «[...] pourquoi va-t-il courrir la galipote ?; i.e . prétantaine » (1746). Il s'applique au XIXe siècle aux «activités d'êtres maléfiques» pour développer au XXe siècle le sémantisme «courir la prétentaine». Consignée au GPFC (1930), la loc., pour dire «courir les mauvais lieux» est attestée partout sur le territoire (PPQ, FTLFQ). Galipote s'emploie parfois seul : La galipotte , je veux bien. Mais sept jours en ligne ... (Paquet, Stéphane, Le Soleil, 2003).

En Acadie, sous «courir la prétentaine», Geneviève Massignon signale les formes courir la galipot e et courir à la galipote (MassAcad).

CATÉGORIE : Dialectalisme.

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[1] hexag.over-blog.com/article-la-galipote-du-poitou-villeneuve-pres-de-montmorillon-vienne-57931154.html

[2] Voir l'analyse du mot blonde sur : http://www.suite101.fr/content/mots-du-quebec-dictionnaire-differentiel-partie-35--blonde-a23061

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