Mots du Québec (dictionnaire différentiel), partie 40: MARINGOUIN

Les maringouins c'est une bibitte. Faut se gratter quand ça nous pique. Je vous dis que c'est bien souffrant. C'est cent fois pire que l'mal aux dents.
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MARINGOUIN n. m.

I. Cousin ou moustique des pays chauds et de l'Amérique du Nord (Culex pipiens, Linné, vulg. Maringoin ).

1 . Il y a des mouches communes, des mousquilles, des mouches luisantes, des maringouins , et des grosses mouches (R.P. Le Jeune, Paul, «Relation de ce qui s'est passé en la mission des Pères de la Compagnie de Jésus en la Nouvelle France en l'année 1633» , Paris, 1634, in 8, 216p., ICMH [Institut canadien de microreproductions historiques], FTLQ[1]).

2 . Ceci me rappelle une petite aventure de ma vie de marin. Mon navire était ancré sur les bords du Mississipi. Il pouvait être neuf heures du soir, après une de ces journées étouffantes de chaleur dont on ne jouit que près des tropiques. Je m'étais couché sur le beaupré de mon vaisseau pour respirer la brise du soir. Sauf les moustiques, les brûlots, les maringouins , et le bruit infernal que faisaient les caïmans réunis, je crois, de toutes les parties du Père des Fleuves, pour me donner une aubade, un prince de l'Orient aurait envié mon lit de repos. Je ne suis pourtant pas trop peureux de mon naturel, mais j'ai une horreur invincible pour toutes espèces de reptiles, soit qu'ils rampent sur la terre, soit qu'ils vivent dans l'eau (Aubert de Gaspé, Philippe, père, Les anciens Canadiens , Montréal, Éd. Beauchemin, [1863] ; 1957, p. 62).

3 . Le soir venu, des colonnes de moustiques et de maringouins bourdonnaient et tourbillonnaient et, malgré la «boucane» savamment entretenue à grand renfort d'écorces vertes sur le feu, harcelaient hommes et chevaux. Les poneys, entravés étroitement des pattes de devant, au moyen de curieux bracelets de bois dur, courbés en fer à cheval, et clavetés d'une cheville, sautillaient gauchement sur ce qui n'était ni trois, ni quatre pattes, et s'arrêtaient de brouter les pois sauvages, fleuris de blanc, pour se rouler dans la boue protectrice (Constantin-Weyer, Maurice, Vers l'ouest , Paris, La Renaissance du livre éd., 1921, p. 47, FTLFQ).

4 . Les maringouins c'est une bibitte. Faut se gratter quand ça nous pique. Je vous dis que c'est bien souffrant. C'est cent fois pire que l'mal aux dents (Travers, Mary, dite La Bolduc, Les Maringouins , chanson, Compo Company Ltd, 1930, FTLFQ).

5 . Depuis quelques minutes, les maringouins ne nous accordaient pas de répit. Ils étaient apparus tout à coup, attirés par la chaleur du feu. La conversation se ponctuait de taloches que l'on s'appliquait sur le front, la nuque, les mains. Quelques-uns piquaient à travers nos chemises. Je parlai de rentrer (Bernard, Harry, Les Jours sont longs , Montréal, Le Cercle du livre de France, 1951, p. 27).

6 . Assise sous une auréole de maringouins , Nicole pleure en lançant des cailloux. Elle vise d'une façon si découragée que la plupart tombent à côté du lac, dont l'eau est si proche pourtant que les vagues d'un yacht mouilleraient nos pieds. Je ne sais pas quoi dire pour la consoler. Pour lui montrer ma compassion j'essaie de lancer mes cailloux aux mêmes endroits qu'elle (Ducharme, Réjean, L'Hiver de force , Paris, Gallimard, 1973, p. 249, FTLFQ).

7 . Mario Dumont a pris plaisir à raconter la légende de Glouskap, «le frère de l'Esprit du Mal, qui a tant humilié la sorcière Poujinkouesse qu'elle s'est changée en « maringouin ...» Effectivement, dit comme ça, c'est assez savoureux. On dirait un conte de Tante Lucille ou une aventure de Fanfreluche (Martineau, Richard, « Chroniques de Richard Martineau», Le Journal de Québec , Québec, 15 décembre, p. 8, FTLFQ).

SYNTAGMATIQUE : Temps des maringouin s, nuée de ~, chasser le s ~, boucane à ~, huile contre le s ~, piqûre de ~, steak de ~ (FTLFQ), maringouin avec un trailer «très gros maringouin», envoyer les ~ «fumer», pour garder de s ~ «se protéger des ~» (PPQ).

SYNONYMIE : Lève-cul , q uatre-moteur s «gros maringouin», enfirouapeurs «maringouins agaçants» (PPQ).

SOBRIQUET populaire : Les Maringouins = les habitants de Saint-Évariste -- Fontenac -- (PPQ).

ÉTYMOLOGIE et HISTOIRE : Maringouin , est emprunté (1566) au tupi et guarani marui , maruim , mbarigui «cousin, moustique». Le terme est d'abord cité en tant que vocable indigène sous la forme Maringon , remanié en marigoin (1609), puis nasalisé une nouvelle fois (1614) en maringouin (DHLF).

Au Québec, le vocable est signalé depuis 1632 et il est encore usuel sur la totalité du territoire.

Maringouin est aussi relevé dans le français de la Louisiane (DitchyLouis) et de l'Acadie (MassAcad).

CATÉGORIE : Amérindianisme.

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[1] FTLFQ, Université Laval, Québec, Qc

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