Mots du Québec (dictionnaire différentiel), partie 41: MOUILLER

Quand le vent soufflait de l'ouest, nos parents, en s'assisant su'a galerie en début de soirée, disaient: La dompe [dépotoir] à pue à soir, y va mouiller.
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MOUILLER v. imper.

I . Pleuvoir.

1. Pour l'Hyrondelle c'est la mesme qu'en France, elle vient au Printemps, & s'en retourne à la fin de l'Automne, elles font leurs nids aux maisons, ou contre quelques rochers où ils ne moüillent point (Denys, Nicolas, Histoire naturelle des peuples, des animaux, des arbres & plantes de l'Amerique septentrionale, & de ses divers climats , t. 2, Paris, chez Claude Barbin, 1672, p. 343, FTLFQ[1]).

2 . Quelques années plus tard, je rencontrai mon homme. -- Eh bien ! lui dis-je, croyez-vous toujours aux tireuses de cartes ? -- Certainement, monsieur; pas plus tard qu'il y a huit jours, la Française m'a prédit qu'il pleuvrait le jour de mon déménagement et, en effet, il a mouillé ( Ledieu, Léon, Entre nous: causeries du Samedi , Québec, Imprimerie d'Elzéar Vincent, 1889, p. 183).

3 . Mais après plusieurs semaines de beau temps continu les sautes de vent fréquentes, qui sont de règle dans la plus grande partie de la province de Québec, avaient repris. Chaque matin les hommes examinaient le ciel et tenaient conseil. − Le vent tourne au sudet. Blasphème ! Il va mouiller encore, c'est clair, disait Edwige Légaré d'un air sombre (Hémon, Louis, Maria Chapdelaine , Montréal, Les éd. CEC, [1914] ; 1997, p. 104).

4 . -- Votre amie ne tombe pas sur un beau dimanche, madame Berthe. J'ai bien peur qu'il mouille avant souper (Choquette, Robert, La Pension Leblanc , Montréal, éd. du Mercure, 1927, p. 37).

5 . Le Survenant reprit : - - Il faut qu'un homme le fasse par exprès pour être gauche de ses mains [...] Z'Yeux-ronds [ = un chien] peut courir à toutes jambes, une nuit de temps quand il mouille , sans se cogner sur rien, mais il n'a pas de mains (Guèvremont, Germaine, Le Survenant , Montréal, BQ, [1945] ; 1990, p.119-120).

6 . - Aussitôt accosté, aussitôt entouré par des chasseurs [...]. - Hé Toi, t'es bon! T'es pas un peureux comme les autres. Tu vas nous faire entrer dans le bois. Il pleut à verse sur sa tête, ses épaules. - Vous voyez pas qu'y mouille ? - C'pas grave; tu viens juste d'atterrir (Ouellette, Francine, Le Grand Blanc , Montréal, Libre Expression, 1993, p. 60).

7 . Quand le vent soufflait de l'ouest, nos parents, en «s'assisant» su'a galerie en début de soirée, disaient : «La dompe à pue à soir, y va mouiller » (Prince, Claude, Souvenirs d'un vieux Montréalais, «Un terrain de jeux de rêve de rêve : le dépotoir de la rue Des Carrières», Site Internet La page @Claude , http://pages.videotron.com/prince9/souvenir.html , 2011).

QUASI-ÉQUIVALENTS : mouillasser , pleuvasser , brumasser .

SYNTAGMATIQUE : A) «Pleuvoir fortement»: m ouiller à sciaux » (1838); mouiller fort (1866); mouiller à boire debout (1884); mouiller mauvais (1913); mouiller à torrents (1913); mouiller à verse (1916); mouiller en pépère (1918); mouiller à tord-cou (ca 1929); mouiller dru (1981); mouiller des clous (1998) (FTLFQ, PPQ, CELM).

B) «Boire» : se mouiller la luette (1900) ; mouiller ça «trinker» (1910); se mouiller le be c (ca 1920); se mouiller les pieds (1920); mouiller la Noël (1930); mouiller son chagrin (1932) ; mouiller l'origna l (1945); se mouiller le canayen (1972); se mouiller le gosier (1978); se mouiller le derrière de la cravate (1979); se mouiller le gorgoton (1980) (FTLFQ).

APHORISMES : E n mouiller de qqch «se présenter en grand nombre»,1929); y va mouiller, les cochons s'promènent ; quand il mouille sur le curé, ça dégoutte sur le vicaire (1964); s'il mouille au mariage, le premier petit sera brailleux (1973); se faire mouiller le pétard «se faire déjouer dans une entreprise quelconque» (1977) (FTLFQ).

HISTORIQUE : Issu du latin tardif (1050) molliare «amollir» (le pain en le trempant) et, plus généralt l'acception «imbiber, humidifier». D'après l'emploi du participe passé adjectivé mouillé, le français connaît le sens de «pluvieux» ( XIIIe siècle ). Le verbe a aussi vécu en langue classique l'idée de «pleuvoir», y compris à la forme impersonnelle (1636), conservée dans l'usage familier et enfantin ( il pleut, il mouille, c'est la fête à la grenouille ) Mouiller «pleuvoir» a aussi été relevé dans les parlers du Nord-Ouest de la France (DHLF 2302b et 2303a, FEW 6, t. 3, 43b-44a).

Au Québec, mouiller, verbe imp. «pleuvoir» (ca1650) est signalé par les glossairistes depuis Potier (1754). Encore aujourd'hui le verbe est d'usage courant.

CATÉGORIE : Archaïsme et dialectalisme surtout en parlant de la fréquence d'emploi.

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[1] FTLFQ: www.tlfq.ulaval.ca/fichier/citations.asp

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