Mots du Québec (dictionnaire différentiel), partie 43: ASTHEURE

C'est vrai qu'astheure c'est pus comme avant. Les gardes-pêches sont rendus comme des mouches à marde. [Y] comptent tes truites à mesure que t'en pognes.
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ASTHEURE (aussi les graphies astheur , ac't'heure ) adv. et loc. conj.

I . Maintenant, présentement.

1 . Dans ce lac Ontario, il y a une abondance prodigieuse de toute sorte de poisson, ses eaux sont fort proffondes et quelquefois fort agitées, les terres qui l'environnent, et qui ne sont pas en prairies sont couvertes de très beaux et fort grands arbres, mais ceux dont il y a le plus sont des pins et des chesnes, on y trouve aussi des fontaines d'eau salée et du souffre, peut estre que lorsque le pais sera plus descouvert on y trouvera quelque mine, mais jusques astheure on n'en a pas de connoissance (Yon , Armand, «François de Salignac-Fénelon, sulpicien : son Mémoire sur le Canada», 1670, dans Les Cahiers des Dix , Montréal, nº 35, p. 152-153, FTLFQ[1]).

2 . Avec les précautions oratoires coutumières, le voisin leur donnait quelquefois son avis. -- Vous allez dire que c'est pas de mes affaires, mais vous auriez dû mettre votre étable à l'ouest. Dans ce pays-citte, ça m'a l'air que ce sont surtout des vents d'ouest. Et encore : -- À votre place, j'aurais pas abattu tous les arbres de l'autre bord du creek [ruisseau]. Astheure , votre étable et votre maison sont pas protégées (Bugnet, Georges, Montréal, Typo, [1935], 1993, p. 63).

3 . C'est vrai qu' astheure c'est pus comme avant : les gardes-pêches sont rendus comme des mouches à marde, torrieu! Tu mets le pied dans la riviére pis t'as pas encore la sumelle mouillée qu'y sont auras toé pour te compter tes truites à mesure que t'en pognes !... En tout cas ! (Levesque, Richard, Le Vieux du Bas-du-Fleuve , Rivière-du-Loup, Castelriand inc., 1979, p. 21, FTLFQ).

4 . Caleb ouvrit la porte de la chambre des filles et poussa Émilie vers un des lits. Elle n'offrit aucune résistance. «Tu vas te passer de manger à soir. Tu diras un acte de contrition après avoir jonglé au quatrième commandement de Dieu. -- Il devrait y en avoir un pareil pour les enfants,» chuchota-t-elle, mais Caleb l'entendit. «Ben ça c'est le comble ! Tu veux tout changer dans la maison. Tu me dis comment élever ma famille ! Pis astheure , tu dis au Créateur qu'Il sait pas comment écrire ses commandements ! Un vrai blasphème ! Tu iras te confesser. Je veux pas voir un de mes enfants faire un sacrilège ! (Cousture, Arlette, Les Filles de Caleb 1, Le chant du coq , Montréal, Québec/Amérique, 1985, p. 17).

REMARQUES : La loc. conj. astheure que (depuis le début du XXe siècle ) est encore d'emploi courant : Où est-ce que vous êtes tous rendus, astheure que j'ai besoin de vous autres ? Où c'est que vous êtes (Trembay, Rénald, Lance et compte II, Montréal, La Presse, 1988, p. 55).

Hein ? Pas de courriel ? Pas de téléphone? Ma boîte vocale sur mon cellulaire ? Vide ! [...] J'avais [Germaine] dit pas de party, mais une surprise, c'est pas pareil... Il me semblait bien qu'ils pouvaient pas laisser passer mes quatre-vingts ans sans fête. Je vais faire semblant que je le sais pas. C'est plate, quand j'étais jeune, j'avais rien pour m'acheter des robes, astheure que j'ai de l'argent, j'ai rien à mettre dans les robes (Bertrand, Janette, Le Bien des miens , Montréal, Libre Expression, 2007, p. 43).

ÉTYMOLOGIE et HISTOIRE : À cette heure , loc. adv., prononcée [ astoer ] « maintenant » est construite à partir de heure attestée sous la forme de ure (v.1050), ore (1130-1140), puis heure avec le rétablissement du « h » étymologique (v.1150 ). Le mot est issu du latin hora «unité de mesure de temps» (DHLF, FEW 4, 467a ). La locution à c't'heure «présentement», aussi astheure , est française depuis le XVIe s. (1530, Palsgrave, FEW 4, 468a ) et relevée chez Balzac : « N'allez-vous pas effrayer tout le voisinage à c't'heure ?» ( PR 2003 ). Elle est consignée dans plusieurs dictionnaires du XXe s. mais, de nos jours, on la considère en fr. gén. comme une locution vieillie ou régionale. On la retrouve d'ailleurs, avec de nombreuses variantes phonétiques, dans la plupart des dialectes d'oïl et en Belgique où elle est encore d'usage courant (FEW 4, 468b).

Le québécois astheure adv., courant depuis le tout début de la colonisation et relevé par tous nos glossairistes, appartient au fonds lexical hérité tant du moyen français que des parlers de France et ne constitue donc pas, à ce titre, une erreur comme l'ont trop souvent prétendu nos puristes. Il est toutefois certain qu' astheure appartient davantage à la langue parlée et à un registre plus familier que correct.

Astheure «maintenant.» est connue en Acadie : «Cette locution est l'expression favorite des Acadiens qui l'insèrent à tout propos dans leurs phrases, spécialement au commencement et à la fin» (MassAcad).

CATÉGORIE : Archaïsme et dialectalisme.

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[1] FTLFQ : « www.tlfq.ulaval.ca/fichier/citations.asp »

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