Mots du Québec (dictionnaire différentiel), partie 45 : TRÂLÉE

Chicklet servait le thé. Elle le servit jusqu'à la dernière goutte en rêvant d'ébouillanter l'institutrice et sa trâlée de pouilleux avec qui elle couchait.
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TRÂ(A)LÉE, TRO(Ô)LÉE n. f.

I . Groupe de personnes, particulièrement les enfants (à l'occasion pour les animaux).

1 . Nanette (l'avant dernière) me donne bien de la peine [...], le reste de la tralée sont bien, tu voit [ sic ] que j'ai de quoi me divertir avec tous [ sic ] cela (Archives nationales du Québec/Archives privées, AP-G 267, 19 déc. 1834, Québec).

2 . Prenez garde que votre fille dont vous êtes si pressé de vous débarrasser ne vous revienne avec une première « trâlée » d'enfants. Ce ne serait pas la première fois (Baillairgé, Charles , Divers ou Les enseignements de la vie , Québec, C. Darveau éd., 1898, p.22, [ICMH], FTLFQ[1]).

3 . Beauchemin : rien qu'à voir la trâlée de morveux qui reviennent de l'école, il y a des bouchons qui doivent sauter des fois (Beaulieu, Victor-Lévy, Race de monde , Montréal, éd. du Jour, 1969, p.50, NéoClas).

4 . Maman, malgré sa « trolée d'enfants» comme elle dit, invite, de temps à autre, un ami de la rue Saint-Denis (Jasmin, Claude, Pointe-Calumet , Boogie-woogie , Montréal, éd. La Presse, 1973, p.100, NéoClas).

5 . Chicklet servait le thé. Maman Trognon la surveilla, par rapport à ses dentiers. Elle le servit jusqu'à la dernière goutte en rêvant d'ébouillanter l'institutrice et sa trâlée de pouilleux avec qui elle couchait. La couchette! Elle s'y glissa elle-même assez tôt, pendant que les hommes déparlaient. Elle rumina un plan vengeur, diabolique qui ferait s'éteindre d'eux-mêmes ces feux d'espoirs dérangeants ! (Bujold, Réal-Gabriel, La Sang-mêlé d'arrière-pays , Montréal, Leméac, 1981, p. 170, FTLFQ).

6 . Quinze ans de camionnage... vendu la maison de mes parents pour deux pets... en train de perdre tous mes cheveux... une trâlée de blondes que j'ai aimées juste pour leur cul et qui m'auraient toutes vendu pour deux piastres... (Beauchemin, Yves, Juliette Pomerleau , Montréal, Éditions Québec/ Amérique, 1989, p. 21, FTLFQ).

7 . Il était plutôt coi, bon voisin, accommodant sur la messe du dimanche. C'est même en cette pieuse occasion, un an tout juste après son arrivée, qu'il rencontra la fille de son troisième voisin ; cette révélation fut telle que Marguerite Omier lui fit, en trois veillées à la maison paternelle, oublier tout à fait qu'il avait encore une Poitevine légitime et une trâlée de petits Poitevins par-delà la mer (Marcel, Jean, Des nouvelles de Nouvelle-France: histoires galantes et coquines , Montréal, Leméac,1994, p. 58, FTLFQ).

SYNONYMES : batch , gang , bande (fr.) (FTLFQ, PPQ, CELM).

SYNTAGMATIQUE : à la trâlée «en grand nombre», ~ d'enfants, ~ de monde, etc. (FTLFQ, PPQ, CELM).

ÉTYMOLOGIE et HISTOIRE : Trâlée , trôlée n.f. de trôler v., écrit aussi troller (1561 et précédé par treler (1376), est issu du latin populaire tragulare «suivre le gibier à la trace», lui-même dérivé du classique trahere «tirer», par l'intermédiaire de tragula , nom d'un instrument de chasse --javelot, filet, etc. (FEW 13, tragulare , 173a, DHLF 3927a). Par ailleurs, trôlée, trâlée, subst. fém. est signalé comme vx ou région., notamment dans l'Ouest de la France : en Anjou t reulée , trolée et dans le Poitou traulée «suite, ribambelle» ; en Picardie tralée «grand nombre, multitude d'objets, d'enfants qu'on traîne à la suite» ; en Champagne «grande quantité (p. ex. d'enfants)» ; en Suisse «ribambelle, grand nombre» et «bande, troupe (de personnes ou d'animaux)» (FEW 13, 175ab). Le mot est employé par des écrivains connus, autant en France qu'au Québec : Je te [ une chatte ] rencontre dans le jardin , l'air fou, ridicule, une trôlée de matous autour de toi (Colette, Claudine, 1900, p. 164), puis, Ce n'est pas facile de se concentrer avec la trâlée de clients qui, les uns derrière les autres, se pointent le nez au guichet (Godbout, Jacques, Salut Galarneau ! 1967, p. 13, TLF).

En français québécois trâlée «longue suite de...» est relevé depuis 1744 (Père Viger). La variante trôlée est apparue tardivement (1920). Une hypothèse établissant un lien possible avec l'anglais troll ne peut être retenue : le sens de «groupe de personnes» n'est pas consigné dans les répertoires de langue anglaise et la forme, en ce qui la concerne, relève plutôt de l'allemand truzlanan .

Catégorie : Dialectalisme.

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[1] Fichier du Trésor de la Langue Fançaise au Québec : http://www.tlfq.ulaval.ca/fichier/recherche.asp?mode= .

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