Mots du Québec (dictionnaire différentiel), partie 47 : BARBIER

Elle remplaçait l'avalanche de gifles par une séance de tirage de cheveux. J'en ai eu assez, au point d'aller demander à mon barbier de me raser la tête.

BARBIER n. m

I . Vx Coiffeur pour hommes.

1 . Celle-ci [une échoppe], d'où sortaient en ce moment deux matelots, était celle d'un spécialiste en tatouage. La boutique suivante était celle d'un barbier . On voyait l'homme taillant les cheveux à un gaillard portant la chemise à carreaux des bûcherons. Appliquée contre la vitre, une pancarte annonçait un combat de boxe en date de la semaine dernière (Choquette, Robert, Élise Velder , Montréal - Paris, Fides, 1958, p. 207-208, FTLFQ).

2 . Dans la shoppe de barbier , grande conversation pour apprendre que papa avait encore mis la main sur une coupe de bois, loin du village, et qu'il s'était trouvé, pour pas cher, un vieux snoreau de bûcheux encore alerte à l'ouvrage. Pour mieux échapper à l'école et à la huitième année, aussi pour me donner l'air d'être devenu un homme [...], je consentis donc de bon gré à suivre le père Picard. Pas fâché de prendre racine sur place plutôt que de partir en peur à l'étranger, j'affilai allègrement ma hache et maman me prépara du linge chaud pour le bois (Filion, Jean-Paul, Saint-André Avellin... le premier côté du monde , Montréal, Leméac, 1975, p. 170-171, FTLFQ).

3 . Il n'y avait d'autre passant qu'un vieux monsieur en train d'examiner l'enseigne d'un barbier sur la rue Guillaume à une trentaine de mètres à leur gauche (Beauchemin, Yves, Juliette Pomerleau , Montréal, Éditions Québec/Amérique, 1989, p. 383).

4 . Parfois, elle remplaçait l'avalanche de gifles par une séance de tirage de cheveux. Un jour, j'en ai eu assez, au point d'aller demander à mon barbier de me raser la tête (Bélanger, Jacques, Alexandra Wong , Québec, Septentrion, 1990, p. 119, FTLFQ).

5 . Sale journée : mon Pif Gadget n'était pas encore arrivé au kiosque à journaux et c'était la semaine de la visite chez le barbier . J'ai dû attendre mon tour en n'ayant rien d'autre à faire qu'améliorer mon vocabulaire avec quelques Reader's Digest froissés. Un barbier bigleux s'est avancé pour demander qui était le suivant. Michel et moi sommes restés silencieux, effrayés à l'idée d'être sa prochaine victime. Mon père a pointé la main dans ma direction. (Dompierre, Stéphane, Mal élevé , Montréal, Québec Amérique, 2007, p. 174, FTLFQ).

SYNTAGM ATIQUE : salon de barbier, shop de barbier ; chaise de barbier ; ciseaux de barbier ; poteau de barbier (FTLFQ, PPQ, CELM).

ÉTYMOLOGIE et HISTOIRE : ''Dérive de barbe n. f. emprunté au latin (vers 1050) barba «poils du menton et des joues de l'homme (incluant parfois la moustache)». Barbier (vers 1221) a longtemps désigné non seulement celui qui fait la barbe, mais celui qui exerçait cette fonction conjointement à celle de chirurgien ( barbier-chirurgien ), type social qui existait encore récemment en pays musulman. Le sens restreint de «celui qui fait la barbe » (vers 1230) a été plus tard supplanté par coiffeur , mais il subsiste en français du Québec en parlant du coiffeur pour hommes" (DHLF 326b, FEW I, 243b-244a). Le mot, français jusqu'au XIXe s. (employé par Lamatine, A. Dumas père, G. Flaubert, etc.), est relevé par Le Glossaire des patois de la Suisse romande et survit dans les parlers locaux de France (TraLiQ 2,72).

Au Québec, barbier «coiffeur pour hommes» est signalé depuis le début du XXe siècle. L'attestation plutôt tardive s'explique probablement par l'usage du terme en français général et sa caution par les grands dictionnaires hexagonaux. Aujourd'hui, l'utilisation de barbier , en milieu québécois, recule devant coiffeur , vocable qui présente des connotations mélioratives (TraLiQ 2, 72).

CATÉGORIE : Anglicisme de maintien[2].

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[1] Fichier du Trésor de la Langue Française au Québec : « http://www.tlfq.ulaval.ca/fichier/default.asp ».

[2] Claude Poirier estime «que pour certains emplois qui se rattachent manifestement aux parlers galloromans, l'influence anglaise ne soit pas complètement absente et soit venue renforcer un usage français. Ces cas doivent être examinés un à un, à la lumière d'une bonne documentation sur les usages québécois anciens. On appelle généralement anglicisme de maintien les archaïsmes français maintenus en raison (ou avec l'aide) de l'anglais. Les mots barbier m. 'coiffeur (pour hommes)' et breuvage m. 'boisson' méritent sans doute cette appellation ; ces emplois ont vécu en français jusqu'au 19e siècle mais l'influence de l'anglais a dû contribuer à en maintenir la fréquence en québécois (cf. les enseignes barber-shop dans le cas du premier ; les étiquettes anglaises et les menus bilingues des restaurants pour ce qui est du second)» (Poirier, Claude, «Le Lexique québécois : son évolution, ses composantes», Stanford French Review , Spring-Fall, 1980, p. 69-70).

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