Mots du Québec (dictionnaire différentiel), partie 49 : MARABOUT

Tu dis cela parce qu'il n'a pas voulu de ta nièce. Elle n'est pas pour prendre un marabout comme ça. La mère des garçons n'est pas morte !
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MARABOUT adj. et n.

I . Adj. Qui boude, qui est de mauvaise humeur.

1 . Le nouveau venu tire ses mitaines sous la «truie» [poêle à bois rudimentaire], rageusement. Il secoue son mackina [veste ou manteau de laine long et à carreaux], l'étend sur la perche après avoir jeté par terre la chemise d'un compagnon et court à la cuisine. Boicher me sourit et affirme : -- Not'Bougon est marabout , à soir ( Nantel, Adolphe, À la hache , Montréal, Éditions Albert Lévesque, 1932, p. 220).

2 . Ça m'avait ravigoté l'espérance. Neuf heures moins cinq, pour pas manquer mon coup, je m'installais sur la souche de la veille. Les gars avaient déjà commencé leur journée. - Va donc scier ! (Les bûcheux étaient toujours marabouts , le matin !) (Timber ! Timber !) Le croupion sur ma souche, je suivais l'heure sur le soleil (Pellerin, Fred, Dans mon village, il y a belle Lurette... Contes de village , Montréal, Planète rebelle, 2001, p. 99, FTLFQ).

3 . Une manière de vivre loin des hommes, loin du gérant toujours marabout de l'hôtel, loin des serveurs froids et mécanisés, loin des hommes, loin de cette Pauline Rochon qui rêve en se berçant avec son vieux père sur sa véranda vitrée (Jasmin, Claude, Sainte-Adèle-la-vaisselle , Montréal, La Presse éd., 1974, p. 19, FTLFQ).

4 . Va à la Rivière du Loup, i'trouve un bonhomme si marabout qu'i se décide à revirer [du] bord de Québec. Arrivé à Québec, i'est dégoûté, il est démoralisé. Il décide de s'engager comme zouave [...] (Collection Pierre Perrault, L'Islle-aux-Coudres, Charlevoix, FTLFQ).

II . N. Personne qui exprime la mauvaise l'humeur, qui a l'humeur maussade.

1 . -- Ah ! tu dis cela parce qu'il n'a pas voulu de ta nièce. -- Quand même il l'aurait demandée, il ne l'aurait pas eu. Elle n'est pas pour prendre un marabout comme ça. La mère des garçons n'est pas morte ! (Lemay, Pamphile, Le Pèlerin de Sainte-Anne , Québec, Typographie de C. Darveau, 2 vol., 1877, p. 53, FTLFQ[1]) .

2 . [...] je sais ben ous' que je vous ferai camper, par exemple, mes calvaires. [...] - Ah ! oui-da oui !... Ah ! c'est comme ça !... Eh ben, j'vas vous le dire en effette ous' que j'allons camper, mes crimes ! fit Tipite Vallerand avec un autre sacre à faire trembler tout un chantier. On va camper au mont à l'Oiseau, entendez-vous ? Et si y en a un qui fourre son aviron dans le fond du canot, ou qui fourre son nez ous'qu'il a pas d'affaire, moi je lui fourre un coup de fusil entre les deux yeux ! Et tout le monde entendit claquer le chien d'un fusil que le marabout venait d'aveindre [prendre un objet, là où il est rangé] d'un sac de toile qu'il avait sous les pieds (Fréchette, Louis, «Tipite Vallerand», Contes de Jos Violon , Montréal, Guérin éd., [1892] ; 1999, p. 5).

QUASI-ÉQUIVALENTS : bourrasseux, bourru, en maudit, en beau diable, pas de bonne humeur, pas d'équerre, pas dans son assiette.

SYNTAGMATIQUE : être marabout, se sentir ~.

ÉTYMOLOGIE et HISTOIRE : Emprunt à l'arabe murabit «homme pieux, ermite», puis, par métonymie, son «tombeau». Le mot entre dans la langue française sous deux formes : moabite , morabuth (1575) avec l'acception de «musulman qui se consacra à la pratique et à l'enseignement de la religion» (en parlant d'une réalité algérienne). Il se réalise, depuis le portugais, dans la forme marabou (1617) puis marabout (1628). Depuis le XVIIIe s., on le relève dans le parler populaire français avec le sens «d'homme laid, renfrogné et fort petit» et «personne laide, malpropre, qu'on méprise» (FEW, 19, 131 sous murabit ). Le Bescherelle (1864) le relève en tant que terme populaire pour définir un «homme laid, mal bâti». On retrouve aussi marabou «gros homme trapu» dans les parlers du nord de la France et en Belgique (Chambure) ; en Anjou, on relève l'acception «homme laid».

En français québécois, l'adjectif (1856) et le nom (1877) sont attestés, sur l'ensemble du territoire, pour signifier la mauvaise humeur chez une personne. Dans le premier tiers du XXe s., marabout s'est aussi dit à propos d'un individu «irritable, grincheux, grondeur ou peu endurant (GPF). Le terme est encore employé aujourd'hui avec le sens «d'enfant boudeur» (PPQ).

Marabout est aussi en usage en Acadie pour parler d'un individu qui est «mécontent» (MassAcad).

CATÉGORIE : Dialectalisme.

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[1] Fichier du Trésor de la Langue française au Québec, « http://www.tlfq.ulaval.ca/fichier/default.asp »

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