Mots du Québec (dictionnaire différentiel), partie 50 : CHÂSSIS

Son père, aurait bien [voulu] voir sa fille plonger dans l'instruisance. Seulement, elle préférait suivre le cours de l'eau plutôt que celui de la maîtresse
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CHÂSSIS n. m.

I . Fenêtre.

1 . Il pouvait être onze heures du soir, lorsque tout-à-coup, au milieu d'un cotillon, on entendit une voiture s'arrêter devant la porte. Plusieurs personnes coururent aux fenêtres, et frappant, avec leurs poings sur les châssis , en dégagèrent la neige collée en dehors afin de voir le nouvel arrivé, car il faisait bien mauvais. Certes! cria quelqu'un, c'est un gros, compte-tu, Jean, quel beau cheval noir; comme les yeux lui flambent; on dirait, le diable m'emporte, qu'il va grimper sur la maison (Aubert de Gaspé, Philippe (fils), L'Influence d'un livre, Montréal, BQ, [1837] ; 1995, p. 60).

2 .-- C'est rien ça, intervint Mélie, si t'avais connu ça dans mon jeune temps. J'ai vu une fois, quand j'étais petite, à Lavaltrie, chez mon père, qu'on s'est réveillé un beau matin avec d'la neige qui bouchait jusqu'au châssis d'la chambre d'en haut. On était quasiment tout enterré. Y a fallu que mon père i' sorte par la ch'minée pour aller nous désenterrer. C'est la pure vérité. Vous savez pas c'que c'est qu'l'hiver, vous autres, pour le certain.

-- Ben sûr que c'est pas des menteries, renchérit Euchariste. J'ai vu ça quand j'étais à Sainte-Adèle, dans les hauts. Pas chez nous, parce qu'on restait dans la côte. Mais dans les baisseurs. J'ai vu des dimanches qu'on pouvait pas aller à la messe parce que les chevaux calaient jusqu'aux avaloires dans les bancs de neige. Y fallait aller déterrer les balises après chaque bordée, les sortir, pi les replanter par-dessus (Ringuet [pseud. de Philippe Panneton], Trente arpents , Paris, Flammarion, [1938] ; 1991 p. 43-44).

3 . À part de ça que le Petit cordonnier donnait à sa femme toute l'argent qui gagnait de peine et de misère à partir de la barre du jour jusqu'à la grosse noirceur. Par le châssis on pouvait le voir tirer sus sa babiche ou ben cogner du marteau (Grignon, Claude-Henri, «Le père bougonneux», Bulletin des Agriculteurs , Montréal, juillet 1952, p. 56, FTLFQ[1]).

4 . Pour ne pas réveiller les petits, il a tapé au châssis de sa chambre. Elle s'est fait prier, il y tenait à tout prix, elle est sortie, mal assurée dans ses pantoufles et l'impudeur de sa chemise. Il a pris par le cou un bout de femme aux grâces un peu fortes, aux traits tirés. Il l'a juchée sur ses genoux, serrée dans ses bras (Ducharme, Réjean, Va savoir , Paris, Gallimard, 1994, p. 56, FTLFQ).

5. Quand le temps vint pour elle de fréquenter la petite école, ça dura trois jours seulement. [...] Dans la classe, elle dépensait ses heures à jeter les yeux à tort et à travers le châssis au lieu de les poser dans ses livres. Ti-Bust, son père, aurait bien souhaité voir sa fille plonger dans l'instruisance. En seulement, comme elle préférait suivre le cours de l'eau plutôt que celui de la maîtresse, il la laissa libre d'agir à son gré, à son gué (Pellerin, Fred, «Conter fleurette», Dans mon village, il y a belle Lurette... Contes de village , Montréal, Planète rebelle, 2001, p. 18, FTLFQ).

SYNONYMIE : fenêtre, window (rare, à partir de l'anglais).

SYNTAGMATIQUE : allège de châssis (base de l'encadrement de la fenêtre à l'extérieur ou à l'intérieur), banc de ~ (id.), ~ à petites vitres, ~ à screen (moustiquaire), ~ vitré, ~ double (gén. plur.), contre-châssis, garrocher les piasses par les ~, se garrocher à travers le(s) ~ (perdre conscience de ce qu'on fait[2]).

ÉTYMOLOGIE et HISTOIRE : Tout d'abord casse en Normandie (v. 1150), ensuite châsse (1680), est issu du latin capsa «petite boîte» (FEW, 2, 310b). En ancien fr. chassiz «encadrement d'une ouverture rectangulaire» (fenêtre, porte, vitre). Châssis «fenêtre» est attesté en poitevino-charentais comme en picard. Dans les parlers francoprovençaux, il est signalé avec le sens de «fenêtre d'écurie» (FEW 2, 311 ; ALF carte 549 ; JunJum p. 109[3]).

Au Québec, châssis «fenêtre», depuis le début du XIXe s. Le mot, avec la même acception, est aussi relevé en Acadie (graphie chassis ) chez Geneviève Massignon (MassAcad II, 1125, sous vocable fenêtre ).

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[1] F ichier du T résor de la L angue F rançaise au Q uébec : « http://www.tlfq.ulaval.ca/fichier/default.asp ».

[2] Pour d'autres syntagmes, voir le PPQ ( Le Parler populaire du Québec et de ses régions voisines , Québec, Éd. officiel du Québec, 1980, vol. 9, p.163-164).

[3] Juneau, Marcel, La Jument qui crotte de l'argent . Conte populaire recueilli aux Grandes Bergeronnes (Québec) , coll. «Langue française au Québec» 2, Québec, PUL, 1976, p. 109.

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