Mots du Québec (dictionnaire différentiel), partie 52 : BABOUNE

À Creek Point, y a rentré à l'hôtel, y s'est mis à bouère comme un trou, [à se battre], y'avait les yeux noirs comme le poêle et les babounes toutes fendues
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BABOUNE n. f.

I . Pop. Le plus souvent au plur. Lèvres d'une personne, aux formes pleines.

1 . Q.-- De grosses lèvres charnues sont-elles un signe que la personne est amoureuse ? R.- Méfiez-vous, ce sont peut-être des babounes de Juif ( Le Goglu , 18 nov., 1932, p. 7, col. 2, FTLFQ[1]).

2 . C'est vite fait. Le grand tata lui a étampé son poing sur les babounes (Major, André, La Chair de poule , Montréal, Éditions Parti pris, 1965, p. 165, FTLFQ).

3 . Ma Toinette, chuz arrivé au chantier ça fait quatre s'maines et on a été engagé par un M. Grenier, le grand boss d'la compagnie, mai j'ai eu d'la misère avec Tinoir. Rendu à Creek Point, y a rentré à l'hôtel et y s'est mis à bouère comme un trou et en plusse y sortait avec des filles qui buvaient et qui couchaient avec des hommes pour cinquante cennes. J'avais beau essayé d'y parler, mai [ sic] y était toujours saoul comme une botte et en plusse de ça, un soir, y s'est battu et a mangé une vrée ramasse ; y avait les yeux noirs comme le poêle et les babounes toutes fendues ; y s'est aussi fait voler son butin (voir l'article BUTIN[2]) . J'm' d'mande si j'vas être capable de passer l'hiver avec lui (Proteau, Lorenzo, Grand-mère 'Toinette m'a raconté... , s.l., Les Éditions Priorités, 1981, p. 112, FTLFQ).

SYNONYMIE : babines.

SYNTAGMATIQUE : Paire de babounes , avoir les babounes enflées (CELM[3]).

II . Au sing. Bouche ; (fam.) gueule.

4 . Tapez leur fort sur la baboune ( Le Goglu, 20 février 1931, p. 2, col. 3, FTLFQ ).

5 . Si tu veux pas une claque sa baboune , tu devrais la fermer (CELM, Inf. masc., Saint-Georges de Champlain, 1980).

6 . Y'a reçu une taloche en plein sur la baboune (CELM, Inf. fém., Port Saint-François, 1980).

III . Mauvaise humeur, disposition à faire la moue.

7 . FABIEN: Qu'est-ce qu'il a encore ce matin. Il s'est levé avec la « baboune »? ALICE: Quand il est en retard, il n'est pas parlable (Gamache, Marcel, Cré Basile ,(tv), Télé-Métropole, 10 déc. 1968, série 53, bob. 1, p. 3, FTLFQ).

8 . Notons enfin que la baboune et le «no comment» de Stéphane Richer après le match de jeudi à Québec sont passés inaperçus dans la tempête Jean Perron. Il n'en a même pas été question hier au Forum. Pas assez piquant. On se reprendra ( La Presse , 11 mars 1989, p. F2).

9. Au cours des dernières semaines, Roy avait noté que certains joueurs ne semblaient plus comprendre leur rôle. Avec seulement 17 rencontres à disputer au calendrier régulier, il voulait clarifier les choses. «J'ai invité ceux qui voulaient faire la "baboune" à partir et personne ne l'a fait. Dernièrement, j'ai formé un comité de vétérans pour qu'ils me fassent part de leur opinion sur certaines choses. Je vous le dis, il n'y a plus de " baboune "! ( Le Soleil , 2 février 2008, «Cahier des sports», p.7, FTLFQ).

DÉRIVÉ : babouneux «enfant grognon» (PPQ).

SYNTAGMATIQUE : Sens général de bouder : Avoir la baboune , faire la baboune , faire la baboune grosse, faire la grosse baboune (FTLFQ, PPQ)

REMARQUE : Baboune : sobriquet pop. (PPQ).

ÉTYMOLOGIE et HISTOIRE : De bab «lèvre» (FEW bab , 1, 192a). En ancien fr. baboe , baboue «moue, grimace» (God). Au XVII e s. faire la babou «to bob or to make a mow at» (Cotgr, 1611) ; aussi en moyen fr. et en fr. moderne babine , chez les animaux «à lèvres proéminentes». Le mot est disséminé dans les parlers de France et connu sous différentes variantes : babouines , babeugne et babouin «qui a de grosses lèvres» puis, qui «fait la moue», notamment en Bourgogne (FEW bab , 1, 192a). En Touraine, faire la babouine = «faire la moue». Dans le Centre de la France, baboune «lèvres», faire les babounes = «faire la moue» (JaubertCentre, p. 58b, aussi cité par G. Massignon)[4].

L'emploi de babounes «grosses lèvres» perd de sa popularité au Québec, tandis que les sens II et III sont encore courants. Dionne, Le Parler populaire des Canadiens français (1909, p. 49), et les collaborateurs du GPFC voient faussement dans baboune un emprunt à l'anglais baboon . Le mot baboune de notre étude n'a rien à voir avec la langue anglaise.

En Acadie, faire la babine «faire la moue», faire la baboune «id. » et baboune ! «exclamation de reproche à un enfant qui fait la moue» (MassAcad, p.585).

CATÉGORIE : Dialectalisme.

BAGOSSE

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[1] F ichier du T résor de la L angue F rançaise au Q uébec : « http://www.tlfq.ulaval.ca/fichier/default.asp ».

[2] BUTIN : « http://www.suite101.fr/content/mots-du-quebec-dictionnaire-differentiel-partie-30-a21443 »

[3] CELM : C entre d' É tudes L inguisique de la M auricie, Fournier, Serge et Étienne Poirier (dir.), Trois-Rivières, «sergiusfournier@gmail.com».

[4] Jaubert, Hippolyte-François, Glossaire du Centre de la Fance, en ligne.

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