Mots du Québec (dictionnaire différentiel), partie 54 : BIDOUS

Siegel, Bugsy, un Saint-Benny des bidous, pensa Las Vegas. Une ville qui serait «la réponse aux rêves de l'Amérique : le jeu, l'alcool et le sexe».

BIDOUS n. m. généralt plur.

I . Fam. Argent.

1 . Simon : – [ ... ] on dirait que plus je perds dans le commencement de la soirée plus je gagne après... tu comprends les caves de l'usine, ça les encourage de gagner au commencement... puis quand ils sont en train-là, il y a plus moyens de les arrêter et les bidous ça revole (Boivin, René O., Rue principale [radio], 17 mars 1944, série 2, bob.17, émission 1701, p. 5, FTLFQ[1]).

2 . Si tu veux recevoir un cours en trois leçons pour savoir comment réussir dans la vie, pis te marier à dix-huit piasses par semaine, va trouver Boisvert. Il a tout ça d'écrit, lui, dans son calepin. Un petit phénomène que je te dis ! Un petit Rockefeller de trente bidous (Roy, Gabrielle, Bonheur d'occasion , Montréal, Librairie Beauchemin, [1945 ] ; 1965, p. 272, NéoCan).

3 . [...] l'asphalte, le béton, [...] les gros investissements, les ristournes et le saint bidou béni des Franciscains descendent parmi nous, [...] remplaçant le burlesque [...] par le pareil au même de la banalité urbaine, suburbaine Pétrolière et américaine (Ferron, Jacques, L'Amélanchier , Ottawa, éd. du Jour, 1970, p. 21).

4 . [...] à la banque visage franc est de rigueur à cause des clients qui ne l'ont pas, vu leurs bidous... (Ferron, Jacques, Les Confitures de Coing et autres textes , Montréal, éd. Parti Pris, 1972, p. 217, NéoClas).

5 . Joe Bocan projette l'image d'une starlette qui s'est lancée dans le showbizz avec de solides assises financières, se produisant dans le cadre de happenings à tout le moins coûteux. Détrompez-vous. Je l'imagine même cassée après avoir injecté quelques dizaines de milliers de bidous sur sa nouvelle production ainsi que son lancement à grand déploiement -- mercredi dernier, au Spectrum ( La Presse , Montréal, 21 sept. 1991, p. D-13, FTLFQ).

6 . Siegel, Bugsy pour ses ennemis, eut l'insigne honneur d'être l'homme qui pensa Las Vegas. Comme un Saint-Benny des bidous en extase dans le désert du Nevada, il eut la vision d'une ville qui serait «la réponse aux rêves de l'amérique : le jeu, l'alcool et le sexe» [...] ( Voir , Montréal [chronique du cinéma], 3 janv. 1992, p. 9, FTLFQ).

7 . Prochaine illustration de cette constatation de la Commission Séguin : Ottawa va bientôt offrir de gros « bidous» aux municipalités pour réparer leurs infrastructures. Vont-elles refuser, au nom de la séparation des pouvoirs ? (Vastel, Michel, «Yves Séguin : le commissaire devenu ministre», Le Soleil , Québec, jeudi 12 juin 2003, FTLFQ).

SYNTAGMATIQUE : Avoir du bidou , avoir des bidous (NéoClas), avoir le bidou «être riche» (PPQ).

HISTORIQUE : Le mot bidou(s) est attesté dans les parlers français. En Wallonie, il désigne une jaquette d'enfant (GrandgagnageWallon), en Champagne, une sorte de poire d'automne (GlossaireMeuse). Une forme voisine, bidé , relevée en Flandre, exprime l'idée de «jeu qui a affaire avec l'action de saisir et d'empocher vivement de l'argent» (VermesseFlandre, p. 427). Pour sa part, Huguet relève un emploi de bidet «écus» au XVIe siècle : « comme aussi les ecus d'Espagne esté reduicts à une plus petite forme que les écus de France, ont pris le nom de Pistolet, et les plus petits Pistolets, Bidets : comme on appelle les plus petits chevaux » (Fauchet, Origines des Chevaliers , L II, 530 V, H), tandis que Godefroy signale bidet « nom d'une monnaie qui avait cours dans le Nord [de la France]. Ce vieux mot, dont les exemples anciens nous manquent, était encore usité au XVIIe siècle : Defense de porter petites pistoles dictes bidetz ou muchoirs, que l'on cache en ses pochettes ou ailleurs » (1614, Godefroy I, 645c).

En français québécois, bidou «argent» est signalé une première fois vers la fin du XIXe s. Aujourd'hui, le mot est encore largement connu et employé au Québec (FTLFQ, PPQ, CELM). Il a donné naissance à quelques sobriquets dont Monsieur Bidou et Bidou , mais leur emploi est aujourd'hui limité (Canadiana, PPQ). En dernier lieu, Bidou «dernier-né», attesté au PPQ, ne s'entend plus en québécois moderne.

CATÉGORIE : Archaïsme et dialectalisme.

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[1] F ichier du T résor de la L angue F rançaise au Q uébec : « http://www.tlfq.ulaval.ca/fichier/default.asp ». Voir aussi l'article bidou dans Poirier, Claude (dir.), Dictionnaire historique du français québécois , Québec, PUL, 640 p.

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