Mots du Québec (dictionnaire différentiel), partie 57 : PEIGNURE

Il présente une apparence soignée dans son genre un peu chromé, un peu kétaine, avec ses bijoux et sa peignure comme sa moustache toujours placés avec soin.
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PEIGNURE n. f.

I . Manière dont les cheveux sont coupés ou arrangés.

1 . [ Vers 1924 ] une épluchette de blé d'Inde eut lieu chez M. Philippe Parent. Alice s'était fait remarquer par sa peignure , au temps où ses cheveux descendaient jusque dans le dos. Elle avait les cheveux dans un filet, avec un beau rouleau. Alphonse l'avait trouvée bien belle (Archives familiales Bonenfant [collectif], «Le très beau nom de mon amour», Saint-Narcisse de Champlain, éditions de la Catalogne, 1978, 210 p.).

2 . C'est pareil pour les peignures , ça. Y a des femmes qui seraient pas laites, seulement c'est le salon de coiffeuses qui les mène, pis des fois quand y sortent de d'là y t'ont des torrieuses d'amanchures sus la tête, ma foi du Bon Yeu, tu dirais quasiment que les femmes font exprès pour avoir l'air folles (Levesque, Richard, Le Vieux du Bas-du-Fleuve , Rivière-du-Loup, Castelriand éd., 1979, p. 63, FTLFQ[1]).

3 . R'garde mon beau char

peignure

R'garde pas d'l'aut' bord

Pis r'garde moé l'allure

R'garde mes p'tits «trucks»

Pis r'garde mes gros sous

R'garde mes culottes

Pis r'garde l'hostie d'fou

Qui s'promène s'a rue là-bas

Avec la tête comme un d'ssous bras

(Latraverse, Plume, Cris et écrits (dits et inédits) : Plume la traverse... l'époque , Montréal, Les Éditions Rebelles, 1983, p. 62, FTLFQ).

4. Avoue que tu serais cute avec une coiffure comme ça, fille, parce comme c'est là, je reviens pas sur c'que j'ai dit, mais pour ton bien, faut que je sois honnête avec toé, pis c'est pour te rendre service que j'vas t'dire la vérité : comme c'est là, là, là t'as l'air d'la chienne à Jacques. Prends-le pas mal mais, pour v'nir me voir, avoue que t'aurais pu l'agrémenter un peu, ta peignure ! (Montmorency, André, Souffrance que j'ai du fun ! , Montréal, Leméac, 1983, p. 59, FTLFQ).

5 . C'est le gars qui est croche, mais qui croit que ça marche comme ça. Il n'est pas tranché au couteau. Il aime convaincre et «gagner» le monde. Il présente une apparence soignée dans son genre un peu chromé, un peu kétaine [cf. quétaine à l'article 2] avec ses bijoux et sa peignure comme sa moustache et ses cheveux toujours placés avec soin. [...] (Propos de Robert Gravel, au sujet de Melançon, son personnage de l'émission «Marylin» à Radio-Canada, dans Échos Vedettes , 30 janv. au 5 févr., 1993, vol. 31, no 5, p. 47, FTLFQ).

ÉTYMOLOGIE et HISTOIRE : Peigne n. m. est issu (1176) du latin pecten , - inis «peigne à coiffer», «râteau», «carde». Peigne a aussi donné peignier n. m. (1611), réfection du plus ancien pignier (vers 1268) «ouvrier qui façonne les peignes». De là peigner v. tr., d'abord pronominal, soi paignier (1176-1181) issu du latin pectinare «coiffer avec un peigne» et «herser le blé en herbe» (DHLF 2632b, 2633a, FEW 8, 104a ). En français, le déverbal peignures , n. f. plur., «cheveux qui tombent de la tête quand on se peigne ; demêlure », attesté depuis 1664 (Acad, Robert 2001). Aussi en fr. mod., peignure «extrémité d'un cordage détordue et l'effilée» (Acad dep.1838, FEW 8, 105b).

Par ailleurs, on reconnaît des emplois régionaux, ainsi peignure «foin qui tombe du char quand, après l'avoir chargé, on en retire au râteau ce qui est mal placé » (Poitou) ; peignûres « id .» (Bourgogne et Ardennes) ; pegnoures «amas de mauvaises herbes enchevêtrées» (en Champagne). Aussi faire la pignure «garnir les moules de terre, puis passer rapidement le revers de l'ongle sur le rebord du moule pour rendre plus nets les contours de la tuile» (Saône-et-Loire) (FEW, 8, 105b) et peignures , n. f. plur., «filasse courte et grossière» (FEW, 8, 106b).

Au Québec, peignure désigne la manière dont les cheveux sont coupés et placés (v. 1900). Son emploi, comme nom d'action, reprend globalement les acceptions fr. et dialectales (cf. supra ) touchant l'arrangement des herbes, ainsi que celui des cheveux qui tombent au passage du peigne. Le mot reçoit ceoendant, dans le français du Québec, une acception plus étendue : la disposition de la chevelure chez la femme ou l'homme, sans connaître toutefois la valorisation qu'entraîne le mot coiffure .

Peignure , avec l'acception de «coiffure», chez la femme comme l'homme, n'est pas signalé par nos glossairistes qui considéraient probablement le mot comme français.

Peignures , au plur, «filasses qui tombent du chanvre quand on le peigne» et peignures de foin «ce qui reste par terre, quand le voyage a été peigné au râteau» existe en Acadie (PoirGlos ).

CATÉGORIE : Innovation sémantique.

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[1] F ichier du T résor de la L angue F rançaise au Q uébec : « http://www.tlfq.ulaval.ca/fichier/default.asp ».

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