Mots du Québec (dictionnaire différentiel), partie 63 : SQUAW

Venu de France avec sa femme Catherine Vigneau, il eut deux fils: l'aîné Pierre, né en France, épousa une squaw, Micmaque ou Métisse de qui il eut 4 garçons
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SQUAW n. f.

I . En Amérique du Nord, femme amérindienne. Autre graphie connue : squau .

1 . Cependant la situation ne se modifia pas de suite très notablement dans les habitudes de l'existence : nos coureurs de bois étaient assouplis, par une longue durée, à la vie des sauvages ; leurs enfants métis élevés par les squaws , ne différaient guère dans leur éducation, dans leurs jeux, dans la formation de leurs idées, des enfants Micmacs ; or ce fut au milieu d'eux que furent élevés les enfants de Lejeune, absolument abandonnés à eux-mêmes (Rameau de Saint-Père, François-Edme, Canada-français / Collection de documents inédits sur le Canada et l'Amérique , t. III, Québec, L.-J. Demers & Frère, 1890, p. 147, FTLFQ[1]).

2 . Ce Pierre Martin venu de France avec sa femme Catherine Vigneau eut deux fils : l'aîné Pierre, né en France, épousa une squaw , Micmaque ou Métisse de qui il eut quatre garçons (Rameau de Saint-Père, François-Edme Canada-français / Collection de documents inédits sur le Canada et l'Amérique , t. III, op. cit. p. 142, FTLFQ).

3 . Je conçois facilement qu'ils ne sachent pas se «gêner» pour les «femmes» et que l'amour du bien-être les pousse jusqu'à s'emparer, dans les églises et dans les tramways, des premiers sièges disponibles, laissant les « squaws » [c.-à-d. les femmes] faire le pied de grue devant leurs altesses platement assises ( Le Devoir , 3 oct. 1910, p. 1, col. 4 (billet du soir), FTLFQ).

4 . De retour à la civilisation, mes recherches me prouvèrent que la panse ou rumen des caribous contient des cladonies (mousse, lichen), de petites feuilles vertes et de petits fruits riches en vitamine C (anti-scorbutique) de même qu'en vitamines K et B - ces deux dernières provenant du rumen même. [...] Les émanations de ces panses en pleine fermentation, ajoutées à celles de la viande saignante accrochée au plafond des tentes m'ont souvent donné des nausées. Une fois, entre autres, j'ai failli renverser le poêle de tôle en voulant sortir à toute vitesse pour aller prendre une bouffée d'air pur... poursuivi par les grands éclats de rire des squaws . Même après trente-cinq ans, je n'ai pu me faire le nez à ces parfums sauvages et sensuels (Provencher, Paul et Gilbert La Rocque, Provencher le dernier des coureurs de bois , Montréal, Les Éditions de l'Homme, 1974, p. 59, FTLFQ, CELM[2]).

5 . Son air outragé : lèvres pincées, les mêmes yeux brillants et fixes que la fois où, à peine installé dans la chaise berçante de merisier, tout près de la fournaise, il avait osé l'appeler «ma S quaw », familiarité réservée au Rouge qui en usait comme d'un privilège chèrement acquis. Ce surnom ne lui déplaisait pas, bien au contraire, pas seulement parce qu'elle revendiquait l'honneur de ses origines mais parce qu'il sonnait dru aux oreilles, lui convenant mieux, croyait-elle, que ce prénom édulcoré, un peu fadasse, qu'on lui avait décerné à un moment où elle était incapable de protester contre l'arbitraire familial ; encore fallait-il qu'elle ait accordé son autorisation à celui qui prétendait s'en servir en s'adressant à elle (Major, André, L'Épidémie , Montréal, Éditions du Jour, 1975, p. 108, FTLFQ).

6 . Philomène et Adélard sont des squatters. Ils viennent d'on ne sait où, voyagent à travers bois et portent leurs deux enfants sur leur dos, comme le font les squaws . L'homme et la femme sont attelés à leurs bagages, pareils à des chiens esquimaux, une grosse courroie attachée autour du cou et des épaules, ils tirent des luges recouvertes de bâches, peinent et maugréent des mots incompréhensibles, en aucune langue connue. Leurs yeux exorbités, au blanc éclatant, roulent de droite à gauche et de gauche à droite. Effrayés, rusés et cruels, aux aguets du moindre bruit, ils surveillent la forêt, les bêtes et les hommes cachés, craignant surtout les hommes, les maudissant parfois [...] (Hébert, Anne, Les Enfants du sabbat , Paris, Éditions du Seuil, 1975, p. 84, FTLFQ).

7 . La langue française québécoise a emprunté plusieurs mots à l'algonquin. En voici quelques-uns : totem, toboggan, mackinaw, pichou, squaw , mocassin, wigwam, watap, pow-wow, manitou, sagamité, ouache, etc... Nous souhaitons que d'autres mots algonquins viennent encore enrichir notre langue. Un bel exemple serait le mot «tikanagan» servant à désigner le porte-bébé si particulier aux Amérindiens des forêts du nord-est (Couture, Yvon H[ermann], Les Algonquins , Val d'Or, Éditions Hyperborée, 1983, p. 162, FTLFQ).

8 . Au fur et à mesure que s'avancent «l'ordre et la loi», les Indiens Blancs -- le terme White Indians apparaît au XVIIIe siècle et qualifie les hommes déterminés à vivre «en sauvage avec les Sauvages » -- s'enfoncent vers des régions où ils ne son pas inquiétés.

Née dans les colonies anglaises, l'expression Indiens Blancs [pour nommer les coureurs de bois (voir l'article 62 consacré au substantif coureur de bois ) francophones qui épousaient des Indiennes], puis celle de Squaw Men au XIXe siècle, connaît un certain succès lorsque les colons découvrent que des Blancs ont délibérément choisi de vivre avec les Indiens. Lorsque les Anglais et les Américains commencent à s'intéresser, à la fin du XVIIIe siècle, aux espaces de l'Ouest, voyageurs, officiers et explorateurs rencontrent ces hommes au sein des tribus. Partout les Français ou leurs descendants prédominent au-delà du MIssissippi (Jacquin, Philippe, Les Indiens Blancs . Français et Indiens en Amérique du Nord (XVIe - XVIIIe siècle) , Paris, Payot, 1987, p. 237).

ÉTYMOLOGIE et HISTOIRE : Squaw est d'origine algonquine (de l'est américain), plus spécialement du cri iskwao «femme» (Chamberlain). De là, il a été repris par l'anglo-américain, où le terme est attesté. dep. 1634 ( DAE , Americanisms, NED ). En français général, squaw est consigné depuis Chateaubriand (1797, DHLF).

Étonnamment, en ce qui a trait au français du Québec, les premières attestations de squaw sont relativement récentes (vers le début du XIXe siècle). Le mot apparaît chez certains glossairistes dont Clapin (1884) et Dionne (1909). Il semble bien que squaw ait été porteur de valeurs dépréciatives (sorcellerie entre autres), ce qui expliquerait son attestation tardive. L'expression vieille squaw combinée aux aphorismes c'est la squaw qui apporte la tempête (PPQ 1210x) et on va voir la squaw pour signaler l'approche de la pluie (PPQ 1166s) vont dans ce sens. Le mot est encore connu mais, comme c'est le cas pour la plupart des amérindianismes, son utilisation est, de nos jours, inhabituelle.

CATÉGORIE : Amérindianisme.

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[1] FTLFQ : F ichier du T résor de la L angue F rançaise au Q uébec : « http://www.tlfq.ulaval.ca/fichier/default.asp ».

[2] CELM : C entre d' É tudes L inguistiques de la M auricie, Trois-Rivières, Serge Fournier, (dir.), «sergiusfournier@gmail.com

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