Mots du Québec (dictionnaire différentiel), partie 72 : MUSHER

Le chien leader, par un froid de 40 degrés sous zéro et à travers une tempête de neige aveuglante, entraîna ses camarades sur plus de deux jours.

MUSHER n. m.

I. Conducteur professionnel de traîneaux à chiens (généralt des huskies sibériens) pour la course ou la randonnée.

1 . — Gagne-t-elle souvent le «Derby» ?

— Non ! car les meilleurs attelages de chiens viennent encore du Nord-Ouest où, grâce aux conditions de vie et à la rudesse du climat hivernal, leur entraînement est plus régulier. Là-bas le service postal s'en sert pour transporter le courrier aux postes éloignés que n'atteint pas le chemin de fer ; les trappeurs et les mineurs, pour transporter leur matériel, et beaucoup de gens, pour voyager. Ils rendent toutes sortes de services. Vous vous rappelez sans doute l'exploit de Balto, le «leader» du « musher » Seppala qui par un froid de 40 degrés sous zéro et à travers une tempête de neige aveuglante entraîna ses camarades sur plus de deux cents milles en deux jours, pour porter à la ville de Nome, en Alaska, en proie à une violente épidémie de diphtérie, le sérum qui sauva la vie de plusieurs centaines d'enfants ? (Mélançon, Claude, Par terre et par eau , Québec, Le Soleil , 1928, p. 201, FTLFQ [1] ).

2 . Avec sa tuque noire et sa veste à carreaux, Raynald, un petit gaillard costaud, correspond parfaitement à l'image du coureur de bois (voir article 62). Dans la vie, il est ouvrier à Sorel. Mais au fond de lui-même, il est avant tout musher : littéralement amoureux de ses bêtes (Halpern, Sylvie, L’Actualité , janvier 1989, vol. 14, no 1, p. 88, FTLFQ).

3 . Mais ce n'est pas juste pour ça [la vitesse] : c'est entre le musher et ses chiens que ça se passe vraiment. Pendant toute la balade, les toutous passent leur temps à se retourner pour regarder leur maître [...] pour recevoir ses consignes [...] mais surtout son approbation et ses encouragements ([Auteur à déterminer] , L’Actualité , janvier 1989, vol. 14, no 1, p. 88, FTLFQ.

4 . Même s'il y a de plus en plus de femmes qui pratiquent ce sport [course de traîneau à chiens] et remportent des prix aux nombreuses courses organisées au Québec et en Ontario, cela reste largement une affaire de gars. Même mariés, les mushers s'occupent de leurs chiens en... monoparentaux ! ([Auteur à déterminer] , L’Actualité , janvier 1989, vol. 14, no 1, p. 88, FTLFQ.)

5 . Les chemins de travers, ça nous conduit aux chiens de traîneaux, à l’exploration du territoire avec les chiens. C’est une dimension méconnue de nous-même. Jean Van Dyke est avec nous, c’est un conducteur de traineaux à chiens, c’est-à-dire un musher . […] Les chiens ont fait partie de nos vies, les traîneaux, les distances, la forêt, tout cela nous habite, on n'en parle pas beaucoup, on ne voit pas beaucoup de documentaires, mais de plus en plus dans le paysage, dont la Mauricie, on voit des gens qui se promènent en traîneaux à chiens. On le fait pour le plaisir, mais jadis on le faisait pour communiquer, pour aller à l’école, pour la malle [poste], on approvisionnait les camps de bûcherons, on a fait mille et une choses (Bouchard, Serge, Les Chemins de travers , Radio-Canada, Première chaîne, le dimanche 11 mars 2012, CELM [2] ).

ÉTYMOLOGIE et HISTOIRE : Musher « conducteur d’attelages tirés par des chiens » (dep. la fin du XIXe siècle) est formé à partir de l’anglais mush , lui-même un emprunt à l’impératif français marche , auquel vient s’ajouter le suffixe anglais --er « denoting a person or thing that performs a specified action or activity: farmer, sprinkler » (OED). Une hypothèse à propos d’une origine amérindienne du mot a été avancée, mais sans appuis suffisants pour être retenue. Musher est encore en usage aujourd’hui, presque exclusivement pour les courses sur neige. Les attelages de chiens de traîneaux ont longtemps été utilisés au Québec pour le sport, mais aussi pour différentes activités quotidiennes (comme le précise l’exemple 5). Même si le mot est attesté en 1928 (exemple 1), son emploi remonte probablement au XIXe siècle, peut-être même à la fin du XVIIIe siècle.

D’autres emplois de vocable mush anglais sont relevés au Québec. Pour la plupart, ils appartiennent au vocabulaire de l’alimentation. Ainsi, mush pour nommer le «gruau» (PPQ, Q. 202), le « hachis de viande », (Q. 218) ; de la mush , est employé pour la « fricassée de pommes de terre (PPQ, Q. 210) et le « ragoût aux légumes sans viande (PPQ, Q 218S).

CATÉGORIE : Anglicisme lexical.

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[1] F ichier du T résor de la L angue F rançaise au Q uébec : « http://www.tlfq.ulaval.ca/fichier/default.asp

[2] CELM : C entre d' É tudes L inguistiques de la M auricie, Trois-Rivières, Serge Fournier (dir.), «sergiusfournier@gmail.com». http://www.radio-canada.ca/audio-video/pop.shtml#urlMedia=http://www.radio-canada.ca/Medianet/2012/CBF/LesCheminsDeTravers201203112105.asx .

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