Mots du Québec (dictionnaire différentiel), partie 74 : CANOT

Y avait Malo, pis un grand sec, je sais plus son nom. On avait un grand canot de charge, un fréteur, Thivierge appelait ça un rabaska.

CANOT n. m.

I . Toute embarcation légère, non pontée, anciennement fabriquée à partir de l’écorce du bouleau ou de l’orme, et manœuvrée à la pagaie ou à la rame ; aujourd’hui, le canot rassemble les autres types de petits bateaux de conception similaire, préparés à partir d’un matériau nouveau (la fibre de verre ou l’aluminium, etc.).

1 . Le vingt-huictiesme jour dudit mois [de mai], ils se vindre[n]t caba[n]ner audit port de Tadousac, où estoit nostre vaisseau. A la pointe du jour, leurdit grand Sagamo sortit de sa caba[n]ne, allant autour de toutes les autres caba[n]nes, en criant à haute voix, Qu'ils eussent à desloger pour aller à Tadousac, où estoient leurs bons amis : Tout aussy tost un chacun d'eux deffit sa cabanne, en moins d'un rien, & ledit grand Capitaine le premier commença à prendre son Canot , & le porter à la mer, où il embarqua sa femme & ses enfants, & quantité de fourreures, & se meirent ainsi pres de deux cents Canots , qui vont estrangeme[n]t ; Car encore que nostre Chaloupe fut bien armee, si alloient-ils plus vite que nous (Champlain, Samuel de, Des Sauvages, ou Voyage de Samuel de Champlain, de Brouage, fait en la France nouvelle, l'an mil six cens trois , Paris, chez Claude de Monstr'oeil, 1603, p. 5vº, FTLFQ[1]).

2 . Après avoir rendu les caresses à cet ami fidèle, il voulut lui faire rebrousser chemin ; mais le chien s'obstinant à le suivre, Charles prit une pierre pour l'effrayer, et après l'en avoir menacé longtemps, il la lui lança ; malheureusement le coup fut trop bien dirigé ; la pierre alla frapper à la patte, le pauvre animal, qui s'enfuit en boitant et en jetant un cri de douleur, et tournant sur son maître un regard qui semblait lui reprocher son ingratitude. Le coup retentit dans le cœur de Charles qui détourna les yeux, et continua rapidement sa route vers Lachine, lieu du rendez-vous, et y arriva vers la fin du jour. La plupart des voyageurs [voir article 65] y étaient déjà réuni ; il y retrouva ses compagnons de l'auberge. Comme on craignait les désordres et la désertion parmi les engagés [voir article 73], pendant la nuit, on les envoya camper dans l'île Dorval, à quelque distance du village. Le lendemain, on les ramena à terre ; et tout étant prêt pour le départ, les canots montés chacun par quatorze hommes sans compter les bourgeois et les commis, furent poussés au large (Lacombe, Patrice, La Terre paternelle , Montréal, BQ, [1846] ; 1993, p. 37, CELM[2], FTLFQ).

3. La nuit suivante, les captifs dormirent un peu ; ce qui leur rendit assez de force pour continuer leur pénible voyage. Au bout de la sixième journée, ils arrivèrent sur les bords du lac Champlain.

Les Sauvages retrouvèrent leurs canots qu'ils avaient habilement cachés sous les halliers, et les lancèrent sur le grand lac des Iroquois auquel Champlain a laissé son nom.

D'abord étroit et bordé de rives assez basses à son embouchure, le lac allait s'élargissant peu à peu devant les voyageurs, tandis que ses rives s'élevaient ainsi en le dominant plus loin de falaises escarpées (Marmette, Joseph, Le Chevalier de Mornac : chronique de la Nouvelle-France, 1664 , Montréal, Typographie de «L'Opinion publique», 1873, p. 46-47, FTLFQ).

4 . Il [Thomas Clarey, trappeur] glissa vivement le canot sur la rivière et s’empressa d’y charger les bagages. Quand Louise [Genest] fut embarquée, le trappeur se mit à remonter le courant par petits coups rapides d’aviron, vite, comme s’il avait été poursuivi par autre chose que la hâte de se retrouver seul avec elle dans un décor familier (Vac, Bertrand, Louise Genest , Montréal, Le Cercle du livre de France, 1950, p. 28, CELM).

5 . Il [l’Indien] rit silencieusement, de son regard tout plissé, puis il tourne Antoine doucement sur le ventre, se penche, le dos tourné lui aussi, le saisit aux aisselles et se redresse lentement en entraînant le grand corps dont les pieds traînent au sol. Il le transporte ainsi jusqu’au quai, met le canot à l’eau et y glisse Antoine de côté, sans pouvoir éviter une légère chute. Enfin, il le couche sur le dos au fond de l’embarcation, jette une couverture sur son corps et lui met un mouchoir sur le visage pour le protéger de l’éblouissante lumière, et il se remet à se pagayer sans troubler l’eau (Langevin, André, L’Élan d’Amérique , Montréal, Le Cercle du livre de France, 1972, p. 237-238, CELM).

6 . On trappait, on chassait, on voyageait. On traitait aussi. On s’installait pas loin d’la Hudson’s Bay, pis on achetait les fourrures à bas prix, parce qu’en prime on donnait de l’alcool que le frère à Thivierge distillait. Une fois on avait descendu la Nottaway jusqu’à la mer et on s’était installés sur une pointe. On commerçait comme des bons. Y avait Malo, pis un grand sec, je sais plus son nom. On avait un grand canot de charge, un fréteur, Thivierge appelait ça un rabaska (Soucy, Jean-Yves, Un Dieu chasseur , Montréal, PUM, 1976, p. 20, CELM).

7 . Tous les écolos devraient revoir le film Délivrance , de John Boorman. Quatre citadins qui veulent changer le mal de place décident de descendre une rivière en canot afin de se rapprocher de Mère Nature. Or, leur trip rose bonbon se transforme en cauchemar (Martineau, Richard, « Chronique », Journal de Québec , 16 avril 2007, p. 8, FTLFQ).

DÉRIVÉS : canotable, canotage, canotée (marchandises contenues dans un canot) , canoter, canoteur(euse), canoteux.

SYNTAGMATIQUE :

  1. Les principaux types de canots
  2. i>
Canot bâtard

Canot de Montréal (aussi canot de charge ) : grand canot mesurant une quarantaine de pieds (12,1 m) de longueur avec une capacité de transport de 4 à 5 tonnes 4,000 à 5,000 kg) ; l’embarcation était surtout utilisée entre Montréal et Grand Portage (DictCan, p. 483a-b).

Canot du maître : Canot de 36 pieds (11 m), sans cargaison, servant au transport d’un dignitaire, généralement le président de la Compagnie du Nord-Ouest ; aussi canot du gouverneur (DictCan, p. 124a-)

Canot du Nord : canot de 25 à 35 pieds de long (7,6 m à10,6 m) d’une largeur comprise entre 5 ou 6 pieds (1,5 ou 1,8m) et de 2 à 2,5 pieds (0,6 à 0,76 m) de profond, en mesure de transporter entre 1 tonne et demie à 2 tonnes (1,500 à 2000 kg de marchandises et de denrées alimentaires, un équipage de 8 ou 9 hommes et 2 ou 3 passagers ; il est utilisé dans la région des Grands Lacs, surtout dans la partie ouest du Lac Supérieur DictCan, p. 124a).

Canot Rabaska , voir article 17.

  1. Autres syntagmes :; plein canot «à ras bord », bosse de ~ « excroissance cartilagineuse recouvrant la sixième ou septième vertèbre cervicale, là où repose la barre du canot lorsque le porteur le charge sur les épaules pour le portager », bouleau à ~, ~ à deux places, ~ à glace, ~ à la voile, ~ à moteur, ~ algonquin, ~ allège, ~ d’aluminium, ~ d’écorce (d‘orme, de bouleau, de bois), ~ de chasse, ~ d’écorce ~, ~ de cuir, ~ de fibre de verre, ~ de glace, ~ de haut bord, ~ de Hurons, ~ d’été, ~ d’hiver, ~ d’Iroquois, ~ de marchandises, ~ de montée, ~ de Montréal, ~ de peau, ~ de peau d’orignal, ~ de pêche, ~ de planche, ~ de plaqué, ~ de portage, ~ de retour, ~ de Roi, d’Esquimau «canot à une place», ~ de sauvage, ~ de toile, ~ de traite, ~ du maître, ~ du Nord, ~ malécite, ~ micmac, ~ montagnais, ~ pneumatique, ~ Rabaska, ~ volant, ou ~ qui vole dans les airs (PPQ ; dans les légendes), bout(s) de ~, conducteur de ~, course en ~, crampe de ~, derrière de ~, descente en ~, devant de ~, en ~, grand ~ (dans les légendes), équipage d’un ~, faire du ~, faire des ~, gomme à ~ « gomme d’épinette », gommer un ~ «obturer les fissures avec la gomme d’épinette », gouvernail de ~, grand ~ de la drave, homme de ~, maître du ~, milieu de ~, pinces (devant ou arrière) de/ du/ d’un ~, portage de ~, portageur de ~, rivière aux Canots (toponyme), route des ~, runner de ~, temps des montées des ~ (dans le nord à partir du mois de septembre) voyage en ~ (FTLFQ, CELM, PPQ VÉZLEX [3]), M& ALINGUISTIQUE : Ca ong> [k?nu] est emprunté par l’anglais à l’espagnol ca rong> Le mot ca ong> est connu en Angleterre dès le 16e siècle. En dépit du fait que le vocable, originellement, s’applique à un tronc d’arbre que l’on creuse chez les Antillais pour se déplacer sur les plans d’eau, il apparaît plus que probable que son emploi pour parler du ca quo;écorce des Algonquins dérive du français canadien ca ong>. Dès les débuts de la traite, ce petit bateau joue un rôle capital dans la mise sur pied du commerce des fourrures. Il sert aussi d’outil de toute première importance dans les nombreuses entreprises d’exploration de l’Amérique (DictCan, p. 122a ; en anglais). Elliott et Chamberlain mentionnent qu’en réponse à une enquête où on cherchait à déterminer si les Canadiens français utilisaient ca ong> […], M. Legendre a répondu : « On n’utilise jamais ca ong>, mais plutôt ca ong>. La différence entre nous et les Français de France réside dans le fait que nous utilisons uniquement ca ong> dans le sens de « pirogue », et que, pour leur part, ils l’emploient souvent avec le sens de « chaloupe » (EllCham, Americ ournal of Phililogy , Baltimore, vol VIII,2., Whole No 30, p. 150 sous Pi trong> [ sic Le vocable est aussi relevé par le Père Potier dans son Glossa /em> de 1754. Ca ong> a aussi vécu en Louisiane (Read, LouisianaFrench p. 136, 1931) ; aussi présent dans le PPQ et le GPFC. &E MOLOGIE et HI /strong>: De l'espagnol ca rong>(1492, Colón), emprunté de ca rong> «pirogue » pris à l'arawak, langue indienne des Caraïbes, plus particulièrement des Bahamas ( FEWt. 20, p. 60b). La forme ca ong>, n. m. (1599) est le produit d’une réduction graphique, à partir du suffixe — ot > qui remplace la finale — oe > , tôt inhabituelle en français (DHLF, TLF). Le sens d’emprunt « pirogue indienne » disparaît en français au XVIIIe siècle, à l’exception de la Nouvelle-France « où le mot conserve les valeurs que possède ca ong> en français de France, de Belgique et de Suisse. En Europe, ca ong> désigne, par adaptation culturelle (1677) et en concurrence partielle avec ba rong>, de « petites embarcations légères et portatives, à rames, à voile ou à moteur » (DHLF). Au Québec, ca ong> est employé régulièrement depuis 1603 (voir ex. 1 et 7). CA ;GORIE : Amérindianisme. ------------ [1] FTLFQ : Fichier du Trésor de la Langue Française au Québec : ht .tlfq.ulaval.ca/fichier/default.asp [2] CELM : Centre d'Études Linguistiques de la Mauricie, Trois-Rivières, Serge Fournier (dir.), «sergiusfournier@gmail.com». [3] VÉZLEX : Vézina, Robert, Le lex des voyageurs francophones et les contacts interlinguistiques dans le milieu de la traite des pelleteries : approche sociohistorique, philologique et lexicologique , thèse de doctorat en linguistique, Québec, Université Laval, 2010, p. 1. [4] DICTCAN : A Dict ary of Canadianims on Historical Principles , Avis, Walter S., H. (Editor-in-Chief), Charles Crate, Patrick Drysdale, Douglas Leechman and Mathew H. Scargill, Toronto, W.J. Gage Limited, 1967, XXIII-926 p.

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