Andrée Putman « Ambassadrice du style »

L'exposition gratuite qui se tient à l'hôtel de ville de Paris jusqu'au 26 février 2011 retrace le parcours d'Andrée Putman à travers ses créations les plu

«Puiser dans le passé, l’adapter au présent, pour le faire évoluer demain » telle est la maxime d’Andrée Putman. Elle revendique l’héritage d’influences multiples loin du travail d’une création ex nihilo. Véritable entremetteuse des temps modernes, son but : rendre l’innovation vivante en la projetant dans un avenir ouvert.

De l’hôtel Morgans à New York au Piano à queue Voie Lactée

L’exposition présente ses plus célèbres créations. On peut y admirer la salle de bain reconstituée de l’hôtel Morgans à New York (1984) qui, avec son carrelage damier noir et blanc a fait le tour du monde. Nos yeux s’attardent un peu plus loin sur la décoration légère et aérienne du célèbre Concorde dont la moquette est coupée en son centre par cette frise sobre et ténue qui serpente entre les sièges (1990).Le Luminatore , lampadaire en cuivre et nickelle (2001) attire encore notre attention dans l’étroite allée. A cela s’ajoute le bureau en bois de sycomore(1984) imaginé pour Jack Lang alors ministre de la culture.

Mais le plus imposant reste sans nul doute le piano à queue voie lactée, piano en bois laqué et corian imaginé pour la manufacture Pleyel (2008).

Deux écrans de projections nous permettent encore de découvrir à travers des images d’une rare beauté ses autres réalisations. Ce sont des restaurants qu’elle a aménagés comme Lô sushi I (Paris 1998), Lô Sushi II (Paris 2003), le salon de thé pour Pierre Hermé (Tokyo 2000). Les plus grands de la mode tels Yves Saint Laurent, Karl Lagerfeld ont fait appel à elle pour la conception de leur boutiques. Des hôtels de luxe comme le château d’eau de Cologne se sont ajoutés encore à son palmarès.

Elle a aussi beaucoup travaillé à la demande des décideurs publics et des marchés plus institutionnels. Elle conçoit en autre le bureau de Jacques Chaban Delmas dans l’hôtel de la région d’Aquitaine à Bordeaux (1987), les bureaux du conseil général des bouches du Rhône (1993) des deux sèvres (2009), les bureaux du ministère de l’éducation nationale (2002), le ministère des finances (1989), la commission des droits de l’homme à l’Arche de la Défense (1989), la fédération française de la haute couture (2002), le musée d’art Contemporain de Bordeaux (1990), les bureaux de Total (1994) , le siège de la chaine Arte à Paris ( 2002)

Ce qui frappe encore le visiteur en sortant c’est la beauté délicieuse de la villa de Tangé rénovée par ses soins en 2005 pour le couple Arielle Dombasle et Bernard Henry Levy. Empreinte de minimalisme et de rigueur elle annonce d’emblée la couleur. « Cette maison sera studieuse, quoiqu’elle affiche un visage de vacances. Il faut que ce lieu soit inclassable… Bref tout un programme…

Un parcours singulier

Née en 1925 dans le VI arrondissement de Paris, Andrée Christine Aynard grandit dans une abbaye cistercienne de Fontenay, propriété familiale de Bourgogne. Ce lieu mystique, avec ses espaces clairs-obscurs constituera toute sa vie le terreau de ses créations. Fille modèle d’abord attachée aux valeurs bourgeoises transmises par ses parents, elle reçoit une éducation musicale et obtient à l’âge de 19 ans le premier prix d’harmonie du conservatoire. Mais très vite elle renonce à cette carrière de compositeur toute tracée. Elle avouera ne pas avoir la patiente d’attendre une bonne dizaine d’années pour espérer être reconnu.

Autodidacte elle se tourne vers le design. Elle fréquente alors de nombreux artistes par l’intermédiaire de son mari Jacques Putman, éditeur et critique d’art avec lequel elle se marie à la fin des années cinquante. En 1958 elle devient directrice artistique chez Prisunic avec l’objectif affiché de défendre le design accessible à tous.

Mais c’est en tant que révélatrice de talents qu’elle se fait d’abord connaitre. Elle fonde avec Didier Grumbach C réateurs et Industriels et contribue à faire émerger de grands noms de la mode comme Jean Jacques Martelli, Jean Charles de Castelbajac, Rolland Chackal…

Avec la création de la société Eicart en 1978 de nouveau elle met au goût du jour des artistes oubliés des années trente tels que Eilleen gray, Mariano Fortuny, Robert Mallet Stevens, laquelle réédite fauteuils, chaises, lampes…

Ce n’est qu’en 1998 qu’elle crée sa propre agence de design et d’architecture intérieure, le Studio, aujourd’hui confié à la direction de sa fille Olivia, et qui est un véritable laboratoire pour ses créations.

Le style Putman

«L’idée qui flotte derrière mon travail, c’est la réconciliation. Pour oublier toutes ces barrières entre les gens, ces peurs effrayantes.»

Dans cette interview télévisée de Michel Field qui ponctue le parcours de l’exposition elle communique bien son amour pour ces objets qui lui racontent des histoires et qu’elle veut faire partager avec le plus grand nombre.

Car oui loin d’être sectaire, son style se veut d’être éclectique. Elle mélange les matériaux et les couleurs avec une grâce inégalée. Avant gardiste, elle se nourrit des influences d’artistes comme Alechinsky, Giacometti, Bram van Velde, qu’elle a fréquenté au café de flore du temps de son mariage avec Jacques. Son style est sobre et épuré. Reine du minimalisme elle fabrique des objets aux lignes simples et franches. Elle joue à l’infini les déclinaisons de blancs de beiges et de noire. Elle vide l’espace et le remplit de lumière.

Les matériaux qu’elle choisit ne sont jamais luxueux. Le mobilier garde toujours une fonction précise : travailler, s’assoir, ranger …

A l’image du style de cette grande dame, cette exposition se veut riche et exceptionnelle, accessible au plus grand nombre pour notre plus grand bonheur. C’est le plus bel hommage rendu à l’une des plus célèbres figure du design du XXIe siècle.

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