Howard Carter - Le tombeau au coeur de la Vallée

Découvrez l'aventure qui conduisit Howard Carter à retrouver le plus beau trésor archéologique du XXème siècle : celui du tombeau de Toutânkhamon.
23

Alors que le reste de la communauté scientifique pense que la sépulture de Toutânkhamon se trouve hors de la Vallée des Rois, en raison de la jeunesse du pharaon au moment de sa mort, mais aussi parce qu'il ne s'agit que d'un petit souverain décédé au cours d'une époque troublée, Carter a cette intuition formidable : la tombe est là, quelque part au centre de la vallée.

Une intuition qui sera son moteur pour les années qui suivront, Car lors des moments de doutes, et face aux difficultés de tout ordre, il continuera quand même, avec un acharnement sans précédent, à rechercher méthodiquement la tombe manquante.

Qui est Toutânkhamon ?

Toutânkhamon avait tout pour rester dans l'oubli. Jeune Pharaon mort après seulement quelques années de règne, la plupart desquelles se situant dans son enfance, il monta sur le trône à une période troublée – celle de l'après hérésie amarnienne. Très probablement instrumentalisé par les tenants des anciens cultes tombés en désuétude sous Akhénaton, le jeune roi se bornera à un règne sans relief, achevé très tôt, puisqu'il mourra à l'age de 19 ans. Sa femme essayera alors de traiter avec le royaume Hittite pour obtenir un mari afin de conserver le pouvoir, mais ses tentatives resteront vaines.

Alors qu'elle bascule elle aussi dans l'oubli, peut-être victime d'un complot, le pouvoir se retrouve alors dans les mains du grand prêtre Ay, conseiller de Toutânkhamon et proche ami d'Akhénaton, puis entre celles de son rival, le général Horemheb, qui usurpera tous les monuments édifiés par le jeune roi et effacera son nom de la plupart des inscriptions officielles. C'est donc dans le trouble que se termine le règne de la XVIIIe dynastie sur l'Égypte, offrant ainsi toutes les conditions nécessaires à un oubli en règle.

A la recherche de la tombe perdue

Carter pense que la tombe manquante se trouve quelque part, sous les rejets des campagnes de fouilles précédentes. Malheureusement, la guerre vient troubler les premières années d'exploration dans la vallée, et il faut attendre 1917 pour qu'une véritable campagne soit enfin lancée.

Dès la première campagne, Carter identifie une zone recouverte de gravats située entre les tombes de Ramsès II, Méremptah et Ramsès VI. D'après lui, selon toute vraisemblance, c'est sous cette couche de rejets que devrait se trouver le tombeau manquant. Et en effet, c'est bien là qu'il le retrouvera en 1922 après avoir redirigé pendant quelques années ses efforts vers d'autres secteurs en raison du besoin de préserver l'accès au tombeau de Ramsès VI.

La sépulture se trouvait dans une situation idéale pour sa préservation : recouverte successivement de huttes d'ouvriers datant probablement de l'époque de la construction du tombeau de Ramsès VI, puis de déchets de construction, et enfin de déchet de fouilles, elle était très tôt tombée dans l'oublie, jusqu'à cette journée du 4 Novembre 1922, où l'obstination de Carter lui permit de refaire surface.

Obstination ou folie?

Six années durant, Carter s'acharne à retourner le sol de la vallée sans réel succès. Et alors que le doute envahit maintenant son ami et commanditaire, lord Carnarvon, ils décident d'un commun accord de tenter une ultime campagne.

Carter dirige ses ouvriers au Sud du tombeau de Ramsès VI. Il fait démonter les huttes d'ouvriers après avoir noté méticuleusement les données les concernant, puis l'excavation reprend, pour très rapidement s'arrêter. À peine quatre jours après le début des fouilles, à environ quatre mètres en contrebas du tombeau de Ramsès VI, une première marche taillée dans la roche apparaît.

Six années d'obstination, de recherches méticuleuses, mais aussi de doutes. Et pourtant, malgré ce premier pas prometteur, l'archéologue garde son sang froid. Il sait qu'il existe une possibilité pour que cet escalier mène à une tombe vide, abandonnée ou simplement jamais utilisée, comme cela est régulièrement arrivé dans la vallée.

Alors il patiente, jusqu'au déblaiement de la douzième marche lorsque apparait soudain le haut d'une porte scellée bloquée par des pierres plâtrées. Sur la partie émergeant du sable, il trouve des marques indiquant que la personnalité pour laquelle la sépulture avait été faite était fort probablement quelqu'un de haut rang.

Cette indication se trouverait confirmée quelques minutes plus tard. En effet, après avoir pratiqué une ouverture dans la porte, Carter se trouve face à un couloir empli de gravats, qu'il faudra là encore dégager méticuleusement. Pour lui, c'est un indice supplémentaire d'une volonté de protection pour la sépulture d'un personnage important.

Il sait d'ores et déjà que l'inhumation date d'avant la XXème dynastie, période de construction des huttes d'ouvriers bloquant l'accès à la tombe et qu'aucun pillage moderne n'a pu avoir lieu.

Seulement, Lord Carnarvon est en Angleterre, et Carter ne peut pas continuer à déblayer sans la présence de son mécène et ami. Il fait donc recouvrir sa découverte et envoi un télégramme le 6 novembre 1922, faisant état d'une possible découverte majeure. Puis il contacte Arthur Callender, un architecte et ingénieur britannique et lui demande de se joindre à son équipe.

Après l'arrivée de Carnarvon

Deux semaines plus tard, lorsque Lord Carnarvon et sa fille lady Evelyn arrivent dans la vallée, les deux hommes prennent la mesure de ce qu'ils ont entre les mains. Quelques centimètres en dessous du trou que Carter avait pratiqué pour observer le couloir aux gravats, ils trouvent une série de sceaux qui lèvent toute équivoque : le nom du jeune Toutânkhamon apparaît.

Cependant, l'inquiétude succède à l'excitation. Une fois la porte entièrement dégagée, l'équipe constate que celle-ci à fait l'objet d'une réparation, ce qui signifie que des pilleurs antiques ont probablement visité la sépulture. Dès lors, une multitude de questions fleurissent. Dans quel état se trouve la tombe ? Le matériel funéraire aurait-il disparu ? Ne serait-ce qu'une cachette ?

Et alors que les travaux continuent, avec le déblaiement du couloir aux gravats, Carter trouve de plus en plus d'indices prouvant que l'endroit à bel et bien été visité par des pillards dans l'antiquité. Par ailleurs, la teneur du matériel trouvé tout au long de cette opération fait de plus en plus penser à l'existence d'une cachette plutôt qu'à celle d'un tombeau.

Enfin, le 26 novembre 1922, l'équipe atteint une seconde porte, comportant d'autre sceaux concernant l'enfant roi. Elle aussi porte les stigmates d'une ouverture datant de l'antiquité. Derrière elle, tout est possible.

Dans son ouvrage sur la découverte de la tombe, Carter relate ce moment d'une manière touchante. Ses mains tremblantes, les regards anxieux de Lord Carnarvon et Lady Evelyn ... cette petite bougie que l'on insère dans le trou pratiqué dans le coin supérieur gauche de la porte, la flamme vacillante, puis les yeux de Carter qui s'accommodent à l'obscurité, et soudain, émergeant de la pénombre ... le fabuleux trésor !

Enfin, ces deux phrases devenues historiques avec Carnarvon, ne tenant plus et demandant à son ami : "Vous voyez quelque chose ?". Et Carter répondant "Oui des merveilles !".

Par delà la seconde porte

La suite de l'aventure représentera des années d'un travail méticuleux, avec un Carter protégeant à l'extrême le contenu dans la tombe. Il s'adjoindra les services de nombreux spécialistes qui mettront au point des techniques inédites afin de protéger un matériel parfois très fragile, à l'image des couronnes de fleurs ayant servies aux cérémonies d'inhumation. Alfred Lucas, Harry Burton, Alan Gardiner, Percy Newberry, Arthur Callender, et bien d'autres apporteront leur expertise afin de présenter au monde un matériel unique. C'est véritablement l'entrée de l'archéologie dans une nouvelle ère : celle de la préservation intégrale.

Grâce à l'intelligence et l'obstination d'Howard, le musée du Caire accueillera l'ensemble du matériel, cela malgré les querelles qui l'auront opposé aux autorités égyptiennes et qui auront forcé l'arrêt des travaux pour un temps.

Carnarvon n'aura pas la chance d'admirer la beauté mélancolique du masque funéraire de l'enfant roi. Il décèdera au Caire le 5 avril 1923 d'une septicémie consécutive à une banale piqûre de moustique.

Carter, lui, tombera dans un relatif oubli. Il achèvera le travail sur la tombe de Toutânkhamon en 1932 puis rentrera en Angleterre, mettant ainsi un terme à l'aventure de sa vie. Il décèdera en 1939 dans l'indifférence générale après avoir contribué à révéler au monde l'une des plus belles, mais aussi des plus tragiques histoires de l'Égypte antique : celle de Toutânkhamon.

Retour vers la partie 1

Sources :

  • Howard Carter, La fabuleuse découve rte de la tombe de Toutânkhamon, J'ai Lu, 1999.
  • Christiane Desroches Noblecourt , Toutânkhamon - v et mort d'un pharaon, éditions Pygmalion, 1976.
  • Christian Jacq, La reine soleil, édition Pocket, 1990.

Sur le même sujet