Une brève histoire de l'anniversaire dans le monde occidental

Comment s'est formée l'idée d'anniversaire en occident, des temps préhistoriques à l'avènement du christianisme ?
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Rien ne peut sembler plus commun que la célébration d'un anniversaire. Implantée dans quasiment toutes les cultures, la notion de commémoration donne lieu à des festivités qui peuvent revêtir les modalités les plus diverses. Cependant, quels sont les éléments concourants à l'émergence de l'idée d'anniversaire et quelles sont les difficultés que celle-ci à pu rencontrer avant de parvenir à notre époque ?

L'avènement des célébrations annuelles dans le monde préhistorique.

Quelques éléments permettent de constater que l'idée de commémoration annuelle s'est probablement formée dès les temps préhistoriques grâce à la conjonction de deux phénomènes importants. Le premier est la formation d'une conscience mystique mettant en jeux des forces invisibles étant hors du monde des hommes. Le second est la compréhension du système de répétition cosmique, au travers notamment du cycle lunaire.

Avec ces deux éléments, peu à peu émergea l'idée de calendrier et avec elle, la possibilité de discriminer une date précise, cela afin de lui accorder une importance particulière au gré des croyances.

Si ne savons rien de la pratique de la célébration des naissances dans les temps préhistoriques, nous savons néanmoins que des évènements étaient commémorés à dates fixes, notamment grâce à l'existence en divers points d'Europe de cromlechs, véritables outils de calcul des positions stellaires du soleil et de la lune, et servant de calendriers.

L'un de ces lieux semble fournir des informations additionnelles en faveur de l'idée de célébrations annuelles dans les temps préhistoriques. En effet, les quelques éléments retrouvés dans le cromlech de Stonehenge permettent de penser que des offrandes étaient apportées sur le site lors de commémorations particulières, peut être au moment des solstices, et ce, sans doute pour attirer la bienveillance des forces cosmiques sur le monde agricole.

Cependant, l'élément le plus frappant concernant ce site majeur du néolithique reste la découverte faite en 2008 par les archéologues Geoffrey Wainwright et Timothy Darvill. Selon eux, en plus de ses propriétés liées à la prédiction du cycle des saisons, Stonehenge aurait été une sorte de Lourdes Préhistorique au sein duquel des pèlerins seraient venus de toute l'Angleterre pour se faire soigner. Il s'agirait donc d'un lieu de pèlerinage, mais il pourrait aussi avoir été un lieu de commémoration une fois la guérison favorisée par les forces cosmiques en présence.

La société grecque et la naissance de l'anniversaire à proprement parler .

L'origine des anniversaires tels que nous les connaissons est sans doute à rechercher dans les sociétés grecques de l'antiquité.

Concernant le caractère annuel de la célébration au moment précis de la naissance, la racine pourrait se trouver dans une croyance profondément ancrée dans le monde gréco-romain. Il s'agit de celle de l'esprit protecteur, connu sous le nom de daemon chez les grecs, entité supérieure qui assistait à la naissance d'un individu et veillait sur lui de ses premiers instants, à sa mort. Selon les Grecs, il existait un lien mystique entre l'entité et l'individu et en célébrant le daemon protecteur chaque année au moment de la naissance de la personne, on s'assurait alors de sa bienveillance pour une nouvelle année.

La tradition du gâteau d'anniversaire pourrait elle aussi provenir du monde antique, et plus précisément d'un type d'offrande qui était fait à la déesse Artémis pour son anniversaire. Il s'agissait en effet de déposer sur l'autel de la déesse des gâteaux de miel en forme de lune et ornés de cierges.

Ceci est d'autant plus intéressant qu'Artémis était également connue comme étant la protectrice des accouchements, des nouveaux nés ainsi que comme étant la déesse nourricière par excellence, notamment dans sa forme Ephésienne.

La tentative d'éradication des anniversaires par le Christianisme.

On aurait pu penser que vu ses fondements basés sur la célébration de la naissance du Messie, le christianisme des premières heures aurait été en faveur de la célébration des anniversaires. Il n'en est en fait rien.

Une explication politico-religieuse pourrait justifier la tentative d'étouffement d'une tradition qui était pourtant bien implantée dans l'inconscient collectif. En effet, la célébration des anniversaires, très répandues dans le monde gréco-romain, conservait des relents païens qui ne pouvaient que desservir une église naissante, victime de ses tensions internes et qui mit des siècles à se formaliser, puis à s'imposer. Ainsi, comme bien d'autres éléments hérités de l'antiquité, la célébration des anniversaires fut bannie du christianisme des premiers temps pour ne refaire surface que timidement au cours du Moyen Age.

De nos jours, quelques groupes ancrés sur une lecture stricte des textes sacrés prônent encore de ne pas se laisser entrainer dans la tradition des anniversaires qui relève, pour eux, de l'idolâtrie et d'un paganisme incompatibles avec une bonne morale chrétienne. C'est le cas de la Living Church of God, dont les congrégations sont disséminées aux quatre coins des États-Unis.

Sources :

Documentaire de David Stewart : Stonehenge, les mystères révélés du néolithique .

Ouvrage collectif, Mythologie Générale , Larousse, 1994.

Rod Reynolds, Les chrétiens devraient-ils célébrer les anniversaires ? , dans Tomorrow’s World, mai-juin 2002.

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