La rencontre: de l'illusion à la réalité.

Bien qu'elles nous tombent parfois dessus sans crier gare avec des airs de magie, les rencontres que nous faisons ne sont pas le fruit du hasard.

Que seraient nos vies sans rencontres? « Un monde de glace. Il me faut les autres pour me réchauffer et me faire exister", avance Boris Cyrulnik. "Je ne peux rencontrer que ceux qui portent sur eux des signes au préalable inscrits au fond de moi.»

Comment expliquer en effet que parmi les nombreuses personnes qui croisent notre route, certaines ne soient que de passage tandis que d’autres nous transportent émotionnellement et prennent place dans notre existence ?

Les rencontres ne sont pas hasardeuses

Pourquoi lui ? Pourquoi elle ? Le cinéma et la littérature abondent d’histoires romantiques où le destin prend les commandes de nos vies. Un train raté, un rendez-vous manqué et tout notre quotidien bascule de manière imprévue… C’est comme si chaque partenaire marchait depuis longtemps dans la direction de l’autre… « Si toute rencontre est fortuite, aucune n’est véritablement le fait de hasard », observe Pierre-Yves Jacopin.

« Dis-moi qui tu es, je te dirai qui tu choisiras »

Pour Jean-Claude Kaufmann, l’explication de la rencontre amoureuse, peu poétique, se résume en la célèbre maxime: « Qui se ressemble s’assemble », socialement parlant. Une pensée vérifiée par les résultats d’une enquête menée dans les années 1985 par Michel Bozon et François Héran auprès de 3000 personnes. Leur étude a démontré que les enfants d’artisans se marient avec des enfants d’artisans, les enfants de commerçants avec des enfants de commerçants…

Autre phénomène constaté : près d’une fois sur deux, l’homme et la femme sont nés dans le même département.

Les deux hommes ont étudié un autre point, à savoir l’écart d’âge entre homme et femme, révélant une constance : l’homme a souvent deux ans de plus que sa compagne. Plus la femme se met en couple tôt, plus l’écart d’âge est élevé. À un âge plus avancé, elle accepte l’idée que l’homme soit plus jeune qu’elle. Les ouvrières choisissent toujours un homme toujours plus âgé alors que les femmes cadres, professions intermédiaires et employées peuvent faire leur vie avec un homme plus jeune qu’elles.

L’enquête analysait également la taille, constatant qu’en moyenne les femmes recherchent un homme qui mesure 11 centimètres de plus qu’elles.

Ces résultats révèlent bien le fait que, malgré notre apparente liberté (le choix de notre partenaire n’est guidé que par les sentiments éprouvés pour lui), le proverbe : « Dis-moi qui tu es, je te dirai qui tu choisiras » s’avère très réaliste.

Les lieux fréquentés conditionnent nos rencontres

Toujours dans la même enquête, Michel Bozon et François Héran ont observé que les lieux que nous fréquentons opèrent une première sélection et limitent d’eux-mêmes nos rencontres. Si nous choisissons notre partenaire, c’est au sein d’un groupe très restreint.

Ainsi, les membres des classes populaires se rencontrent dans des lieux publics (fête, bal, rue, café…), les classes supérieures intellectuelles dans des lieux réservés avec un accès contrôlé (association, lieu d’études, boîte, club de sport…) et les cadres du privé, patrons ou professions libérales dans des lieux privés (domicile, fête de famille ou entre amis).

Des détails qui ne trompent pas

Une autre étude, menée par Jean-Claude Kaufman ( La trame conjugale, analyse du couple par son linge , Paris, 1992), montre que de nombreux couples arrêtent leur relation en raison de détails d’apparence banale qui ne font que révéler des attitudes générales propres à des groupes d’appartenance. Passé le cap de l’aveuglement amoureux des premiers temps, il est difficile d’adhérer à des comportements très éloignés des siens.

Dualité entre le rêve et la réalité

Toujours selon Jean-Claude Kaufman, « nous croyons à l’amour mais de l’autre côté nous calculons, évaluons ». Sauf pour les rencontres passagères, une petite voix intérieure nous rappelle les règles de société que nous devons suivre au risque de nous éloigner de nous. Si nous nous permettons de rêver à la magie de l’amour, à des rencontres qui bouleverseraient notre ordinaire, finalement, la majorité d’entre nous prennent une décision rationnelle et très peu s’envolent pour des destinations inconnues.

Source : La rencontre , Éditions Autrement, série Mutations, n° 135.

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