Petite histoire des vêtements pour enfant à travers les siècles

De nos jours, la mode vestimentaire enfantine est bien installée avec un marché spécifique. Quelle a été son évolution ?
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Durant des siècles, les enfants (de bonne famille) ont été habillés comme les adultes. Quelques détails pratiques (blouse par exemple) étaient seulement rajoutés. Leurs premiers costumes sont apparus en 1750 en Angleterre.

La mode des petits garçons : du costume marin au blue-jean

A partir de 1890, les garçonnets français portent un petit costume inspiré du modèle marin, une mode qui vient de Grande-Bretagne, le rêve de toute Anglaise de bonne société étant de voir entrer son fils dans la Navy.

Le knicker apparaît en 1903, la culotte courte en 1912. On les accompagne de chaussettes montantes et de bottines boutonnées. Le béret marin fait son apparition après la guerre de 1914-18, une période durant laquelle de nombreuses modifications s’opèrent avec une tendance à l’allègement et à la simplification.

A partir de 1930, costume marin et cravate disparaissent de la tenue de tous les jours. Les écoliers portent un pull-over, une chemise à col ouvert, une culotte courte et des chaussures basses lacées sur le dessus. Dès 1960, les tenues résistantes, pratiques et moins chères sont privilégiées : anorak pour l’hiver, blouson pour l’été, pull-over et blue-jean.

La mode des petites filles : de la robe longue au jean

Jusqu’à la fin de la première guerre mondiale, les fillettes portent une grande collerette recouvrant les épaules, serrée autour du cou, composée d’une série de volants superposés et froncés. Leur robe descend à mi-mollet. Vers 11-12 ans, on ajoute une ceinture serrée pour marquer la taille, préparant ainsi le futur corset (porté vers 16-17 ans). A partir de 1905, les robes raccourcissent sous le genou. Elles seront sophistiquées avec de nombreux volants jusqu’en 1920. La forme des manches évolue : bouffantes à l’épaule puis serrées sur l’avant-bras et enfin plus courtes en 1901. Les chaussures de tous les jours sont les bottines, les escarpins vernis noirs avec une bride boutonnée sont réservés pour les sorties. L’hiver, les fillettes portent un manteau de drap à col boutonné très haut. A partir de 1923, la mode enfant suit celle des adultes. Ainsi, en 1924, les robes sont de forme droite, en 1925, la taille est située sous les hanches, à partir de 1929, la ceinture est lâche et basse et à partir de 1930, la taille revient à sa place.

Dans les années 1960, les filles portent les mêmes vêtements que les garçons : anorak et blue-jean.

Les uniformes scolaires

Le garçonnet scolarisé porte l’uniforme de son établissement, souvent une veste boutonnée et un pantalon droit ou un knicker, de couleur foncée (bleu marine ou noir) et une casquette. Une tenue qui au fil du temps n’a perduré que dans les institutions religieuses (et plus longtemps en Angleterre et en Allemagne).

Les écolières aussi portent un uniforme mais elles sont fréquemment instruites à domicile (destinées à devenir épouses et mères de famille).

Une mode réservée à la haute bourgeoisie

A la fin du XIXe siècle, dans un ouvrage intitulé La maîtresse de maison élégante , on peut lire « il est inélégant et d’horriblement mauvais goût pour des vêtements d’enfant d’être taillés dans les lignes et le modèle de ceux des adultes. » La mode enfantine ne concerne alors que la haute bourgeoisie fortunée qui l’utilise comme un signe de distinction.

Au fil du temps, les différences vestimentaires entre classes sociales dans la vie de tous les jours s’estompent et ne sont plus un signe d’appartenance à un groupe social.

Généralisation de la mode enfantine

Au début des années 1950, le niveau de vie des classes populaires françaises s’élève et les parents achètent des vêtements luxueux pour leur progéniture : complets en velours noir, chemises brodées, robes en dentelle à volants, blouses à smocks. Ensuite, ils optent plutôt pour des vêtements pratiques et confortables.

Ce phénomène est observé de façon générale : lorsqu’une population pauvre accède à un niveau de vie supérieur, le budget consacré aux vêtements des enfants est élevé au début. Mais une fois la situation bien installée, cet intérêt faiblit.

Ainsi, en Europe occidentale, dans les années 1980, seules les zones pauvres d’Espagne, du Portugal, d’Italie du Sud et de Grèce continuaient d’habiller leurs enfants avec des tenues apprêtées alors qu’ailleurs ils portaient des jeans et des blousons.

A partir de 1971, une tendance est observée en France. Les adolescentes des années 1960, habituées à avoir une garde-robe remplie, deviennent mères. Leur budget de jeune ménage ne leur permettant pas de s’acheter des vêtements (à cela on ajoute la culpabilité de dépenser pour soi), elle reportent leur désir sur leurs enfants. Une nouvelle mode pour enfant naît alors, très évolutive, proche de la mode adulte tout en ayant ses propres spécificités.

Sources :

- Encyclopédie illustrée de la mode , Ludmila Kybalova, Olga Herbenova et Milena Lamarova, Editions Gründ.

- La mode , Bruno du Roselle, Editions Imprimerie nationale, Collection Notre siècle.

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