Familles recomposées: le rôle de la belle-mère

Dans notre société, le statut de beau-parent n'a aucune valeur juridique. Une belle-mère n'est rien d'autre que la femme du père de l'enfant. Et c'est tout.
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Au départ, l’histoire est simple. Ils se rencontrent et ils tombent amoureux.

Et puis arrive la fameuse phrase: «J’ai un enfant.»

La pièce rapportée

Évidemment, les paramètres seront assez différents d’un point de vue féminin. Se retrouver belle-mère avant d’être mère n’est pas une situation des plus communes. À cela s’ajoute la peur de ne pas pouvoir tenter l’expérience de la maternité, du fait de la première session quelque peu compromise de l’amoureux en question.

Qu’à cela ne tienne, il s’agit donc de se poser en tant que belle-mère. Un challenge, un plus, une sorte d’apprentissage, de bonus. Ou comment faire apparaître en douceur l’instinct maternel qui est censé sommeiller en chacune des femmes.

Il n’en reste pas moins que si l’apparition de cet enfant est complètement imprévue dans la vie de la jeune femme, l’arrivée d’une belle-mère est un événement psychologique notoire dans la vie de l’enfant concerné. Représentation palpable (dans l’inconscient de l’enfant) de l’échec du couple parental, La demoiselle ne commence pas le jeu avec toutes les bonnes cartes en mains. Il va falloir jouer serré, très serré. Une belle-mère n’est ni plus ni moins qu’une pièce rapportée. Le chemin pour gagner quelques bribes d’estime, de confiance et de légitimité, tant au niveau de l’enfant que des parents, sera complexe et délicat.

Quelle place dans la famille?

Depuis la nuit des temps, la belle-mère est positionnée dans les contes de fées (et autres histoires à dormir debout) comme une marâtre. Souvenons-nous de la merveilleuse et attendrissante belle-mère de Cendrillon, fortement critiquée pour avoir voulu lui apprendre comment devenir une parfaite mère au foyer. Le terme de belle-mère offre à lui seul une connotation péjorative. Celle qui a pris la place de la mère. Une personne qui représentera forcément l’autorité, une sorte d’inconnue dans la maison, de moucharde potentielle auprès des autorités supérieures (le père), bref, une personne à laquelle un enfant n’a pas forcément envie de s’attacher.

Et pourtant. Que se passe-il dans la tête d’une femme qui n’est pas encore mère et qui se voit confier du jour au lendemain des responsabilités auxquelles elle n’aurait jamais pensé un jour devoir faire face!

Il est temps de recentrer ses priorités du samedi. Il suffit que le père en question ait des obligations professionnelles qui l’empêchent d’être présent une bonne partie du week-end, ce sera donc à cette «Jolie-Maman» de gérer. Fini le boulevard Haussmann et le centre commercial le plus proche, oubliés les cinémas (pas avant quatre ans), ou toute autre sortie culturelle ou ludique. Terminé le temps pour soi. Il s’agit désormais de faire preuve d’abnégation maternelle, de recenser les squares, parcs et autres activités familiales pour occuper allègrement un week-end sur deux un bout de chou de presque trois ans. Et veiller à ce que tout soit en ordre dans sa vie auprès du couple. Une chambre pour lui, un environnement familial serein, ses jouets, des vêtements bien à lui dans le placard, des crèmes au chocolat plein le réfrigérateur et une écoute attentive de son moindre besoin.

Une belle-mère, pour quoi faire?

Le statut juridique de beau-parent est inexistant . Lorsque tout se passe de façon relativement sereine après une rupture, la garde de l'enfant est confiée à la mère. La belle-mère entre en scène dès lors que le père décide d'officialiser une nouvelle relation aux yeux de l'enfant mais aussi de la maman de celui-ci qui doit prendre en compte le fait qu'une autre femme va s'occuper de sa progéniture... Son rôle est donc d'assurer le confort et la sécurité de cet enfant lors de ses séjours au domicile paternel, un week-end sur deux, et la moitié des vacances. On ne lui demande pas autre chose.

Mais les années passent, et les soucis grandissent avec l'âge des enfants.

Lorsque les choses deviennent plus complexes et qu’il commence à se produire quelques cafouillages dans l’éducation de l’enfant et son développement psychologique et intellectuel, une belle mère n’a pas non plus son mot à dire. Si tant est que le père lui montre toute sa confiance et valide son analyse de la situation, il est très rare qu’il mette en avant ses arguments et même, le cas échéant, que ceux-ci trouveront échos auprès des personnes concernées.

Aimer l’enfant de son époux ou de son compagnon comme le sien, œuvrer pour son bien être pendant des années, et assister, avec impuissance à son entrée dans un potentiel enfer psychologique dont on sait que personne ne ressortira indemne. Une vie partiellement gâchée par l’inertie d’adultes trop aveugles face à une souffrance qui, si elle n’est pas visible à l’œil nu, n’en est pas moins virulente.

Vers un statut juridico-affectif?

Sans forcément opter pour un statut juridique, il serait déjà peut être plus judicieux pour les institutions concernées (qu’il s’agisse par exemple de professionnels de la santé ou de l’éducation nationale) de faire tout simplement preuve de bon sens en recueillant les avis de tous les acteurs principaux de la vie de l’enfant lorsque cela est nécessaire (échec scolaire, soucis psychologiques…).

Lorsque la communication est inexistante entre les parents séparés, le beau-parent est bien souvent le seul lien entre les deux foyers. Qui pense à l’interroger? Qui se soucie de son opinion concernant l’éducation de cet enfant? Sera-t-il sollicité autrement que pour faire le taxi entre toutes les activités du mercredi?

Il n’est pas question de se substituer au rôle de père ou de mère. Il est simplement question de faire valoir le point de vue d’une personne qui assiste et contribue à l’évolution psychologique, physiologique et affective de cet enfant. Donner du temps, donner de l’amour, s’investir dans une sorte de parentalité dont la responsabilité est décuplée. Le droit à l’erreur est inexistant. Comme être parent, mais ne pas pouvoir s’exprimer sur le bien-être de son enfant.

Catherine Audibert , psychologue clinicienne et psychanalyste en région parisienne est l'auteur de nombreux ouvrages concernant les familles recomposées et spécifiquement sur le rôle de la belle-mère. Dans son livre Le complexe de la marâtre , elle évoque précisément la position dans laquelle se retrouvent bon nombre de jeunes femmes qui, si elles ont sans doute rêvé un jour d'être mère, n'ont jamais supposé qu'elles se retrouveraient probablement bien avant des belles-mères.

Rares sont les situations à problèmes qui trouvent une issue positive avec un consensus observé par toutes les parties. Le schéma idéal serait alors représenté par les adultes, réunis les uns en face des autres et s’ouvrant au dialogue avec un seul et même objectif: l’enfant.

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