Mère au foyer au XXIe siècle, pourquoi pas par désir?

Démystifions le syndrome du bigoudi, on peut être mère au foyer par obligation, mais on peut aussi et surtout l'être par désir.

Elles se sont battues des décennies durant pour accéder aux droits qui leurs étaient légitimes, pour être reconnues comme des êtres humains dotées d’un cerveau, d’une faculté de réflexion et de déduction égale, sinon supérieure dans bien des secteurs à celles de la race masculine. Mais un nouveau combat vient poindre à l’horizon. Les femmes souhaitent la reconnaissance enfin effective de leur statut de mère au foyer.

Enfants ou carrière?

Les joies des journées pour enfants malades, les départs intempestifs du bureau pour cause de fièvre carabinée, les urgences pédiatriques les veilles de jours fériés… Autant de paramètres qu'une femme devra désormais prendre en compte dans sa vie professionnelle.

A compter du jour de l’annonce de sa grossesse, une femme devient pour son employeur un élément improductif. A elle de lui démontrer le contraire. Autant dire qu’une femme alignant une grossesse tous les deux ou trois ans pour comptabiliser au final trois ou quatre enfants devient alors un élément non plus improductif mais négatif. Comment mener de front une carrière avec trois enfants en bas âge et des revenus de l’ordre de la classe moyenne? Faut-il forcément brider son désir d’enfant et ne s’en tenir qu’à un seul (l’enfant social?) pour avoir encore une chance de réussir sa carrière professionnelle?

La notion de famille

Au XXIe siècle, tout n’est que perpétuelle contradiction;

  • Ne pas avoir d’enfants est mal perçu.
  • En avoir un seul apparaît comme réducteur.
  • En avoir trois ou quatre est de l’ordre de l’inconscience et fait immédiatement basculer la famille dans des clichés.
a fortiori

Bien souvent, avec l’arrivée du premier enfant, et des autres qui suivront, les futurs parents réfléchissent à une organisation des plus efficaces pour ne pas perturber leur vie professionnelle (et leur vie tout court). La famille… cette notion prend toute sa dimension à l’arrivée du premier enfant: passer du statut de couple à celui de famille.

Mère au foyer: désir ou obligation?

"Je ne sais pas comment tu fais!"

"Tu ne te sens pas trop seule, sans vie sociale?"

"Toi tu as le temps, tu ne travailles pas…"

La liste de ces phrases toutes faites régulièrement entendues par une femme n’ayant pas d’activité professionnelle est évidemment non exhaustive.

Lorsque l’on demande à un enfant ce qu’il veut faire comme métier lorsqu’il sera grand, il est très rare qu’une petite fille évoque le souhait de devenir "mère au foyer". Et c’est bien là que le problème se pose: mère au foyer n’est pas une profession.

Les principales raisons pour lesquelles une femme décide de s’occuper à plein temps de ses enfants peuvent se résumer ainsi:

L’obligation : principalement à cause d’un problème de recherche d’emploi ou plus spécifiquement parce que les enfants présentent un handicap (mineur ou majeur) qui requiert la présence quasi permanente de l’un de ses parents.

Le choix personnel : dans cette raison-là, il faut distinguer plusieurs sous-catégories. Il est rarissime qu’une personne ayant été active décide du jour au lendemain de passer d’un statut social reconnu à celui de mère au foyer, dont le niveau de statut social, lui, se situe approximativement au-dessous du niveau de la mer. Le choix personnel peut découler d'un désir multiple:

  • s'occuper soi-même de ses enfants, les éduquer, les choyer, les voir grandir, dans la transmission de ses propres valeurs; passer du temps avec eux, leur donner les bases; élever ses enfants au sens le plus littéral du terme, les porter au plus haut;
  • reconsidérer la question d'un point de vue pratique et financier. Les heures de garde, de cantine, de sorties d'école et de centre-aéré durant les vacances, tout cela mis bout à bout, le salaire est au final en négatif. En outre, fini le stress en cas de maladie, d'urgence de dernière minute, de casse-tête pour les vacances;
  • prendre du temps pour ses enfants, mais aussi pour son foyer, son époux, sa famille, ses amis;
  • décharger au maximum son conjoint des contraintes domestiques et lui permettre ainsi de progresser plus efficacement sur le plan professionnel; cette dernière considération étant bien entendu valable pour une femme qui irait faire carrière et un père qui déciderait d'élever ses enfants à plein temps.

Pourquoi si peu de reconnaissance?

C'est la question qui reste manifestement sans réponse. Certes les femmes se sont battues pour avoir le statut qu'elles brandissent aujourd'hui: chefs d'entreprise, ministres, médecins, il apparaîtrait alors presque indécent et surréaliste de demander aujourd'hui la reconnaissance d'un statut ramenant la femme à l'état dans lequel elle se trouvait avant l'acquisition de tous ces droits.

Ironie du sort, c'est souvent à l'initiative des autres femmes qui se trouvent dans son entourage (famille, amies, voisines, relations...) que la mère au foyer se voit littéralement rabaissée à la place qu'elle semble occuper pour le commun des mortels: à mi-chemin entre l'amibe et le bulot, autant dire dotée d'un encéphalogramme quasiment plat!

Ces dames ne sont pas tendres entre elles et l'on ne peut occulter un sentiment de jalousie manifeste qui plane dans ces considérations. Car, après tout, qu'y a-t-il de plus beau, de plus gratifiant (pour soi-même) que de prendre soin de ceux que l'on aime, de les voir grandir et de constater qu'ils s'épanouissent au sein de la vie que l'on tisse autour d'eux, pour eux?

Outre les trésors de pragmatisme que doit déployer une mère au foyer durant la gestion de son quotidien, il apparaît deux niveaux d'exigence qu'elle se doit de respecter:

  • le premier concerne le foyer et toutes les tâches qui lui incombent, qu'elles soient en rapport ou non avec les enfants;
  • Le second la concerne elle-même, et c'est là que se trouve la tâche la plus complexe: juste répartition d'une vie de mère, d'une vie d'épouse et d'une vie de femme, entre le don de soi et la totale abnégation dont elle doit faire preuve jour après jour.

Alors, si vous croisez sur votre chemin l'une de ces héroïnes qui ne se distinguent plus par leurs cheveux encore remplis de bigoudis et leur robe de chambre pour seule garde-robe, prenez le temps de les écouter. Vous pourriez tomber de très haut et comprendre au final que les vraies génératrices du capital humain de demain, ce sont elles...

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