Journée de la femme - Internet est-il sexiste?

Internet, média alternatif et égalitaire par excellence, offre-t-il aux femmes la visibilité qu'elles méritent? Analyse.
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La journée de la femme fêtera ses 101 ans le 8 mars prochain. Même si le combat féministe a permis des avancées notables, de nombreuses inégalités subsistent dans bien des domaines: différence de traitement et de salaires, déséquilibre dans les tâches ménagères et plus récemment dictature de la maternité. Mais qu’en est-il d’internet? Est-ce un Eldorado progressiste pour les femmes ou le simple miroir des inégalités présentes dans la vie réelle?

Un internaute sur 2 est une femme

Les femmes sont de véritables actrices de la révolution numérique, les chiffres le prouvent: en France, un internaute sur 2 est une femme ( 1 ). Sur Twitter, elles sont plus actives que les hommes ( 2 ) et plus présentes sur les réseaux sociaux (75,8%) ( 3 ). Enfin, d’après une étude récente ( 4 ), le blogueur moyen serait une étudiante de 26 ans. Malgré ces chiffres éloquents, la gent féminine souffre sur internet d’une sous-représentativité flagrante, à l’instar des médias traditionnels. Démonstration en quelques exemples parlants.

Les femmes, les oubliées des classements

Lorsqu’on se penche sur Wikio, portail qui range les blogs selon leur popularité, on ne trouve aucune femme dans les 20 premières places du classement dans les thématiques politiques, high-tech ou marketing. Pire encore, quand le magazine Elle décide en 2008 d’utiliser ce palmarès pour élire la bloggeuse la plus influente pour chacune des catégories, il ne retient que 8 thématiques (mode, beauté, chroniqueuses, dessinatrices, cuisine, créatrices mamans/bébés ,sexe/love ) sur les 16 habituellement présentes. Un classement qui résume la femme à des stéréotypes éculés alors que la blogosphère féminine est contrastée et ne se limite pas aux chiffons ou à la cuisine (en réaction, un recensement de plus de 300 blogs féminins traitant de Littérature, High Tech ou Politique a été établi par Fadhila Brahimi ). La bloggeuse Olympe avance l’explication suivante, basée sur les observations de sociologues dans une cour de récréation lors d’un jeu de ballon: les filles, outre le fait qu’elles accordent certainement moins d’intérêt au fait de l’emporter, se mettent moins en avant et sous-estiment leurs résultats. Elles ne s’engagent que s’ils elles ont une chance de succès raisonnable. Dans la vie, les choses se déroulent à l’identique: or pour être influent, il faut être actif en s’inscrivant sur des sites de référencement, être persuadé de l’intérêt de son blog, créer la discussion voire la polémique avec d’autres blogueurs, choses que les femmes font moins facilement que les hommes.

Oubliée des classements, la gent féminine l’est également des représentations officielles. Lorsque Nicolas Sarkozy invite 8 blogueurs à L’Elysée afin de réfléchir à Hadopi 3, aucune femme n’est conviée.

Wikipédia, une encyclopédie à l’ADN masculin

L’encyclopédie en ligne prônant la liberté, la gratuité et l’accès du savoir à tous n’est pas aussi égalitaire qu’il n’y parait: en effet, 87% des contributeurs sont des hommes. Alors qu’on pourrait penser que le caractère participatif du site, ouvert à tous, encouragerait l’engagement des femmes, il n’en est rien. « A cause de ses premiers contributeurs, Wikipedia a beaucoup de points communs avec les geeks hackers hardcore, analyse Joseph Reagle, du Berkman Center for Internet and Society à Harvard. Ce qui inclut une idéologie réfractaire à tout effort d’imposer des règles ou des buts comme la diversité, voire une idéologie décourageant les femmes ». Une ancienne contributrice du site témoigne dans les commentaires d’un article de Rue 89 : « Et puis il y a la communauté Wikipédia. Les censeurs de cette "encyclopédie" "libre". Ceux qui vont exercer une censure et expliquer pourquoi, d'une page à l'autre, ce sont les mêmes clichés qui reviennent, les mêmes voix qui s'expriment. On les a déjà décrits, ces censeurs. Blanc, jeune, souvent dans le secteur de l'informatique, quasi-toujours de sexe masculin. » « Et ce n'est pas parce qu'ils sont d'une nature particulièrement mauvaise, ou qu'ils mettent des barrières que les femmes n'intègrent pas cette communauté. C'est juste qu'une petite communauté homogène va naturellement se reproduire à l'identique

Sur Jezebel, la journaliste et écrivain Anna North exprime elle également son point de vue: « Ajouter une entrée à Wikipedia ne requiert pas seulement de s’envisager comme une autorité, mais aussi de s’inscrire et d’entrer dans une communauté en ligne qui est très concentrée sur l’information et les futilités —le genre de communauté qui stigmatise les femmes en interne (qu’est-ce qu’elle en sait?) et en externe (pourquoi une fille passe du temps sur un tel site?)

Wikipédia n’est finalement que le strict reflet de la réalité: en effet, selon les chiffres de l’organisation OpEd Project, un taux de participation des femmes de 15% se retrouve aussi au Congrès ou dans les pages «Tribunes» du New York Times ou du Washington Post.

En conclusion, même si internet présente les atours d’un média alternatif et égalitaire, il reproduit à l’identique les discriminations dont souffrent les femmes au quotidien. En nous offrant une vision du monde essentiellement masculine, il représente une « technologie du pouvoir », pour reprendre une formule du philosophe Michel Foucault, qui impose à chacun un schéma normatif au même titre que l’école ou la famille

Heureusement, des initiatives existent pour faire évoluer les choses, à l'instar du site Les nouvelles news : ce site «ni féminin ni féministe» garantit une information «sans stéréotype sexiste» et respecte la parité hommes/femmes. A lire pour fêter la journée de la femme!

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