Le blog de Salomé Elisheva: itinéraire d'une serial menteuse

Découvrez l'histoire incroyable d'une jeune fille de 19 ans qui a berné des milliers d'internautes pendant 3 ans en s'inventant une vie de toutes pièces.
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Salomé Elisheva et sa sœur jumelle Noa, toutes 2 atteintes de maladies incurables, ont fait pleurer et vibrer à l’unisson des milliers d’internautes pendant 3 ans à travers leurs blogs. De nombreux lecteurs, touchés par leur histoire, se sont mobilisés au travers de dons, marathons, chaînes de l’espoir et de prières. Ce bel exemple de solidarité virtuelle vient pourtant d’être récemment mis à mal par les révélations d’un groupe de personnes lisant son blog: Salomé et sa sœur n’ont jamais existé et sont l’œuvre de l’imagination perturbée d’une même personne qui n’en n’est pas à son coup d’essai, Odile R.

Retour sur un effrayant canular.

«Les tribulations d’une skieuse»: décryptage d’une supercherie

Parfois le sort semble s’acharner sur une même famille avec une violence inouïe. C’est le cas de Noa, décédée d’une leucémie et de sa sœur jumelle, Salomé Elisheva, skieuse de haut niveau elle-même atteinte d’une maladie incurable. Une histoire certes tragique mais qui aurait pu rester confidentielle si les deux sœurs ne tenaient pas toutes deux un blog.

C’est ce destin fauché en plein vol et celui tout aussi dramatique d’une championne de ski de 19 ans condamnée qui a fait vibrer des milliers d’internautes. Chaque jour, ils venaient lire, soutenir, vibrer, pleurer avec celle qui faisait preuve d’un immense courage après la mort de sa sœur et qui n’hésitait pas à photographier ses plaies, ses cathéters et ses boîtes de médicaments. Elle y livrait tout: sa chimiothérapie, sa vie incroyable entre compétitions de ski et études prestigieuses, la difficulté de vivre sans sa sœur décédée.

Un destin hors du commun qui a fait naître une chaîne de solidarité qui l’est tout autant: de nombreux internautes ont ainsi photographié et fait voyager dans le monde «John Lemon», citron-mascotte qui est devenu le symbole de sa lutte, ont organisé un «Salométhon» et un triathlon pour récolter des dons. Des chaînes de prières ont même été mises en place par des religieux de sa communauté (Salomé et sa sœur étaient de confession juive). Les lecteurs du blog, émus par le fait que certains soins n’étaient pas remboursés, ont poussé le dévouement jusqu’à aller changer ses couches et se charger de sa toilette intime. Pour les remercier, Salomé les tenait régulièrement informés de son état de santé via des SMS envoyés par son petit ami Ruben à chaque opération importante. Nombre d’entre eux ont également reçu le faire-part de décès de sa sœur, notamment des familles de malades.

Quand le doute s’installe

Même si certains détails ont pu susciter le doute (le nombre pléthorique de ses maladies ou le fait qu’elle puisse se déplacer dans toute la France alors qu’elle est en soins palliatifs), peu d’internautes ont osé remettre en questions les dires de Salomé.

Il a fallu l’enquête menée en sous-marin par un petit groupe de lecteurs, alertés par certaines incohérences, pour révéler la supercherie au grand jour: Noa et Salomé n’existent pas et sont le fruit de l’imagination perturbée d’une même personne, Odile R. Celle-ci n’est ni malade, ni juive, ni championne de ski. Ses médailles? Achetées sur internet. Ses ordonnances? Des faux. Ses plaies? Bricolées avec du ketchup comme ses cathéters scotchés et habilement dissimulés sous des peluches. Les photos de son blog? Volées sur celui d’une jeune athlète bien en vie... Salomé et sa sœur sont inconnues au CHUV de Lausanne ainsi qu’à la Fédération française de ski. Une supercherie organisée de main de maître par une jeune fille de 19 ans qui n’en est pas à son coup d’essai: elle s’était déjà faite passer pour une malade atteinte de leucémie sur le forum «vive les rondes» avant d’être finalement démasquée.

Depuis la révélation de la supercherie, Odile a avoué et supprimé son blog. Pourtant, le mythe continue: des groupes Facebook rassemblent tous ceux qui se sont fait berner et collectent les preuves et les copies d’écran du blog désormais inaccessible. Son nom de famille est exposé à la vue et au su de tous. Même si elle s’en défend (« comment veux-tu que je recommence, je suis trop connue sur les blogs de malade ?»), il est fort probable qu’Odile recommence sous une autre identité, avec une autre maladie, ailleurs sur la toile. Tout comme Fréderic Bourdin, cet homme pourtant plusieurs fois démasqué et emprisonné et qui a usurpé plus de 500 identités dans le monde (du réfugié bosniaque à l’enfant disparu au Texas). Ce voleur de bonheur familial déclarait récemment au Nouvel Observateur : « Quelques jours d’amour valent bien quelques mois de prison ». Une pensée sans doute partagée par Odile…

Sources:

Le blog de Dariamarx

Page Facebook «Les mensonges de Salomé»

Le blog «Les chroniques de Sonia»

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