Mères au foyer malgré elles : les oubliées des statistiques

Toutes les femmes ne restent pas à la maison par choix. Certaines subissent à la fois la conjoncture et la pression sociale. Décryptage.
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Symboles du modèle social des années 50, les femmes au foyer semblent opérer un retour en force et la crise actuelle n’est pas étrangère à ce phénomène. La mode du maternage, la survalorisation de la parentalité et la difficulté de trouver un mode de garde satisfaisant ont également contribué au retour des femmes à la maison.

Même si la plupart d’entre elles évoquent un choix raisonné et éclairé, certaines avouent à demi-mot être femme au foyer «malgré elles», faute de mieux. Il n’est donc pas toujours simple pour elles de vivre cette situation de façon sereine et positive.

Explication du phénomène et conseils pour optimiser cette période et sortir de l’isolement .

Une conjoncture qui favorise le retour des femmes au foyer

Même si pour la plupart des femmes, le retour au foyer est un choix de vie délibéré et non subi, nombre d’entre elles quittent le milieu professionnel poussées de façon plus ou moins consciente par la conjoncture et la pression sociale.

La première inégalité favorisant le décrochage professionnel des femmes est la disparité salariale.

Malgré sept textes de loi sur l’égalité salariale votés depuis 1972, les salaires des femmes restent toujours inférieurs de 25% à ceux des hommes (1) et seulement 15% des sociétés du CAC 40 déclarent pratiquer l’égalité salariale (2). La crise économique a eu un rôle d’amplificateur de ces inégalités, puisque les femmes représentent désormais 80% des travailleurs pauvres (3) et sont les plus touchées par le chômage. Compte tenu des faibles niveaux de salaires et des conditions de travail, on comprend que certaines - notamment les moins qualifiées - préfèrent toucher une allocation, le complément de libre choix d'activité, qui peut atteindre 530 euros mensuels plutôt que de travailler pour des rémunérations souvent inférieures au Smic.

Les chiffres au sujet du décrochage professionnel des femmes sont d’ailleurs éloquents : à la naissance d'un enfant, nombre d'entre elles délaissent le marché du travail. Ainsi, 25% des femmes qui ont accouché d'un premier bébé ont cessé ou réduit leur activité, et 32 % parmi celles qui ont eu un enfant supplémentaire (4).

L’autre inégalité favorisant le retour au foyer se trouve au sein même du couple : même quand elles travaillent, les femmes assurent toujours à 80% les tâches ménagères (5)! Résultat, les mères actives cumulent une double journée de travail et s’épuisent physiquement et mentalement. Elles préfèrent alors quitter leur emploi pour cesser de jongler entre vie personnelle et professionnelle.

La pression de l’écologiquement correct

Outre ces facteurs conjoncturels, il existe une pression plus insidieuse, celle de l' "écologiquement correct " : pour respecter les commandements de la "green attitude", il faut allaiter le plus longtemps possible, faire ses purées maison à base de légume bios, utiliser les couches lavables…autant de diktats incompatibles avec une vie professionnelle. "La pression sociale, psychologique et écologique est telle que l'on détériore l'implication des femmes au travail", déplore Dominique Méda, auteur du "Temps des femmes".

On assiste également à un retour en force du maternage et de la survalorisation de la parentalité. L’éducation devient un sacerdoce voire une œuvre d’art à part entière. Même si aucune étude n’a prouvé qu’un tel investissement maternel donnait les meilleurs résultats, les «spécialistes» encouragent régulièrement les mères à se dévouer. Face à de tels discours culpabilisants, les femmes intériorisent alors le fait que leur vie professionnelle est un handicap pour l’enfant.

Conseils pour vivre au mieux cette période au foyer

Voici quelques pistes pour aider les "desperate housewifes" à optimiser une situation pas forcément choisie :

  • Sortez de l’isolement : organisez sorties ou goûters avec d’autres mères au foyer, rencontrez d’autres parents au sein de structures telles que "la maison verte ", inscrivez-vous sur des forums tels que les mafs .
  • Prenez du temps pour vous : inscrivez votre enfant pour une matinée ou un après-midi à la halte garderie et profitez-en pour vous offrir des moments plaisirs : coiffeur, esthéticienne ou même simplement un café en terrasse. Un soir par semaine, pratiquez une activité ludique : danse, gym, peinture. Essayez de réserver votre baby-sitter une fois par mois et organisez une sortie à deux.
  • Profitez de cette période pour donner le jour à un projet qui vous tient à cœur et que vous n’aviez pas le temps de mener auparavant : tenir un blog, vous mettre à la peinture, ouvrir une boutique sur ebay…
  • Faites le point sur vos envies et votre carrière en demandant un bilan de compétences (c’est un droit pour tout parent en congé parental).
  • Gardez un œil sur l’actualité en lisant quotidiennement la presse en ligne.
  • Déléguez certaines tâches à votre conjoint : par exemple, il gère les enfants le dimanche matin ou bien il se charge du dîner un soir par semaine.
  • Cultivez votre employabilité : lisez les petites annonces, répondez-y, entretenez votre réseau et gardez contact avec votre DRH et vos collègues.
mompreneurs

Sources :

(1) http://www.istravail.com/article376.html

(2) http://www.pourunmondequichange.com/2010/01/barometre-2009-sur-la-mixite-au-sein-du-cac-40/

(3) http://www.monde-diplomatique.fr/2004/09/DA_SILVA/11456

(4) http://www.servicesalapersonne.gouv.fr/etude-sur-la-parite-hommes-femmes-face-aux-taches-menageres-(11926).cml

(5) http://www.liberation.fr/vous/0101606380-hommes-flemme-mode-d-emploi

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