Quand les internautes rémunèrent les auteurs

Et si la solution à la crise de l'information en ligne venait des lecteurs ? "Flattr" et "J'aime l'info", 2 exemples de micro-mécénat, créent l'événement.
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Le mythe de l’Internet gratuit a la vie dure. Une récente étude de GFK a ainsi démontré que 89% des français ne veulent pas payer pour de l’information en ligne et 50% d’entre eux refusent la publicité. A la recherche de financements alternatifs indépendants de la publicité, les médias se tournent désormais vers leurs lecteurs à travers le micro-mécénat et le "crowfunding". Analyse de ce nouveau modèle économique à travers deux exemples : Flattr et J’aime l’info .

Flattr : des micro-dons pour rémunérer la création sur Internet

Créé en mars 2010 par Linus Olsson et Peter Sunde, co-fondateur de Pirate Bay, Flattr arrive en France. Véritable succès en Allemagne et en Suède avec un total de 70.000 utilisateurs, le site en espère un million avant fin 2011. Jeu de mots entre "flat rate" (forfait) et "flatter" (même sens qu’en français), ce service de micro-dons est destiné à financer la création au sens large sur internet (musique, blogs, article, films).

Le principe est simple : à l’instar des boutons "j’aime" sur facebook, le bouton "flattr" permet de signifier au contributeur que vous avez apprécié le contenu qu’il a produit et que vous souhaitez le rétribuer en conséquence. Chaque mois, il suffit de déterminer à l’avance la somme à dépenser (de 2€ à 100€), qui sera ensuite répartie entre les différents sites participants choisis. A la fin du mois, chaque créateur dont vous aurez "flatté" le contenu recevra sa part de revenus (si vous avez crédité votre compte de 20€ et signifié que vous avez aimé 10 créations, chaque auteur recevra 0,20€, auxquels sont soustraits 10% de frais. Si vous n’avez cliqué sur aucun bouton "flattr", la somme sera offerte à une organisation caritative).

" C'est une sorte de postpaiement pour ce que vous avez apprécié et de pré-paiement pour ce que vous voudriez obtenir, en encourageant le créateur ", explique Peter Sunde. En dépit des apparences, le fondateur insiste pour ne pas qualifier Flattr de système de paiement : " Payer nécessite avoir de l’argent ou prendre un crédit. Utiliser Flattr, c’est plus un acte volontaire. C’est davantage un encouragement, ou éventuellement un don. Ca montre aussi une certaine forme de soutien social. Si vous avez 400 “like” sur Facebook, cela veut seulement dire que 400 personnes ont cliqué sur un bouton. Mais avoir 400 “flatteurs” signifie que 400 personnes ont tellement aimé quelque chose qu’ils sont prêt à le soutenir financièrement, ce qui est une grosse différence. "

Ouvert au grand public depuis le mois d'août, le service a généré 200.000 euros de transactions pour 500.000 clics . C'est peu mais ainsi que l’énonce le proverbe repris comme slogan du projet : "les petits ruisseaux forment les grandes rivières".

"J’aime l’info" : quand les internautes soutiennent la presse en ligne

L’idée de la plateforme, lancée en mars dernier, est née au sein de Rue89 . A la demande de certains internautes qui souhaitaient matérialiser leur attachement au site via des contributions financières, la rédaction a imaginé un dispositif permettant de soutenir plusieurs sites à la fois.

Aujourd’hui la plateforme en compte 102, avec de grands noms comme Mediapart ou Arrêt sur image mais aussi beaucoup de sites ou de blogs jouant sur le régional (Angers Mag info, Cergyvie, Dijonscope) ou l’information de niche.

Le concept, importé des Etats-Unis, prend ses racines dans le "crowdfunding", littéralement "financement par la foule". Il ne s’agit pas d’un don désintéressé ou d’une action caritative, l’internaute qui donne devient prescripteur et pas simplement lecteur, il ne paye pas pour lire mais pour soutenir. Il a la possibilité d’effectuer un don ponctuel, pour soutenir un ou plusieurs sites, ou mensuel.

L’objectif : rassembler sur une même plateforme des contenus de qualité provenant de médias indépendants et soutenir des projets particuliers (reportage, nouvelle rubrique, nouvelle fonctionnalité, etc.). C'est à chaque site de décider de proposer ou non des projets. Ces derniers s’engagent à rendre des comptes tous les trois mois sur l’utilisation des dons. Aux Etats-Unis, des plateformes similaires, Spot.us et Propublica ont déjà fait leurs preuves. Cette dernière a d’ailleurs crée l’événement en remportant en 2010 le prix Pulitzer grâce à une des enquête les plus chères de la presse écrite, réalisée grâce à un financement diversifié et généreux.

Alors que nous n’en sommes qu’aux prémices du crowdfunding et du micro-don en France, il est difficile de prévoir l’avenir de ce mode de financement. Il aura néanmoins eu le mérite d’interroger lecteurs, contributeurs, journalistes ou bloggeurs sur leurs pratiques et leurs attentes.

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Sources :

Owni.fr et Lepoint.fr

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