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STÉPHANE GUILLARD

Publié dans : Les articles Histoire de Stéphane Guillard

Histoire du peuplement en Amérique du Nord

Le peuplement de l'Amérique du Nord s'est réalisé au cours des siècles grâce à diverses communautés et selon plusieurs dynamiques.

L'ensemble formé du Canada, des Etats-Unis et du Mexique recouvre des diversités multiples en matière de peuplement et d'occupation humaine des espaces. Ces spécificités sont autant des traces de l'histoire de chaque pays que des réalités géographiques physiques complexes.

Des sociétés mixtes et diverses

Qu'il s'agisse des Etats-Unis, du Mexique ou du Canada, on peut affirmer que l'Amérique du Nord est une terre où les peuples sont très hétérogènes sur le plan ethnique et religieux. Peuplés en grande partie à partir des colonisations européennes s'étalant du XVIe au XIXe siècle, britanniques, espagnoles, françaises et bien d'autres, ces territoires reflètent une extraordinaire diversité et richesse culturelle, linguistique, sociale... « Indiens », Blancs, Noirs, Asiatiques...sont présents dans chacun des trois pays, témoignant de diverses périodes d'immigration et d'acculturation réussie ou non à ces territoires.

Du fait de cette variété ethnique, de nombreuses religions sont également représentées : catholicisme, protestantisme, islam, hindouisme, religions locales... Si elles cohabitent relativement bien dans les trois pays, des phénomènes nouveaux tendent à renverser les rapports de force antérieurs. Ainsi, par exemple, la forte immigration hispanique, de confession catholique, vers les Etats-Unis, commence à supplanter l'historique domination du protestantisme.

Construits grâce à l'immigration, le territoire nord-américain, dans son ensemble mais aussi localement, commence à restreindre ses politiques en la matière. Au Canada, l'immigration européenne et étatsunienne est privilégiée tandis que son voisin du Sud cherche à contrôler une poussée migratoire hispanique, et notamment mexicaine, toujours plus forte. Même le Mexique devient une terre d'immigration : terre de transit vers les Etats-Unis, asile pour les réfugiés politiques des pays hispanophones...

Ces réalités démographiques entraînent des dynamiques nouvelles dans les modes d'occupation des territoires, à l'échelle du continent, des pays, des régions et même des villes.

Un peuplement en archipels

Depuis des siècles, du fait de l'immensité des territoires et des contraintes naturelles nombreuses, l'Amérique du Nord est occupée inégalement et sporadiquement. Au Canada et aux Etats-Unis par exemple, les peuplements européens se sont concentrés le long des côtes maritimes et au bord des cours d'eau, notamment à l'Est. Une explication simple à ce phénomène : on cherchait à favoriser et à privilégier les échanges économiques avec la terre-mère, l'Europe. Au Mexique, le phénomène, bien qu'analogue, revêt quelques spécificités. Les populations locales étant restées nombreuses, des pôles de peuplement anciens ont perduré. Mexico est depuis de nombreux siècles un centre démographique d'envergure.

Autour de ces peuplements localisés, se sont développées des dynamiques qui, cherchant à la fois à concentrer les Hommes et les activités, ont permis également l'émergence de collectivités rurales. L'idéal insconscient puritain voyait la ville et l'urbain comme le cœur de la perversion et faisait donc l'apologie de petites communautés où la maison individuelle et le jardin faisait office de référence. Ces logiques se retrouvent encore dans la façon dont les espaces sont occupés aux Etats-Unis et au Canada. Les centres des villes sont de plus de plus délaissés aux fonctions économiques et culturelles tandis que les espaces périphériques deviennent des zones d'habitation. Ce sont les fameuses « edge cities » étatsuniennes qui contribuent à l'essor de l'étalement urbain.

Des densités de population très fortes se retrouvent en certains points du territoires : côtes maritimes, zones frontalières, nœuds de communications...tandis que persistent des espaces relativement vides. Des multiples raisons expliquent cela : le souci de préserver la nature, la difficulté d'occuper le territoire à cause de contraintes naturelles...

Des logiques de fragmentation

Ces modes de peuplements définis par l'histoire et les conditions naturelles ont pris avec le temps la marque d'une relative politique de relégation et d'exclusion. Les sociétés d'Amérique du Nord, et principalement canadiennes et étatsuniennes, ne demeurent pas des zones où les populations d'origines sociales, ethniques et religieuses différentes s'imbriquent territorialement. Par exemple, les populations hispaniques sont encore massivement recensées dans le Sud du pays, à proximité de la frontière mexicaine, ou dans les grandes agglomérations.

L'occupation des zones rurales est encore principalement le fait de populations à majorité blanche et de condition sociale moyenne ou basse. A l'intérieur même des villes, les différenciations se font. L'existence des « gated communities », territoires fermés et réservés à une certaine catégorie sociale, et parfois ethnique, ou encore la persistance de « boroughs » peuplés en majorité par des Noirs, des Blancs, des Hispaniques, des Juifs...comme on le trouve dans certaines grandes villes (New-York, Los Angeles, Toronto...), témoignent bien d'un pricinpe d'exclusion sociospacial.

Si l'étalement urbain tend à une présence humaine plus continue, l'espace nord-américain est encore inégalement occupé en termes de densité ou de diversité sociale, ethnique ou religieuse. Les héritages historiques, naturels et culturels y jouent un rôle prépondérant et ne permettent pas un renversement brutal de situation.

À propos de l'auteur

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STÉPHANE GUILLARD

Etudiant en histoire, spécialiste du monde rural français aux XIXème et XXème
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