Histoire de l'Australie la domination britannique (1815-1931)

La colonisation de l'Australie, voulue pour éloigner du sol britannique les mauvais sujets du royaume, s'articule autour de la morale et de l'économie.
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L'Australie est un pays récent dont l'histoire est liée à la fondation et à l'essor de l'Empire britannique. Cependant, cette nation nouvelle prend rapidement son envol et son autonomie.

L’installation

En 1815, l’Australie figure aux marges de la thalassocratie britannique. La prise effective de possession n’est réalisée que depuis 1788 pour répondre à des motifs géostratégiques «classiques»: la protection des voies maritimes, l’élimination des rivaux européens que sont la France et la Hollande, la poursuite de l’extension asiatique. En 1815, l’Australie compte 12 000 convicts sur une population totale de 15 000 européens.

Deux idées président alors au futur du territoire: la rédemption, valable seulement pour les blancs et la mise en valeur d’un immense espace. La colonie doit s’auto-entretenir et grâce à l’introduction rapide du mérinos pourra être une colonie de peuplement.

Essor et divergences sociales (1815-1850)

L’établissement d’une colonie de rachat pour les indésirables du Royaume-Uni devient, au fur et à mesure de l’essor économique de la colonie, une réalité de plus en plus utopique. En 1817, est fondée la banque de Nouvelle-Galles du Sud, symbole des ambitions britanniques quant aux destinées de l’Australie.

Les divergences religieuses entre protestants et immigrés Irlandais, ainsi que l’émergence d’un courant nationaliste créent de nombreuses tensions en Australie dès les premières années de l’émigration massive vers l’île. Une vague conservatrice, surtout en matière législative, est initiée par Bigge, responsable de la question coloniale australienne, dès les années 1820, afin d'établir l’ordre social (sévérité, suppression de l’octroi de concessions aux émancipés…).

Dans ce contexte délicat, l’Australie commence à se doter d’organes institutionnels. En 1823, une loi parlementaire institue un Conseil législatif de la Nouvelle-Galles du Sud. Le gouverneur général n’a plus le pouvoir absolu mais Londres conserve la haute main sur le législatif et le judiciaire. De 1826 à 1851, cinq régions deviennent officiellement colonies de la Couronne et, de ce fait, l’essor institutionnel de la colonie australienne se rapproche de la mise en œuvre du système de gouvernement autonome qui fait écho à l’autosuffisance alimentaire et économique rapide de l’Australie. Parallèlement, le peuplement de l’Australie se poursuit, à la fois de convicts et de colons libres. Cette immigration est rapidement devenue un objectif politique du Royaume-Uni.

Prospérité et construction nationale (1851-1899)

Dès 1851, la découverte d’importants gisements aurifères entraîne une véritable gold rush provoquant une émigration australienne vers le centre de l’île et une immigration européenne, américaine et chinoise. Concurrencé par les gisements sud-africains puis freinés par l’épuisement des premiers filons, l’essor minier se poursuit grâce aux ressources en charbon, fer et minéraux de l’Australie.

Conjointement, l’essor agricole s’accélère et s’amplifie puisque la viande, les céréales et le sucre viennent s’ajouter à la laine, première production agricole australienne. La colonie fait donc irruption sur les marchés mondiaux grâce à une croissance aussi rapide que spectaculaire, la plaçant directement sous dépendance des investissements extérieurs, et notamment de la City de Londres.

Ces bouleversements sont accompagnés et soutenus par une hausse exceptionnelle de la population. Si en 1851 l’Australie compte 400 000 habitants, cinquante ans plus tard elle en dénombre 3,8 millions.

Cette période d’émancipation et d’essor sans précédent est marquée par la persistance d’un dualisme : le mythe de l’Australie rurale et pionnière cohabite avec le développement des capitales coloniales comme Sydney ou Melbourne qui rassemblent plus de 50 % de la population totale de la colonie à la fin du XIXe siècle. L’ensemble du corps social et des structures se met en marche avec le développement du syndicalisme, l’amélioration du niveau de vie général, l’adoption des mœurs et pratiques britanniques. Cependant, les valeurs de l’«Australie blanche» et du racisme perdurent, allant jusqu’à la persécution et la disparition des Aborigènes de Tasmanie en 1876.

Une poussée démocratique voit le jour dès le milieu du XIXe siècle avec l’octroi aux provinces de la responsabilité du pouvoir exécutif devant des conseils législatifs, élus en partie au suffrage censitaire. De plus, ce nouvel élan se nourrit des rêves d’un ruralisme égalitaire, des revendications syndicales et ouvrières, de l’activisme des Irlandais et de la référence au mythe américain. L’Australie s’affirme alors comme une des démocraties les plus avancées du monde, en avance sur la mère patrie, malgré la montée inexorable d’un nationalisme propre, symbole du contraste australien persistant.

Le temps des vicissitudes (1900-1931)

La fédération australienne s’achève avec la création d’une nouvelle capitale fédérale, Canberra, à mi-chemin entre les deux rivales que sont Sydney et Melbourne. L’élan démocratique et social se poursuit: droit de vote féminin en 1902, prise de pouvoir des Travaillistes en 1909 entraînant une accélération des réformes sociales. Toutefois, le racisme, évoqué plus haut, est toujours aussi fort: durcissement des conditions d’immigration et de naturalisation pour le non-Européens, développement du darwinisme social…

En 1901, l’Australie obtient le statut de dominion mais son attachement à la métropole est toujours aussi fort dans les domaines économiques, sociaux, militaires. La forte implication australienne dans le premier conflit mondial (417 000 soldats envoyés au front dont 60 000 morts, l’envoi massif de vivres, de matières premières, de matériels, de capitaux…) va malgré tout aider la colonie à s’affirmer et à se détacher de la tutelle de Londres. La guerre révèle les volontés australiennes d’être impliquées dans toutes les décisions: intégration à l’«Imperial War Cabinet» en 1916, par exemple.

En 1921, l’Australie s’engage sur la voie du protectionnisme économique alors que Londres tente de revenir au libre-échange, nouvelle preuve de l’autonomie progressive de l’île. Puis, en 1926, ce processus franchit un nouveau cap lorsqu'est créé le British Commonwealth of Nations, dont les règles précisées en 1931 par le Statut de Westminter font de l’Australie un des principaux participants. Le partenariat commercial et financier avec la métropole ne disparaît pas pour autant et s’accentue même, encourageant la modernisation de la colonie. De nombreux capitaux américains vinrent influencer le monde australien (cinéma, automobile, crédit, loisirs…).

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