Histoire de l'Inde : l'installation britannique

L'Empire britannique s'implanta sur le territoire indien d'une manière d'abord relative avant de devenir progressivement de plus en plus formelle.
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Avant de devenir une colonie britannique, l'Inde fut dominée par plusieurs puissances européennes qui établirent des comptoirs commerciaux. Petit à petit la domination britannique s'intensifia et se diversifia.

Les origines de la colonisation européenne en Inde

L’Inde est, avant l’arrivée des Anglais, déjà soumise à une forte présence européenne depuis les XVIe et XVIIe siècles. Les principales possessions du Vieux Continent sont des comptoirs et places commerciales portuaires. Les Portugais et les Hollandais se sont installés sur les fronts de mer. Les Français s'installent plus tard, car ils sont plus préoccupés par la guerre de Trente Ans. Enfin, la création, en 1600, de l’ East India Company marque le début de l’intérêt britannique pour l’Inde.

A partir du milieu du XVIIIe siècle, l’économie indienne commence à se transformer progressivement en un système colonial organisé pour le drainage des richesses vers l’étranger ou en faveur d’une communauté étrangère installée en Inde. Des flux importants de produits manufacturés au sein des territoires soumis sont exportés vers les pays européens présents en Inde.

L’établissement de la suprématie britannique sur l’Inde fût un élément décisif dans l’expansion maritime et industrielle du Royaume-Uni, car sa position géostratégique était essentielle, ses richesses étaient nombreuses et sa population nombreuse offrait à l’économie britannique un marché commercial immense.

L’unification politique de l’Inde

Si Richard Wellesley établit la domination militaire sur l’Inde, il faut encore unifier l’espace politique indien. C'est chose faite au cours de la première moitié du XIXe siècle par un gouverneur conquérant : lord Dalhousie. L’action britannique s'oriente vers l'établissement de la paix en Inde et s'effectue sous plusieurs formes: diplomatie, luttes armées, domination économique…

Les menaces militaires des Sikhs et du Népal conduisent la Grande-Bretagne à poursuivre la conquête des territoires indiens afin d’assurer une relative paix intérieure, mais surtout de renforcer les frontières de l’Inde. En 1818, par exemple, l’extermination des Pindarî, brigands cruels de l’Inde centrale qui pillaient et ravageaient les contrées environnantes, contribue à asseoir une partie de la domination britannique et à entamer l’unification des Indes.

Par la diplomatie et l’action militaire, les Britanniques prennent possession de l’ensemble du Dekkan dans la première moitié du XIXe siècle. Seuls les établissements français et portugais parviennent à résister et à se maintenir en dehors de l’influence britannique. La rivalité russo-britannique qui se joue également en Inde à travers le contrôle de l’Afghanistan, état-tampon entre l’Empire russe et l’Inde britannique amplifie également les actions britanniques et modifie les intentions de Londres en Inde.

A partir de 1840, l’installation britannique se fait de façon plus brutale et plus arbitraire: agressions délibérées et abus de puissance se généralisent comme en témoignent la guerre afghane de 1838, la conquête du Sindh en 1843 ou la guerre sikh en 1845. Ces changements de méthodes peuvent en partie s’expliquer par l’arrivée de nouveaux fonctionnaires, moins imprégnés de la culture indienne mais aussi par les nouvelles velléités coloniales de la Grande-Bretagne.

Dans le plan général de l’impérialisme britannique, l’Inde occupe la place essentielle. La volonté de contrôler ses frontières terrestres, mais plus encore ses abords maritimes, reflète son importance stratégique et économique. Le sous-continent indien, «joyau de la Couronne» doit servir de partenaire commercial privilégié avec la métropole, mais aussi être le point de départ et la base arrière pour l’expansion en Asie, en Océanie ou au Moyen-Orient. C’est ainsi que, dès le milieu du XIXe siècle, l’océan Indien est quasiment entièrement britannique.

L’Inde sous domination anglaise (1800-1850)

Au début du XIXe siècle, l’Angleterre n’a pas annexé tous les territoires indiens et laisse subsister des Etats princiers qu’elle contrôle. C’est la Compagnie anglaise des Indes ( East India Company ) qui a réalisé les conquêtes et qui administre les territoires, sous le contrôle de la Couronne.

En 1833, le pouvoir britannique abolit les activités commerciales de la Compagnie qui a déjà perdu en 1813 son monopole commercial. Alors, la Compagnie n’est plus qu’un organisme de gouvernement sous le contrôle de la Couronne britannique dont les pouvoirs diminuent progressivement.

Le commerce étranger est à l’époque grandement attiré par la supériorité industrielle de l’Inde moghole mais avec la domination britannique, cette supériorité est concurrencée par les activités anglaises (le textile de Manchester, les constructions navales…). Le commerce maritime, l’influence grandissante du bateau à vapeur et les échanges avec la métropole sont à la fois synonymes de débouchés commerciaux pour l’Inde mais aussi de concurrence britannique.

Au XIXe siècle, dans la mesure où les exportations depuis l’Inde s’intensifient, de nouvelles activités commerciales se développent mais l’exploitation britannique de l’Inde par la grande industrie ne profite qu’aux hommes d’affaires anglais qui, une fois fortune faite en Inde, investissent leurs capitaux dans des entreprises métropolitaines appauvrissant l’empire indien.

Les plantations deviennent également une branche essentielle de l’exploitation coloniale britannique en Inde. La Grande-Bretagne fait cultiver entre autres l’indigo pour l’industrie textile, le thé, le café, les épices… La meilleure administration, l’établissement de la paix anglaise ( Pax Britannica ) dans toute l’Inde et l’exploitation systématique des ressources au profit de la Grande-Bretagne finissent par appauvrir l’Inde, bien que les importations depuis la mère patrie demeurent plus importantes que les exportations.

Les origines d’une révolution culturelle (1800-1850)

Contrairement aux autres peuples envahisseurs, les Britanniques ne s’intègrent pas dans la société indienne, ne s’implantent pas de façon durable et conservent leurs mœurs européennes. Les bouleversements économiques liés à la présence européenne en Inde sont à la base du lent processus de désintégration de l’ancienne société indienne fondée sur le système de castes et l’autarcie de la communauté villageoise.

Le mouvement missionnaire chrétien est un des principaux agents de l’éducation occidentale en Inde mais aussi un puissant facteur de fission du noyau culturel indien traditionnel. Profitant de la perte de puissance du prosélytisme musulman, uniquement fondé sur la religion, catholiques et protestants britanniques fournissent une éducation occidentale diversifiée, laïque et universelle que les peuples indiens peuvent assimiler sans renoncer à leurs propres fois religieuses. L’enseignement est donc un facteur essentiel de la transformation sociale et va favoriser le développement d’une bourgeoisie fournissant la plupart des cadres administratifs, indispensables à la création d’un Etat moderne.

Au XIXe siècle, les Britanniques s'efforcent de condamner les abus les plus significatifs de la société indienne, ce qui facilite leur assimilation par les populations indiennes.

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