Histoire du Canada de 1815 à 1931 : la domination britannique

L'histoire de la colonisation canadienne révèle la multiplicité des enjeux et des luttes entre Français et Britanniques, dès la fin du XVIIIe siècle.
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Après avoir remporté la guerre de Sept Ans, les Britanniques prennent possession du Canada, mais doivent faire face à une forte présence française. Les heurts et les difficultés pour organiser la colonie sont nombreux et freinent la main-mise des Britanniques sur les territoires canadiens.

Les origines des colonies britanniques

En 1763, le traité de Paris met fin à la guerre de Sept Ans entre la France et l’Angleterre et confirme la cession de la Nouvelle-France à l’Angleterre. Les Britanniques doivent alors y composer avec une population française et catholique pour établir un régime politique stable et souverain. Leur stratégie est d'assimiler les Canadiens aux autorités coloniales britanniques en leur imposant la conversion au protestantisme et l’abandon des lois civiles françaises, processus qui se révèle être un échec.

Une dizaine d’années plus tard, en 1774,le Parlement de Londres adopte un nouveau régime constitutionnel pour le territoire du Québec qui reconnaît les particularismes de la région. La colonie britannique du Canada est née.

Colonies d’exploitation et de peuplement

Après une vague d’émigration américaine dans les années 1780, le Canada connaît, au début du XIXe siècle, une croissance démographique favorisée par l’arrivée de colons des îles britanniques. Les deux ressources principales du Canada sont alors les fourrures et la pêche, souvent aux mains de quelques puissants marchands contrôlant l’exportation et la commercialisation des produits. Mais, bientôt, une nouvelle activité commerciale se développe fortement: le bois, dont les ressources sont exceptionnelles grâce à l’immensité des forêts. Ainsi, l’exploitation forestière permet en grande partie l’essor commercial et économique du Canada. La construction navale britannique se développe, entre autres, grâce à cette exploitation.

L’émergence du commerce avec la Grande-Bretagne et l’essor économique du Canada ne doit toutefois pas faire oublier que l’unification des territoires canadiens est ralentie par les revendications des francophones et les tensions qui se créent avec eux. Le point d’orgue de ces tensions se manifeste dans les années 1830, lorsque francophones et anglophones s’opposent sur la question de l’autonomie politique des Canadiens français. Une crise politique bloque l’ensemble des institutions. En 1837, une campagne d’assemblées publiques patriotes conduit à l’arrestation des principaux chefs francophones et à des affrontements avec les troupes britanniques. Puis, un an plus tard, une nouvelle rébellion française naît se solde, comme la précédente, par une répression sanglante. Enfin, en 1840, un Acte d’Union du Haut-Canada et du Bas-Canada est signé et met en position d’infériorité ce dernier qui, bien que supérieur en population, obtient un nombre de députés et de conseillers législatifs équivalent à celui du Haut-Canada anglophone.

La réorganisation des territoires américains

L’Acte d’Union qui place les francophones en minorité politique ne met pas fin aux tensions; une redéfinition des relations impériales est alors nécessaire. La Grande-Bretagne décide de sortir de son modèle économique mercantiliste bicentenaire pour développer le libre-échange. Le Canada profite de la situation pour augmenter ses exportations vers la Grande-Bretagne, mais surtout vers le voisin américain en plein essor. Les relations avec l’Empire sont également améliorées par l’accroissement de l’autonomie politique canadienne.

L’Union va favoriser, avec la participation de Londres, toute une série de mutations sociales, économiques et politiques que les nouvelles capacités financières peuvent mener: construction de routes, d’édifices publics, de canaux… L’accent est porté sur le développement des transports pour favoriser le déplacement des marchandises et l’essor du commerce.

Les autres colonies britanniques canadiennes ne faisant pas partie de l’Union de 1840 sont souvent administrées par des Compagnies commerciales (Compagnie de la Baie d’Hudson) et se développent grâce à ces activités. Elles témoignent de la disparité des possessions britanniques en Amérique du Nord.

Plusieurs évènements vont conduire à la réunion de ces territoires et à une Confédération, même si l’idée n’est pas évidente de prime abord. Grâce à l’expansionnisme américain, aux tensions ravivées par la guerre de Sécession ou à la détérioration du climat politique canadien, le Canada s’affirme de plus en plus, si ce n’est comme une nation souveraine, du moins comme une colonie autonome. Ainsi, en 1867, le Parlement britannique adopte l’Acte de l’Amérique du Nord britannique qui crée le dominion du Canada. Ce dominion se constitue désormais de quatre provinces (Ontario, Québec, Nouveau-Brunswick, Nouvelle-Ecosse) disposant chacune d’une Assemblée législative et d’un gouvernement distincts. Au-dessus de ces structures, se trouve un Parlement fédéral bicaméral (Chambre des communes élective et Sénat nommé à vie) dont la représentation entre les provinces est proportionnelle à la population.

Les débuts de la Confédération (1867-1896)

Le premier et énorme chantier est d’unifier l’immense territoire canadien et de l’associer au gouvernement fédéral. La construction exceptionnellement rapide, entre 1880 et 1885, d’une ligne de chemins de fer reliant l’Atlantique au Pacifique y participe pleinement. L’unification intérieure par le train est un facteur primordial, comme dans beaucoup d’autres colonies britanniques, de la politique économie du gouvernement fédéral des premières années d’exercice.

La croissance économique et l’essor démographique sont freinés par l’immigration massive vers les Etats-Unis, entre 1867 et 1896, mais l’économie continue sa marche en avant. La cohésion politique, reléguée au second plan après le développement de l’économie, demeure un enjeu essentiel de la construction canadienne et l’ensemble des leaders politiques s’attachent à réduire les tensions politiques et pratiquent souvent l’art du compromis.

Cette unification fédérale ne vise pas seulement à faire cohabiter anglophones et francophones puisqu’il s’agit également d’y intégrer les populations indiennes autochtones. Un processus d’acclimatation aux pratiques agricoles et de «civilisation» des tribus amérindiennes consiste alors à faciliter l’occupation agricole à l’Ouest et à anéantir culture et mode de vie amérindiens. Mises en œuvre pour accélérer l’unification du territoire et l’essor économique du Canada, ces pratiques, si elles ne revêtent pas la violence systématique du voisin américain, conduisent au même résultat: la destruction de la culture amérindienne.

L’attachement à la mère patrie, la Grande-Bretagne, aux bonnes manières anglaises, aux valeurs victoriennes, à l’héritage britannique, à la morale religieuse se manifeste dans toutes les couches sociales canadiennes. C’est une autre constante qui revient régulièrement dans les mœurs et pratiques des colonies britanniques de peuplement blanc.

La grande expansion (1896-1929)

Au début du XXe siècle, une nouvelle vague d’immigration permet un nouvel essor démographique du Canada, alors que les deux phénomènes avaient été nettement freinés depuis les années 1890. L’Ouest en profite particulièrement et connaît une expansion vertigineuse dans de nombreux domaines: culture du blé, élevage, transports ferroviaires… même si l’Est n’est pas en reste: hydro-électricité, mines, électro-chimie… Ainsi, la production manufacturière continue son développement et connaît même, dès cette période, une croissance rapide, appuyée par une forte demande intérieure et une urbanisation galopante. Ce développement économique est orchestré par quelques grands capitalistes de Montréal et de Toronto.

La Canada dépend alors beaucoup des capitaux étrangers : britanniques avant la guerre, américains par la suite. Le pays, très dépendant de l’extérieur, sera en première ligne lors de la crise des années 1930.

L’immigration grandissante du début du XXe siècle est un des facteurs de la rapide construction canadienne. Beaucoup d’Européens, britanniques ou non, s’expatrient vers le Canada pour fuir les difficultés et les persécutions du Vieux Continent mais aussi pour son attrait économique immense.

La dépendance extérieure, et notamment américaine, que nous avons déjà évoquée se manifeste également dans d’autres domaines que la finance et le commerce puisque, durant l’entre-deux-guerres, comme c’était déjà le cas au siècle précédent, la culture américaine et le média de masse qu’est le quotidien s’imposent dans tout le Canada. Malgré l’unification politique et l’affirmation de la nation canadienne, les oppositions entre francophones et anglophones quant aux rapports avec la Grande-Bretagne continuent de se manifester. D’un côté, le Québec est partisan d’un nationalisme canadien, tandis que les anglophones manifestent leur profond attachement à l’Empire britannique. Le Canada apparaît donc divisé au moment de son entrée en guerre aux côtés de l’Angleterre, mais son implication et son dévouement dans le conflit mondial ne peut pas être remis en cause.

Bilan des rapports canadiens au colonialisme

La complexité de l’histoire canadienne repose sur la présence de deux peuples fondateurs: Français et Anglais. Même si nous ne devrions pas écarter les populations amérindiennes, force est de constater que ces dernières ont été mises à l’écart de la construction fédérale du pays. Le Canada sera, à plus d’un titre, par la composition de sa population, un banc d’essai des solutions adaptées ultérieurement à l’ensemble du monde britannique.

L’histoire de la construction d’une unité politique canadienne révèle la recherche permanente de compromis et de reconnaissance mutuelle entre francophones et anglophones. Cette construction symbolise le triomphe de l’opportunisme.

Une souveraineté constamment partagée entre Ottawa et Londres a certainement favorisé l’émergence rapide d’un désir d’autonomie mais aussi l’affirmation d’un Etat canadien fort. Au Canada, le fédéral a primé sur les pouvoirs des provinces, participant ainsi à la création d’un Etat central plus puissant qu’aux Etats-Unis et à la reconnaissance d’un héritage colonial.

Au tournant du XXe siècle, les rejets répétés d’institutions impériales par le Canada font ressurgir l’idée d’un isolationnisme inspiré par le voisin américain: conscription adoptée seulement en 1917, construction de navires de guerre… La guerre fut, comme dans les autres colonies britanniques «blanches», un facteur déterminant pour l’émergence de l’indépendance canadienne: le Canada siège au cabinet de guerre impérial dès 1917 et le Premier ministre canadien est présent à la Conférence de la paix en 1919, par exemple.

En 1931, le dominion canadien devient indépendant mais va subir l’influence d’un nouveau modèle: les Etats-Unis. Pour preuve, dès les années 1920-1930, plus de 90 % de la population canadienne se concentre alors le long des frontières américaines.

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