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STÉPHANE MATCHEU

Publié dans : Les articles Culture de Stéphane Matcheu

Creed, the legacy

L'univers de Rocky Balboa revient cette fois-ci entre les mains du fils d'Apollo Creed dans un film qui lui est consacré.

Cela fait 31 ans maintenant qu'Apollo Creed s'est envolé du ring par les punchs dévastateurs de la machine à tuer soviétique Ivan Drago dans Rocky IV réalisé par Sylvester Stallone et rythmé par le fulgurant Live in America de James Brown. Cette fois-ci, son fils prend les gants et prépare son trône.

D'ordinaire un projet de spin-off ou de séquelle germe souvent dans la tête des producteurs et des commerciaux qui désirent étendre des univers déjà existants pour s'assurer une réussite au box office. Or la démarche vient du réalisateur lui-même, Ryan Coogler, déjà auteur d'un film remarqué, Fruitvale Station sur la mort du jeune Oscar Grant interprété par Michael B. Jordan qui se glisse dans la peau du fils d'Apollo Creed. L'intention de creuser une nouvelle ligne narrative sur le tombeau d'un personnage peut troubler sur l'utilité de lui accorder une présence dans le même espace que le légendaire Rocky. Or, la réalisation de Coogler épouse les mêmes ambitions de son personnage, travailler son identité afin de lui donner une légitimité d'être Adonis Creed sur le ring et dans la vie. 

Au début, il n'est qu'Adonis Johnson, le fils illégitime qui porte la lourde figure d'un père absent, né d'une relation adultère après sa mort. Si l'on se réfère à la mythologie grecque pour lesquels père et fils portent des prénoms grecs, Adonis est le fruit d'une relation incestueuse entre un père et sa fille. Bébé, il fut caché dans un coffre par Aphrodite qui le confia à Perséphone, la reine des enfers. Prise de curiosité, elle ouvra le coffre, trouva le bébé et décida de le garder auprès d'elle aux Enfers. Devenu son amant, Perséphone reçoit la visite d'Aphrodite réclamant le retour d'Adonis. Le film suit une trame assez similaire pour l'introduire avant qu'il ne prenne son envol dans les rues de Philadelphie à la recherche d'un cadre pour aiguiser ses poings. 

Détaché de l'image forte du voyou, il ne manque de rien et laisse tomber une belle situation professionnelle, Adonis, désorienté par ses origines, cherche un ancrage à sa vie et la boxe résume à elle seule ce que sera sa vie. Toutefois, se comportant comme un loup assoiffé de reconnaissance, il va tomber à plusieurs reprises et se relever afin de reprendre un nom qui lui était maudit jusqu'ici. Adonis paraît incontrôlable, la caméra le suit de près pour comprendre ses états d'esprit avant qu'ils ne soient tempérés par un élément majeur.

Creed ou la soif de revanche sur la vie prend une valeur supplémentaire en remettant le personnage de Rocky Balboa sur les rails, lui qui avait si bien terminé sa course dans le film éponyme en 2006. Apparemment, il n'avait pas encore tout donné, lui qui va se joindre au combat d'Adonis pour mieux résoudre le sien. Sylvester Stallone, qui au-delà de ses films d'actions musclés, sait jouer aussi avec sa tête, pose sa carcasse fatiguée et une diction lente au coeur d'une nouvelle dynamique à entretenir mais il demeure empli d'une force mentale qui lui permet d'éduquer le style de jeu de son poulain, possédé sur chaque séquence d'entrainement. Le corps massif de Michael B. Jordan allié à cette rage interne, convainc définitivement de lui faire de la place. 

La bande originale de Rocky se glisse par petites touches. Dès que ces notes arrivent, le coeur bat la chamade désirant voir la victoire pointer le bout de son nez à l'image de cette vigoureuse scène où Adonis encerclé par des motos en furie, la caméra tournant autour de lui, rend hommage à Rocky posé sur le rebord de la fenêtre du gymnase sur le son de Lord Knows/Fighting Stronger de Meek Mill, Jhené Aiko et Ludwig Goransson. La musique, étant moins un accessoire qu'une extension de la force du boxeur, fait frémir et hisser l'excitation d'un spectateur en attente  d'un combat digne des gladiateurs, voir l'entrée intense et réussie de "Pretty" Conlan sur un titre évocateur Don't waste my time de Krept & Konan qui s'avère définitivement être un killer du ring.

Coogler n'entend pas en rester là et entreprend des plans-séquences à la steady cam lors des matchs de boxe qui leur donnent une virtuosité unique en transportant spectateur et personnage dans l'arène pour une fluidité pugilistique. A croire que les acteurs se sont donnés de vrais coups tant les gestes sont vifs et puissants. Si Michael B. Jordan ne connaîtra pas de nomination à la 88ème cérémonie des Oscars d'ailleurs boycotté pour le manque de diversité, Stallone aurait des chances de remporter une statuette bien méritée en tant que meilleur acteur dans un second rôle.

En France, Creed s'est vu rajouter le sous-titre, l'héritage de Rocky Balboa, ce qui n'est pas faux par la présence évidente de celui-ci mais seul Adonis tient les rênes de son destin désormais affranchi de la figure du père et de son tonton pour s'emparer de son nom avec dignité. Tout le film aura été ce parcours identitaire dans le sport et dans la vie croqué avec réalisme par Ryan Coogler qui ne tardera pas à continuer de faire parler de lui pour de futurs projets.

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