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STÉPHANE MATCHEU

Publié dans : Les articles Culture de Stéphane Matcheu

La Cité Rose (2012) de Julien Abraham

Balayer les idées reçues sur la cité en y insufflant un regard neuf ? C'est le pari tenu du premier film de Julien Abraham mené avec beaucoup de vigueur.

Des tours, du béton et des âmes

Le champ cinématographique s’est emparé à plusieurs reprises de cet espace social qu’est la cité pour sculpter dans le bitume des œuvres fortes qui résonnent encore dans les têtes.

À la mémoire du spectateur d’énumérer ce que le cinéma français a pu produire autour de l’univers de la cité.

Aujourd’hui, à la Cité Rose, premier film de Julien Abraham, d’ouvrir ses portes sur grand écran et de livrer ce qu’elle a dans le ventre.

Verdict, ce qu’elle dégage de l’intérieur aura de quoi surprendre plus d’un. Pris directement dans la toile d’une chronique juste et sans fard dans une vie de cité, le film se pare des meilleurs atouts (scénario solide, cadres soignés et intelligence du propos) en dépoussiérant au karcher les idées reçues tant alimentées et perverties par le prisme des médias pour proposer une vision nettement plus équilibrée où le positivisme se dispute au réalisme sans trainer les horribles boulets du misérabilisme.

L’histoire se concentre sur trois personnages de cette cité basée à Pierrefitte-sur-Seine, qui inspirés par une quête individuelle, vont devoir se créer leur parcours du combattant pour atteindre l’amour, le pouvoir et la réussite sociale.

The World is mine

Représentants de la ligne du temps que le scénario va suivre dans leurs moindres déambulations, Mitraillette (l’enfance), Isma (l’adolescence) et Djibril (la vie d’adulte) vont mettre les moyens pour y arriver non sans quelques désillusions assénées par la vie.

Et si la Cité Rose reste une source énergisante pour les personnages confortés dans leurs positions (Narcisse avec sa bande et surtout Isma intronisé comme un roi du haut de sa tour par les plans en plongée et contre-plongée), elle a aussi son envers du décor qui freine les aspirations désirées (Djibril, l’étudiant en droit veut couper ce cordon qui le relie à elle) et condamne ceux qui ne respectent pas son code.

Le scénario soucieux des trois actes bien distincts (introduction – développement – conclusion) unis par la voix off de Mitraillette, s’arme d’une bonne tension dramatique dont sa température évolue sensiblement et vient rappeler à petit feu l’enjeu exposé dès la scène d’ouverture que l’ambiance, aussi belle soit-elle, faisait oublier au fil des péripéties.

Ces mêmes péripéties sont émaillées de séquences bien senties où le trouble identitaire a eu son lot de conséquences vicieux sur les esprits. Du mythe des origines de nos fameux Gaulois enseigné à la diversité d’une classe à la crise de victimisation aiguë (sans oublier la sectarisation d'autrui qui démontre qu'il n'y a pas de couleur pour préjuger), ce sont autant de scènes malignes qui dynamitent les clichés et rendent le rose de cette cité très nuancé.

Amazing Grace

Tous les acteurs, illuminés par un travail de la photo saisissant lors des séquences extérieures, est à saluer. Le jeune Azize Abdoulaye Diabaté brille de mille feux et ses partenaires sont au diapason avec leurs scènes (Idrissa Diabaté passionné, Steve Tran imposant, David Ribeiro fascinant, Mohad Sanou irascible, Juliette Lamboley blessée, etc.) sur une bande son éclectique et surprenante.

A entendre pour les oreilles, du son Lo-fi du groupe de rock californien Best Coast s’invite sur une séquence pour exalter cette ivresse de la jeunesse plutôt bien rendue.

Sortie prévue le 27 mars 2013, la Cité Rose fera une visite guidée pour tout le monde afin de partager un nouveau regard grâce à la sincérité du projet alliée à la force de la mise en scène.

La Cité Rose (2012), France, 97 min, couleur

Réalisation : Julien Abraham

Scénario : Jimmy Laporal-Trésor, Zackarya Dk et Julien Abraham

Directeur de la photographie: Julien Meurice

Montage : Scott Stevenson

Producteur : Nicolas Blanc

Coproducteurs: Kwami Abidonou, Thibault Abraham, Sadia Diawara

Avec : Azize Abdoulaye Diabaté, Idrissa Diabaté, Ibrahim Koma, Ismael Ouazzani, Juliette Lamboley, Anaïs Bégué, David Ribeiro, Steve Tran, Neva Kehouane, Diouc Koma, Marie-Philomène Nga

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STÉPHANE MATCHEU

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