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STÉPHANE MATCHEU

Publié dans : Les articles Culture de Stéphane Matcheu

Spartacus : Blood and Sand

La fin définitive de Spartacus sur la chaine américaine Starz, nous amène à revoir sa saison 1 faite de chair et de fureur pour un résultat singulier.

Sang et honneur

Jamais une série n’aura atteint le sommet d’un kitsch absolu où ses défauts les plus apparents sont aussi ceux qui rendent la vision de l’œuvre presque inclassable. Le mariage improbable du jeu vidéo, du gore et de l’érotisme se célèbre naturellement à Rome, ville de tous les excès, qui va rendre chaque parcours de ces esclaves condamnés à se battre, glauque et mirobolant.

A l’image des adjectifs antagonistes qui s’aventurent à définir l’esthétisme de la série dans les fracas offerts par l’Histoire, Spartacus : Blood and Sand en grande fleur qui laisse éclore un savoir-faire des plus alléchants, se réclame sans conteste de la vision du film 300 de Zack Snyder à un seul détail près : la série exacerbe toutes les pulsions là où le film s’est arrêté à l’économie d’une violence bien magnifiée.

Surabondance de ralenti à chaque coup porté, flot ahurissant de sang jaillissant, bande sonore rock’n’roll et présence à 90% du fond vert pour rendre l’éclat aux décors désuets de Rome, le genre péplum s’offre un nouveau lifting proche d’un amalgame de rêve exotique écorché par des tranches d’atrocité inextinguibles.

Le péplum 2.0 s’impose et le concepteur de la série, Steven S. DeKnight, suivi de près par le duo de producteurs Sam Raimi et Robert Tapert, ne rate pas la moindre occasion de l’étaler visuellement, quitte à s’affranchir des codes d’un genre qu’il fortifie pour s’évader vers d’autres terrains plus ou moins incongrus (combat avec vues intérieures du casque des adversaires en mouvement popularisé par le film Iron Man, épisode 3).

Le rebelle sans nom

Concernant l’histoire, elle se déroule en 75 av. après JC où les armées romaines sous la coupe du légat Claudius Gaber doivent repousser les Gètes, un peuple sauvage qui dépouille tout ce qui bouge. Ayant sollicité la collaboration des soldats des peuples voisins, les Thrace, ceux-ci sont vite trahis par les intérêts du légat.

Un homme de Thrace s’oppose à son plan et se rebelle mais son courage se paie par la perte de sa bien-aimée, violée et vendue comme esclave et de sa propre captivité. Jeté dans l’arène face à quatre gladiateurs par Glaber qui se réjouissait d’une mort certaine, l’homme de Thrace s’en sort avec les faveurs de la foule qui pousse Quintus Lentulus Batiatus à l’acheter en tant qu’esclave pour le former dans son ludus (école en latin).

Morituri te salutant

A l’image de la beauté de ces gladiateurs qui s’enorgueillissent du culte du corps au lieu de celui de la raison, la série suit le même chemin en voulant monopoliser l’écran pour les plastiques qu’elle entretient dans ses joutes violentes et ses rations de sexes enchainées avec beaucoup d’appétit pour oublier la part d’âme essentielle. Heureusement, Andy Whitfield (décédé en 2010), majestueux dans le rôle de Spartacus qui orné d’une voix grave, fait état de toute la grandeur et l’intelligence allouées à cette figure historique à un détail près intéressant, l’homme de Thrace au nom inconnu se voit attribuer le nom de Spartacus et ses efforts pour révéler son vrai patronyme sera toujours coupé habilement par ses interlocuteurs.

A côté de lui, Crixus, le Gaulois champion de Capoue, crée de l’intérêt par son développement sentimental à la servante Naevia malheureusement concurrencée par le corps de Lucretia et le désir d’Illythia. Batiatus, le propriétaire du ludus aspirant à la politique (John Hannah, déterminé et terrifiant), fait preuve d’une grande perfidie pour arriver à ses fins non sans quelques dommages collatéraux (la mort inutile d’un gladiateur de Carthage) et coup de maître savoureux (l’épisode 11, Old wounds, où il se débarrasse stratégiquement de deux adversaires).

Femmes vicieuses

A cet art de la manipulation, les femmes, objets du désir à première vue, détiennent leur diplôme en duperie pour asseoir leur emprise et tirer profit des éléments pour s’élever dans la société (Lucretia), satisfaire une vengeance (Illythia) ou protéger les êtres aimés (la servante Naevia). A ce jeu là, Lucretia a pris un énorme avantage sur Illythia, humiliée de plus belle par une scène qui aura de quoi retourner les esprits dans l’épisode 9 au titre très précis Whore.

C’est dans le sang et la douleur que la légende de Spartacus va prendre vie en organisant sa rébellion pour la liberté et la série, détachée de toute censure sur sa conception artistique, s’en donne à cœur joie dans la mise à nu au sens radical de ses protagonistes dans une époque où la débauche de violence et de sexe était déjà à son comble.

Spartacus : Blood and Sand saison 1 (2010-2011), 12 épisodes x 50 min, vost, couleur

Créateur : Steven S. DeKnight

Réalisateurs : Grady Hall, Michael Hurst, Rick Jacobson, Chris Martin-Jones, Glenn Standring, Jesse Warn et Rowan Woods.

Scénaristes : Tracy Bellomo, Andrew Chambliss, Steven S. DeKnight, Dan Filie, Brent Fletcher, Aaron Helbing, Todd Helbing, Daniel Knauf, Miranda Kwok et Patricia Wells.

Musique : Joseph LoDuca

Production : Steven S. DeKnight, Joshua Donen, Paul Grinder, Grady Hall, Daniel Knauf, Charles Knight, Aaron Lam, Keith MacKenzie, Sam Raimi, Chloe Smith et Robert Tapert.

Avec Andy Whitfield, John Hannah, Peter Mensah, Manu Bennett, Nick E. Tarabay, Viva Bianca, Jai Courtney, Lesley-Ann Brandt, Erin Cummings, Craig Walsh Wrightson, Katrina Law, etc.

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STÉPHANE MATCHEU

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