Susanna la perverse (1950) de Luis Buñuel

Un Buñuel peu connu qui gagne à être découvert par l'atmosphère charnel instauré par une femme fatale.

Un film rare de Buñuel qui traite de la perversion d’une blonde volcanique semée dans une famille bourgeoise vaut vraiment le coup d’œil.

Susana, vingt ans, s’échappe de sa maison de redressement un soir de pluie et se fait accueillir dans la famille de Don Guadalupe et sa femme, Dona Carmen. Employée comme domestique, Susana ne va pas s’en tenir qu’à ce rôle, elle va faire tourner les têtes des mâles jusqu’à l’obsession.

Belle, sauvage, effrontée, le mal revêt le visage d’une super femme qui n’a rien de mieux à faire que de semer la discorde, jouer avec le feu et le cœur des hommes, pressée comme il se doit pour les tenir en laisse.

Debout, le fils de Dona Carmen, Alberto, regarde par la fenêtre de sa chambre cernée de barreaux, Susana. Un prisonnier du cœur évident. Son père rouspète contre sa femme à plusieurs reprises, désorientée par la présence de Susana et ses sentiments éveillés. Un deuxième prisonnier. Le troisième plus viril, Jésus, prêt à commettre un viol s’il le fallait, détient une information qui légitime son chantage.

Si le happy end est de rigueur, Buñuel met le foyer en danger en exaltant les pulsions enfouis de chacun des protagonistes. Don Guadalupe cède aux charmes de Susana, Dona Carmen se révèle masochiste en fouettant avec bonheur Susana (gros plan bien éclairé de la satisfaite Carmen) et Alberto vit son conflit d’Œdipe.

Susana la perverse jette sans attendre de l’huile sur le feu

Susana à tout prix gagnerait à être un bon titre mais Susana la perverse jette sans attendre de l’huile sur le feu et ne ment pas sur la marchandise. Sa présence bloque à elle seule l’évolution de la famille coincée dans des micro-narrations, la maladie de la jument (la Lozana) et la pluie. S’ajoutent de jolis effets macabres sur la personnalité entretenue par Susana, celle d’un parasite indésirable. Une chauve souris, des rats, une araignée logent dans sa cellule insalubre frappée d’illumination par le reflet de sa fenêtre en forme de croix christique.

Epatant de fondre le bien et le mal pour aider un corps en détresse qui suscite un panel de vice accru à chaque regard. Précisons qu’elle voulait juste fuir sa cage et non devenir une sainte-nitouche impossible à appliquer sur son corps indécent. Felisa, la servante pas dupe, a reconnu le mal et Dona Carmen s’est trouvée dépassée par la situation et frustrée sentimentalement et, n’en doutons pas, sexuellement.

Par sa rareté, le film tourné dans les fameux studios Churubusco souffre d’imperfections techniques liées au matériel d’origine.

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