D'où vient la crise de la dette en zone euro ?

Au cours de l'année 2011, la zone euro s'est retrouvée dans une tourmente financière inédite fragilisée par la crise des dettes publiques.

Les pays périphériques de l’Union européenne ont été lourdement affaiblis par l’importance de leurs dettes souveraines. La Grèce a particulièrement été affectée, ses dettes représentant 150% de son PIB soit 350 milliards d’euros. Le pays s’est retrouvé dans l’incapacité de rembourser ses créanciers et son insolvabilité a entraîné d’importantes répercussions sur d’autres pays européens.

D’où vient la crise de la zone euro ? Comment un petit pays de 11 millions d’habitants représentant 2% du PIB de la zone euro a-t-il participé à la fragilisation du système bancaire européen et comment a-t-il mis en péril l’économie de plusieurs pays? Quel futur peut-on espérer pour la zone euro alors que les perspectives de croissance économique restent moroses pour 2012 ?

Des dettes privées aux dettes publiques

C’est au début des années 2000 que les dettes, non seulement la dette privée mais aussi la dette publique, connaissent un emballement dans de nombreux pays. Ce phénomène, né d’une bulle immobilière, participera au déclenchement du krach de 2008 et entraînera plus tard une récession touchant l’ensemble de la planète.

La bulle immobilière s’est formée de prêts hypothécaires à risques accordés aux ménages modestes dans les années 2000. Ces crédits dits subprimes vont inciter les ménages à emprunter d’autant plus que les taux directeurs sont très bas aux Etats-Unis entre 2003 et 2004.

Les banques proposent à leurs clients des titres dont une partie sert à alimenter le marché des crédits immobiliers à risques. Cependant, les ménages peu solvables se retrouvent dans l’impossibilité de rembourser leur crédit. Les prix de l’immobilier vont alors s’envoler. En France, les prix vont augmenter de 139% entre 1997 et 2007 et de 171% aux Etats-Unis.

Alors que les créanciers ne peuvent plus récupérer leur argent, une forte méfiance s’installe sur ces produits mais aussi sur le système bancaire en général susceptible d’être contaminé par ces dérivés de crédit.

Cette perte de confiance dans le système financier entraînera une chute des marchés boursiers à l’été 2007. Les relations interbancaires, nourries par cette méfiance, vont alors se refroidir et les banques du monde entier vont se retrouver en difficulté. La banque d’investissement Lehmann Brother est la première à payer les conséquences de la crise, elle fera faillite en septembre 2008.

La dépréciation de la valeur de ces actifs liés aux subprimes a entraîné une chute des capitaux propres des banques. Une crise de la liquidité va également affecter les banques alors que de nombreux retraits de fonds ont lieu.

En Europe, 1 700 milliards d’euros doivent être débloqués pour recapitaliser, refinancer ou nationaliser les banques. Aux Etats-Unis, l’Etat rachète 700 milliards de dollars d’actifs à risque.

La crise de la liquidité et la sous-capitalisation du système bancaire, préoccupante pour l’économie, aboutie en 2008 à une crise de solvabilité puis à un krach boursier. En France, l’indice CAC 40 va ainsi perdre 22 % de sa valeur en une seule semaine seulement.

Les crédits bancaires vont se raréfier entraînant un ralentissement économique. De plus, l’Etat va être dans l’obligation d’intégrer une partie des dettes privées.

En 2011, les dettes publiques des pays avancés atteignent en moyenne 100% du PIB, 30 points de plus que quatre ans auparavant. Les soutiens au secteur financier représentent environ 5% du PIB des pays avancés.

Des Etats pris au piège

L’Irlande est le premier pays européen à être touché par la crise des subprimes . En 2010, le pays fait face à une grave crise bancaire et plusieurs de ses banques au bord de la faillite doivent être renflouées.

En septembre, l'Irlande doit aider ses banques et en conséquence augmenter considérablement son déficit public. Le pays est dépassé et est contraint de demander de l’aide à l’Union européenne. Un plan de sauvetage est donc mis en place et le FESF ( Fonds européen de stabilité financière ) prête 80 à 90 milliards d'euros au pays.

Après l’Irlande, les craintes de contagion de la crise de la dette vont se porter sur le Portugal et l’Espagne. L’économie espagnole est fragilisée par le poids de l’endettement immobilier. Avec la flambée des prix de l’immobilier, les ménages espagnols ont des difficultés à rembourser leurs prêts. L’une des principales raisons est que la majorité de ces prêts sont à taux variable.

En 2010, la Grèce va également être frappée par la crise. Cependant, les raisons sont différentes. Le pays, qui est entré dans la zone euro avec des comptes publics faussés, va annoncer en 2010 un déficit en réalité deux fois plus élevé. L’Europe découvre que son économie souterraine est alors estimée à 20% de son PIB et que l’évasion fiscale fait perdre jusqu’à 30 milliards d’euros à l’Etat chaque année. Les marchés paniquent en apprenant la nouvelle et le spread, qui représente la différence entre le coût de la dette grecque comparé au taux allemand, monte en flèche.

Le pays va alors obtenir un premier plan d’aide financière et proposer un plan de réduction de son déficit, cependant, celui-ci ne suffira pas. Les marchés perdent confiance et les créanciers du pays doutent de la capacité de la Grèce à rembourser sa dette publique représentant 120% de son PIB. Une nouvelle tempête boursière survient à l’été 2011.

Les rendements des obligations souveraines vont alors augmenter dans l’ensemble des pays européens y compris la France qui détient 11% de la dette grecque. Les agences de notation décident de dégrader la note de plusieurs pays européens dont la Grèce. L’agence Standard & Poor’s abaisse la note du pays de trois crans, en faisant le pays le plus mal noté au monde.

Les tensions vont se propager dans le système bancaire de la zone euro car certaines sources de financement se sont taries. Les banques ont davantage de difficultés à accéder au financement à long terme. Les PME et les ménages accèdent de plus en plus difficilement au crédit car les banques ont du mal à financer leurs actifs ce qui entraîne une augmentation des risques de crédit.

La dégradation de la situation financière pousse les pays à prendre de nouvelles mesures. Mais la prise de mesures visant à réduire les déficits publics s’annonce plus lente que prévu.

Que peut-on attendre pour le futur ?

Après une série de sommets européens infructueux, les pays de la zone euro ont finalement signé un pacte de discipline budgétaire visant à résoudre la crise de la dette. Le pacte de stabilité implique le respect de certaines règles d’or dans la constitution des Etats européens. Il vise à restaurer l’équilibre des comptes publics et à renforcer la discipline budgétaire au sein de la zone euro. Il est également destiné à rétablir la confiance sur les marchés financiers.

Certains pays européens ont été contraints d’adopter des mesures d’austérité sévères pour assainir leurs finances publiques. C’est le cas de la Grèce, qui a mis en place un important plan de rigueur de 30 milliards d’euros d’économies sur trois ans.

En contrepartie, l’Union européenne a débloqué un deuxième plan d’aide pour la Grèce. Alors que les marchés anticipaient une faillite du pays, la Grèce disposera de 130 milliards d’euros de prêts pour se financer jusqu’en 2014. Le pays bénéficiera également d’une opération de restructuration de sa dette qui se traduira par un effacement de 107 milliards d’euros de dette privée. La restructuration de la dette grecque a permis de rétablir la confiance sur les marchés et a dissipé le risque d’un éclatement de la zone euro.

La Banque centrale européenne joue également un rôle central dans la résolution de la crise de la dette. Au premier trimestre, elle a injecté 1000 milliards d’euros de liquidités pour 3 ans dans le système bancaire ce qui a permis d’apaiser la crise des dettes en Grèce et en zone euro. Cependant, l’offre de refinancement à long terme (LTRO) de la BCE commence à montrer ses limites.

Dans le futur, les dirigeants européens se sont engagés à mettre en place des garanties plus importantes pour le financement des Etats et pour maintenir un flux de crédit suffisant vers l’économie. Les pays de la zone euro se sont mis d’accord pour renforcer leur pare-feu financier afin de se protéger des soubresauts de la crise. L’Union européenne dispose désormais d’un montant de 800 milliards d’euros dont 300 milliards sont alloués à la Grèce, à l’Irlande et au Portugal.

L’espoir reste que les interventions de la BCE et la mise en place effective des moyens du FESF finissent par résorber la situation.

Cependant les marchés restent prudents vis-à-vis du sauvetage de la Grèce qui pourrait avoir d’importantes répercussions sur le système bancaire européen ainsi que sur d’autres pays de la zone euro. En France, la crise de la dette grecque, aura coûté près de 7 milliards d’euros aux cinq grands groupes bancaires français. De plus, il faudra au moins vingt ans à la Grèce pour que sa dette se retrouve sous le seuil des 60% décidé par le pacte de stabilité. Lucas Papadémos le Premier ministre grec a, par ailleurs, déclaré qu’un troisième plan d’aide n’était pas exclu.

De plus, certains pays pourraient avoir des difficultés à mettre en place leur programme de réduction budgétaire. L’Espagne, qui est entré en récession en mars 2012, en est l’exemple. Des milliers de personnes ont récemment manifesté contre un budget 2012 des plus austères. Le gouvernement espagnol prévoit des coupes sévères pour économiser 27 milliards d’euros. L’endettement du pays pourrait atteindre 79,8% du PIB. De plus, l’Espagne comme le Portugal sont affaiblis par leurs collectivités territoriales au bord de la faillite.

L’Irlande, le Portugal et la Grèce sont les trois pays de la zone euro à bénéficier d’une aide européenne. Cependant, seul l’Irlande voit une amélioration conjoncturelle. La situation reste fragile au Portugal où 70% de la dette municipale est détenue par les banques nationales ou en l’Italie où le Premier ministre Mario Monti doit faire face à une résistance de la population.

Les dernières statistiques montrent que la reprise économique reste critique en zone euro. Le taux de chômage au sein de la zone euro a atteint 10,8% au mois de février soit le niveau le plus haut depuis la création de la monnaie unique en 1999.

La contraction de l’activité manufacturière en mars fait craindre un retour en récession pour les pays de la zone euro. La confiance des consommateurs et des entreprises est jugée médiocre. De plus, en 2011 le taux d’épargne a été au plus haut depuis trente ans en France. Une situation qui fait peser une réelle menace sur la consommation.

La croissance a ralenti considérablement depuis le début de 2011 en zone euro. Pour 2012, trois instituts économiques prévoient une croissance atone et une contraction de 0,2% du PIB de la zone euro pour le premier trimestre. Alors que Standard & Poor’s a annoncé que l’économie de la zone euro pourrait légèrement rebondir à la fin de l’année et en 2013, la zone euro reste proche de la récession.

En pleine divergence à la fois de croissance, d’endettement public et de compétitivité, l'enjeu de la zone euro sera de se doter d'une politique ou gouvernance économique commune qui allie rigueur budgétaire et objectif de croissance.

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