La Twittosphère influence-t-elle les marchés financiers ?

Les médias sociaux tels que Twitter, utilisés par les traders, permettraient d'anticiper dans une certaine mesure les mouvements des marchés financiers.

Les médias sociaux sont-ils visionnaires et peuvent-ils ainsi prédire les mouvements des marchés financiers ? Peut-être pas, cependant une étude démontre que des médias comme Twitter, de plus en plus utilisés par les traders, permettraient d’anticiper dans une certaine mesure les mouvements des marchés plusieurs jours en avance.

Un monde interconnecté

Le Forex est le plus grand marché financier au monde, avec des échanges journaliers équivalents à des billions de dollars. La taille de ce marché peut être attribuée à l’ampleur et au rythme des échanges mondiaux. Le marché des changes nourrit un état de flux constant et réagit aux informations de la macroéconomie et de la microéconomie.

Cette sphère financière très réactive coexiste désormais avec la rapidité des médias sociaux et des mises à jour de statuts. A mesure que la bulle de ces médias grandit, les psychologues s’interrogent sur ce phénomène social et ont commencé à étudier la relation entre la société et la finance.

Les changements mondiaux en temps réel sont une composante intrinsèque des mouvements du marché du Forex. Alors que Twitter documente désormais l’évolution du monde, certains Hedge Funds ont décidé d’intégrer le service de microblogage dans leurs algorithmes. Mais existe-t-il réellement un lien entre l’écosystème que forment les médias sociaux et les variations des marchés ?

Les humeurs de Twitter

Johan Bollen, Huina Mao and Xiao-Jun Zeng , des scientifiques des universités de l’Indiana et de Manchester ont réalisé une étude portant sur la relation entre les marchés financiers et les « humeurs » de Twitter. Le rapport de l’école d’information d’IU Bloomington, judicieusement intitulé « Les humeurs de Twitter prédisent les marchés boursiers », a suscité beaucoup d’intérêt.

Une humeur est un terme discutable, en particulier dans sa non-spécificité. Une humeur n’est pas ici une explosion émotionnelle mais plutôt l’aboutissement d’idées pour suggérer un certain ton. Les chercheurs ont donc entrepris une veille de l’humeur sur Twitter. Ils ont pour cela utilisé deux logiciels que sont l’OpinionFinder, qui sert à désigner les messages positifs ou négatifs et le service Profile of Mood States de Google (GPOMS) qui mesure six catégories d’humeur selon la sémantique: sûr, alerte/vif, heureux, gentil, vital et calme.

Le calme comme passerelle

Avec les outils en place, les chercheurs ont disséqué 9.7 millions de tweets exprimant un sentiment afin de trouver une relation avec les mouvements du Dow Jones Industrial Average (DJIA).

Le rapport indique que les mouvements sur le Dow Jones pouvaient être prédits avec une précision de 87.6 pourcents, entre deux et six jours avant le mouvement actuel.

La prédiction est basée sur le niveau général de « sérénité » au sein de la communauté Twitter. Quand l'humeur générale est morose, les marchés baissent trois à quatre jours plus tard. Quand au contraire, le calme règne, les cours ont plutôt tendance à monter.

On pourrait penser que c’est l’indice qui a un effet sur l’état d’esprit alors qu’il semblerait que ce soit tout l’inverse : le calme et la sérénité font monter les marchés.

Ce qui a intrigué les chercheurs est que sur tous les outils, le calme était l’émotion qui a servi de passerelle entre la finance et la société. Plutôt qu’une simple positivité ou négativité, il semble qu’une nation quantifiable de « sang froid » ou de twittos « détendus » jouent avec les marchés financiers. Pour le moment, seul le « calme » expliquerait donc les variations de l’indice.

L’impact des moteurs de recherches

Une autre étude réalisée par cinq scientifiques européens porte, cette fois, sur les moteurs de recherche comme Yahoo !. Ils ont étudié la relation entre les mouvements des marchés financiers et le nombre de recherches liées aux cent plus grandes sociétés du Nasdaq.

Ces scientifiques ont identifié une « conscience collective » sur Internet. Ils se sont rendu compte qu’il existait une corrélation entre les sociétés les plus recherchées à un instant T et le nombre de titres échangés dans les jours qui suivent.

Des études à relativiser

Le premier rapport parvient à soutenir l’hypothèse que l’humeur globale a un effet domino sur les échanges financiers et peut avoir un impact potentiel sur le Forex ou d’autres actifs financiers. Ce type de modèle de prédiction utilisé pourrait peut-être être intégré dans les modèles de prédiction de négociation afin d’améliorer la précision des résultats.

Toutefois, la nature de ce rapport est à l’état brut et le professeur d’informatique, Johan Bollen a lui-même déclaré que le rapport ne propose « aucune information sur le mécanisme de cause à effet qui pourrait relier l’état des humeurs du public avec les valeurs du DJIA. »

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