Les Noé du monde

Catastrophe apocalyptique et arche salvatrice, les mythologies du monde nous disent que Noé ne serait pas le seul à y avoir survécu.

Le mythe du déluge est répandu à travers toutes les civilisations dans l’histoire. Il n’y a pas un peuple qui ne raconte pas, dans ses légendes, l’histoire d’une catastrophe universelle, d’une inondation ayant eue lieu dans un lointain passé. La chute de cette histoire est inévitablement la survie d’un ou plusieurs groupes de personne. Pourtant, toutes ne comportent pas le symbole de l’arche, où un être supérieur prévient un humain de la catastrophe et l’aide à y survivre. Bien que moins courante, cette composante Noé se retrouve tout de même plus d’une fois. Voici donc une compilation - non exhaustive - des mythes à travers le monde racontant cette histoire.

La Mésopotamie

Considéré comme le berceau de la civilisation, les rives du Tigres et de l’Euphrate auraient vu naître les plus anciennes cultures de l’histoire. Les Sumériens nous ont laissé les premières traces d’écriture, gravées sur des tablettes d’argiles. C’est l’une de ces tablettes qui nous raconte l’histoire de Ziusudra, roi de la ville de Shuruppak et dernier roi anti-diluvien de l’empire de Sumer. Une fois résumé, l’histoire narre ces faits : Les Dieux, An (dieu du ciel) et Enlil (Seigneur de la terre), après avoir créé le monde, les animaux et les hommes, décident d’envoyer un déluge pour détruire l’humanité. Cependant, Enki (le dieu du monde souterrain), en désaccord avec son frère et son père, prévient Ziusudra de l’imminente catastrophe, et lui conseil de construire un bateau pour y survivre. Le roi, choisi pour sa noblesse de cœur, s’exécute humblement, et le déluge arrive. Après une tempête de sept jours, Utu (le dieu Soleil), réapparait. Ziusudra se prosterne devant lui et lui sacrifie un bœuf ainsi qu’un mouton. An et Enlil apparaissent alors, et Ziusudra se prosterne devant leur puissance. En récompense de sa bonne conduite, les dieux décident de lui accorder la vie éternelle.

Les Akkadiens, premier successeur des Sumériens, ont repris ce mythe tel qu’il était, en changeant simplement le nom du héros. Ziusudra devient alors Atrahasis, qui reste pourtant le même personnage.

Les Babyloniens, héritiers des empires de Sumer et d’Akkad, reprennent à leur tour ce mythe dans la célèbre Epopée de Gilgamesh. L’histoire reste toujours la même, mais cette fois Atrahasis devient Utnapishim. Les historiens considèrent aujourd’hui que c’est de cette version qu’a été tirée le Noé Biblique.

L’Indus

L’Inde possède les livres sacrés parmi les plus vieux du monde. Nous pouvons y trouver deux histoires quasiment identiques. La première, dans le Mahâbhârata.

Le héros, Manu (ou Manou), un ermite méditant le long d’une rivière, est dérangé par un petit poisson qui lui demande de le sauver. Il lui supplier de l’aider, car sans son aide il se fera manger par les plus gros poissons. Avec compassion, Manu accepte et place le poisson dans une jarre. Mais le poisson grandit, et demande à être déplacé là où il aura plus de place. Alors Manu accepte et le jette dans un grand réservoir. Mais le poisson grandit encore, jusqu’à remplir le réservoir, et cette fois il demande à être jeté dans le Gange, le fleuve sacré. Manu accepte, mais même là, le poisson continu de grandir. Bientôt même le fleuve n’est plus assez grand, et le poisson dérange encore Manu pour lui demander de l’amener à l’océan. L’ermite, toujours plein de compassion, accepte et l’amène au grand océan. En récompense de son comportement exemplaire, le poisson prévient Manu qu’une catastrophe est sur le point de tout détruire. Il lui donne ainsi des directives pour construire une arche, où il mettra les semences de toutes les créatures, y compris les graines de toutes les plantes. Dans l’arche embarquera aussi les sept Rishis, les sages qui transmettront les Védas. Une fois qu’il aura fini, le poisson lui dit qu’il doit monter dans l’arche et attendre sa venue. Il sera reconnaissable par une grande corne sur sa tête. Après avoir suivi tous les conseils, un poisson avec une corne vient trouver l’arche au milieu de l’océan, et Manu accroche le bateau à sa corne. Pendant que le déluge déferle sur le monde, l’énorme poisson tire le bateau jusqu’au sommet de l’Himalaya. Une fois arrivé, le poisson se révèle être le grand dieu Brahma. Il donne ensuite la responsabilité a Manu de donné vie aux semences de son arche en les imaginants, grâce aux pouvoir de ses ascèses. Ainsi, Manu devint le Père de l’humanité.

Dans le Matsya Purana, un livre plus récent, le poisson n’est plus Brahma mais Matsya, le premier avatar du dieu Vishnu.

La Grèce

La Grèce ancienne par l’intermédiaire de ses auteurs et savants, nous a légué trois version de Déluge, dans l’ensemble mal connu et ayant plusieurs variantes. Le déluge d’Ogygès, celui de Dardanus, et celui de Deucalion. Bien que chaque version narre la survie d’un groupe de personne face au déluge, celle de Deucalion est la seule qui possède réellement la composante Noé . Les versions sont nombreuses mais des éléments communs demeurent.

Deucalion est averti par son père, Prométhée, que Zeus va lancer un déluge afin de produire une nouvelle humanité. Prométhée conseil alors à son fils de construire un coffre, pour que lui et sa femme, Pyrrha, puissent s’y réfugier. Après avoir suivi le conseil, Deucalion et sa femme traverse un déluge durant neuf jours, et finissent par échouer sur une montagne (différente selon les versions). Quand la pluie s’arrête enfin de tombé, Zeus apparaît et Deucalion se prosterne. Le dieu des dieux leur ordonne alors de prendre des pierres et de les jeter derrière eux. Se soumettant, le couple réalise que de chaque pierre jetée par Deucalion naît un homme, et des pierres de Pyrrha naissent des femmes.

L’Iran

Dans l’Avesta, livre sacrée du Zoroastrisme, nous trouvons une description similaire aux mythes du déluge, bien qu’étant la plus originale.

Yima (décrit comme le quatrième grand Roi de la cinquième dynastie du peuple Aryen), est prévenu par le Dieu Ahuramazda qu’une catastrophe, sous la forme d’un hiver malfaisant destiné à tuer toutes les créatures vivantes, est sur le point d’arriver. Des tempêtes de glace et de neige recouvreront le monde, ne laissant aucun endroit à l’abri. Il lui demande donc de construire un refuge souterrain, suivant des caractéristiques spécifiques. Dans ce refuge, Yima devra réunir les meilleurs hommes, les meilleures femmes, ainsi que les meilleurs animaux et les meilleures plantes. Toute créature portant une des marques de l’Esprit Maléfique ne devra pas être acceptée. Yima s’exécuta, plaçant chaque espèce par couple, dans ce refuge où l’eau coule et la lumière brille, de façon à ce que chaque être vivant puisse être heureux en attendant la fin des jours maléfiques, où le monde sera restauré à son état originel.

La Chine

La civilisation Chinoise, vieilles de plusieurs millénaires elle aussi, dispose d’un nombre impressionnant de version du déluge, constamment modifié au fil des siècles. Pourtant, une de leur légende mettant en figure certains des héros les plus importants du panthéon Chinois, raconte une histoire aux échos reconnaissables.

Il est dit que dans un lointain passé, la terre fut terrassé par un grand déluge, auquel seulement le Seigneur Fuxi et sa sœur Nüwa survécu. Terminant leur périple sur la mythique montagne Kunlun, les survivants prièrent l’Empereur de Jade qui règne sur le Paradis. Entendant leur demande, l’Empereur accepta que les frères et sœurs deviennent mari et femme, afin qu’ils puissent repeupler le monde. En plus de procréer, Fuxi et Nüwa utilisèrent de l’argile pour façonner des hommes, auxquelles ils insufflèrent ensuite la vie grâce à leurs pouvoirs.

Amérique du sud

Dans la mythologie aztèque, nous trouvons à travers le texte bien connu de "La légende des Soleils", un épisode encore une fois comparable. Il y est dit que le dernier Soleil, comprenons le dernier monde, la dernière ère, prit fin avec un déluge. Seulement, le dieu Titlacauan avait décidé de sauvé un couple. Dans ce but, il les prévint en leur ordonnant de creuser un tronc d'un arbre afin d'en faire un bateau, et précisa le jours où ils devront s'y réfugier. Le couple en question, nommé Tata et Nene (signifiant littéralement Papa et Maman), obéirent et s'enfermèrent dans l'embarcation avec leur épi de maïs, confié par leur dieu pour pouvoir se nourrir. Le jour prédit arriva et le déluge fit rage, submergeant les plus hautes montagnes et tuant le reste de l'espèce humaine, les transformant en poisson. Quand les eaux se retirèrent, le couple alluma un feu, pêcha un poisson et le fit cuire, ce qui immédiatement déclencha la fureur du grand dieu, qui pour les punir les transforma en chien. S'en suit un épisode de recréation du monde.

Toutes proportions gardées

Les civilisations exposées dans cet article font partie des civilisations mères, à partir desquelles leurs successeurs se sont inspirés, d’où l’immense variation de chaque légende, ici largement résumé à leurs points importants.

Comme dit dans l’introduction, chaque peuple à dans sa mythologie au moins une histoire d’un grand déluge. La majorité a donc aussi le concept selon lequel l’humanité actuelle n’est pas la première, car au moins une autre existait auparavant et fut détruite par les Dieux. Les civilisations précolombiennes et Indiennes, entre autres, pensent même que ce genre de catastrophe est cyclique, étant déjà arrivé plusieurs fois, et arrivera encore.

La Bible elle-même, bien qu’étant contre l’idée de créations antérieurs à la nôtre, prédit cependant une apocalypse, causée par les pêchés de l’homme, et d’où seuls les justes survivront. Bien que légèrement différent les uns des autres, tous les mythes exposés regroupent ces facteurs fondamentaux.

Mémoires collectives, archétypes ou sources communes, les mythologies et leurs symboles renfermeront toujours autant de mystère, s’enfonçant dans la nuit des temps, et jusqu’à l’aube de leurs fins.

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