11 novembre: va-t-on oublier les «Poilus» de 14-18 ?

Le 11 novembre, faut-il remplacer le souvenir du sacrifice des «Poilus» par une commémoration «globale» des «morts pour la France»? Polémique.

Alors que les derniers «poilus» de la Grande Guerre sont décédés, alors que l'Europe franco-allemande semble reprendre quelques couleurs à l'occasion de la crise de la zone euro, n'est-il pas temps de se dire qu'il faut arrêter cette commémoration exclusive de l'Armistice qui a mis fin à la guerre de 14-18? La question mérite d'être posée même si, à l'évidence, elle génère sinon la polémique, du moins le débat entre ceux qui entendent tourner la page et les partisans d'un devoir de mémoire consacré exclusivement au sacrifice de 1 300 000 soldats français, le tiers de la génération des 18-25 ans. Voici quelques éléments pour se faire une idée personnelle sur ce sujet encore particulièrement sensible dans toutes les familles de notre pays.

Une annonce du président de la République

En ce 11 novembre, qui a marqué le 90e anniversaire de l'inhumation du Soldat inconnu sous l'Arc de Triomphe, le président de la République a voulu faire ce cette cérémonie non seulement la commémoration de la Grande Guerre, mais aussi un hommage «à tous les morts pour la France» depuis cette date.

«Je pense en particulier à tous les morts en opérations extérieures, a déclaré Nicolas Sarkozy. Ceux qui sont tombés en Indochine, à Suez, en Afrique du nord, mais aussi dans les Balkans, au Moyen-Orient, au Tchad, en Côte d'Ivoire, en Afghanistan, ont droit au respect et aux honneurs que la Nation réserve à ceux qui ont fait pour elle le sacrifice de leur vie».

"Depuis dix ans, a-t-il ajouté, 158 soldats ont perdu la vie et près de 1500 ont été blessés dans ces opérations (...) Je voudrais que nous ayons une pensée particulière pour les 24 soldats qui depuis un an sont morts en Afghanistan».

Mémoire «fourre-tout» ou évolution nécessaire?

La question est de savoir si inclure dans l'hommage aux Poilus du 11 novembre, le souvenir de tous les combattants, mélanger ainsi les soldats «morts pour la Patrie» avec les militaires «morts pour la France» sur les théâtres extérieurs, dans des guerres à la fois lointaines et contestées par une partie de la population et des hommes politiques, est ou non une bonne chose?

Aucun doute pour le président de la République qui a par ailleurs annoncé que le gouvernement allait déposer «dans les semaines qui viennent» un projet de loi qui associera dans une même cérémonie, les victimes militaires de toutes les guerres. Un monument aux morts sera même érigé à Paris en leur mémoire, et notamment les 616 militaires français morts depuis l'Algérie: «Cela permet de montrer qu'il y a une filiation entre tous ceux qui sont morts pour la France, pour ses valeurs», a ajouté Marc Laffineur , le secrétaire d'État chargé des anciens combattants.

Si François Hollande lui a répondu dans Le Monde qu'il n'était «pas opposé à l'instauration d'un Memorial Day» dans l'esprit de celui qui existe aux États-Unis, il a tenu cependant à marquer sa différence, depuis l'ossuaire du Bois de Gruerie, dans la Marne, où il était allé se recueillir : «Le 11 novembre doit demeurer à nos yeux l'évocation de ce terrible carnage qui a fait 10 millions de morts, toutes nationalités confondues». Et d'insister sur la nécessité, pour le prochain président de la République, de commémorer pendant son quinquennat le centenaire du déclenchement de la guerre de 14-18. François Hollande entend en faire, s'il est élu, un «grand moment d'unité nationale», un «nouveau temps de rassemblement national et de réconciliation internationale».

Une commémoration plus politique qu'historique

On le voit, cette commémoration de 2011 a changé de nature. D'essentiellement historique qu'elle était, tant qu'il restait des témoins survivants de cette guerre affreuse, elle est devenue l'occasion pour les deux principaux rivaux de la présidentielle de 2012, de développer un discours surtout politique . François Hollande s'est positionné depuis l'Argonne comme le futur chef de l'État, celui qui aurait la charge d'organiser le centenaire du début de la Grande Guerre. Quant à Nicolas Sarkozy, en rendant hommage aux 25 morts d'Afghanistan, il s'est présenté en «père de la Nation», en «chef de guerre» assumant les choix de la France en matière de politique internationale, au risque de «dissoudre la singularité de la Grande Guerre», selon les craintes de l'historien Nicolas Offenstadt .

Le Président a certes précisé que les manifestations particulières, organisées par les associations patriotiques et les anciens combattants, «ne seront pas supprimées» aux niveaux local et régional, mais qu'au lieu de douze, il ne restera plus que trois commémorations nationales : le 11 novembre («l'hommage à tous les soldats morts pour la France »), le 8 mai (la victoire sur le nazisme et la barbarie) et le 14 juillet (la fête nationale). Suffiront-elles à satisfaire en France la soif de mémoire des associations?

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