18e étape du Tour: Andy Schleck pris par la fièvre jaune!

Pour la 1ère fois, le Luxembourgeois Andy Schleck a fait preuve d'un formidable panache dans l'Izoard et menace Voeckler toujours en jaune à 15 secondes.

Définition de la fièvre jaune propre au Tour de France: «mal des montagnes que seuls les champions attrapent quand ils gravissent les cols mythiques des Alpes». Les symptômes? Des jambes qui s'emballent, un corps qui devient léger, aérien quand le «malade» appuie sur les pédales, monte en danseuse avec l'obsession de faire le trou avec ses rivaux dans une pente à 10%. Un regard halluciné aussi qui en dit long sur le rêve du fiévreux: enfiler le maillot jaune quoi qu'il en coûte. Andy Schleck a été atteint de cette fièvre, jeudi 21 juillet, dans la 18 e étape du Tour, Pinerolo-le Galibier-Serre-Chevalier: 200,5 km et trois très gros cols, l'Agnel emprunté pour la première fois dans ce sens, l'Izoard et sa légendaire Casse déserte et pour finir, le Galibier, l'arrivée la plus haute de l'histoire du Tour, le dessert des cadors. Il n'a certes pas enfilé la tunique, mais ses supporters le jurent, cela ne saurait tarder. Après le travail de sape de Contador dans les 16e et 17e, c'est le Luxembourgeois qui a montré ses capacités avant les deux dernières étapes reines: l'Alpe d'Huez vendredi 22, et samedi 23 le contre-la-montre.

Un problème pour Contador?

«Un petit jaune pour fêter ça !» aurait dit Antoine Blondin pour qui ce genre d’occasion de siroter un pastis avec très peu d’eau ne se ratait pas. De la tribune d'honneur à Serre-Chevalier, il aurait ainsi levé son verre au passage d'Andy Schleck. Car si ce dernier a raté le coche dans la 12e étape de distancer un Alberto Contador prenable dans les Pyrénées (esseulé, loin de son style fluide du Giro, jambes lourdes, genou écorché, entouré de tous ses adversaires au pied de Luz-Ardiden), cette fois, le Luxembourgeois a osé, et d'un coup, il s'est débarrassé des plus grands!

169 coureurs, 23 degrés au départ, 19 échappés parmi lesquels les équipiers des leaders, Delage, Hoogerland, Perez-Moreno (encore lui), Montfort, Posthuma, Delaplace et Roche (le mieux placé). Plus bas, en tête du peloton, à 8 minutes, Thomas Voeckler est encore en jaune, il n'a perdu que 27 secondes la veille. Le Français s'interroge comme les autres leaders: Alberto Contador bluffe-t-il? Il traîne depuis le départ à l'arrière, près de la voiture médicale, et la rumeur d'un réveil de sa douleur au genou parcourt le peloton. Pendant ce temps, la montée commence au kilomètre 35 vers le col Agnel (hors catégorie, 2744 m) et la pente devient raide (14%, dès 2100 m) jusqu'à son sommet (kilomètre 107). Ils sont onze à franchir le col groupés, emmenés par le Kazakh Maxim Iglinskiy, dont deux équipiers des frères Schleck et deux autres de Sanchez, suivis à 4mn50 par De Gregorio, Gesinks, Zeits, Leipheimer, Jeannesson, Moncoutié et Westra.

Soudain, dans le peloton, les Léopard-Treck des coureurs luxembourgeois accélèrent, reprennent deux minutes sur les échappés, au point qu'à l'arrière, le peloton s'étire et se fracture, laissant derrière lui un Sylvain Chavanel épuisé ainsi que Sandy Casar et trois équipiers de Contador, dont Fabian Cancellara. Un coup dur pour l'Espagnol qui bientôt rétrograde en queue de peloton.

L'attaque d'Andy Schleck dans le col de l'Izoar

Les échappés basculent dans les 20 kilomètres du toboggan vers Château-Ville-Vieille, une forteresse nichée à 1380 m d'altitude, avant de grimper à nouveau pendant 18 kilomètres, jusqu'au col de l’Izoard (HC, 2360). Thomas Voeckler, apparemment serein et entouré de quatre coéquipiers, passe au sommet avec 5mn35 de retard sur Maxim Iglinskiy. Il ne reste qu'une cinquantaine de coureurs dans le peloton parmi lesquels tous les leaders, avant que des attardés ne reviennent à la faveur de la descente. À 70 kilomètres de Serre-Chevalier, dans la vallée, vent de face, le groupe des champions pointe à 4mn30 de neuf rescapés de tête (bientôt sept) emmenés par Posthuma et Montfort, deux Léopard-Trek. Préparent-ils une offensive des frères Schleck? Contador, qui n'a qu'un équipier, reste toujours caché à l'arrière, il mange pour éviter l'hypoglycémie et se fait oublier. Andy Schleck, qu'on surnomme désormais «torticolis» sur le Tour (il passe le clair de son temps, comme chaque jour, à se retourner pour surveiller son rival espagnol), remonte soudain vers la tête du peloton et prend ses responsabilités. Cette fois, il ne plaisante pas: il attaque franchement au milieu de l'Izoard sans que personne ne lui réponde. Au même moment, en haut, Posthuma se laisse glisser, sans doute pour se mettre plus tard à son service.

Alberto Contador remonte alors vers son unique coéquipier, le rescapé Navarro et tente de donner un nouveau tempo au peloton, avec le soutien des hommes de son compatriote Sanchez, 5e au classement général. Mais Andy Schleck gratte bientôt une minute, sautant les coureurs échappés les uns après les autres. Chacun semble décidé à le laisser devant car il reste encore 58 kilomètres avant l'arrivée, dont le célèbre Galibier. Cadel Evans n'a plus qu'un équipier,Thomas Voeckler en a encore deux.

Evans réagit, Voeckler se bat pour rester en jaune

Pour la première fois, il montre du panache, Andy Schleck! De quoi rappeler l´époque des grandes échappées, chères aux Bahamontes, Merckx ou Ocaña. Le Luxembourgeois, au courage, rattrape son équipier, le dépasse et fonce avec l'idée de rejoindre son deuxième homme, Maxime Montfort, posté à l'avant avec Nicolas Roche, tandis que Maxim Iglinskiy passe le col en tête pour la deuxième fois de la journée. En haut de l'Izoard, Andy Schleck a 2mn15 d'avance dans un groupe de cinq hommes, quand Voeckler, Contador, Evans et consor passent le col et s'engoufrent dans la descente. À 39 kilomètres de l'arrivée, dans la vallée, le maillot jaune 2010 s'approche de Samuel Sanchez. Les deux Espagnols, 5e et 6e du général discutent ferme dans leur langue natale. Dans la foulée, il troque son vélo contre un ultraléger (6,8kg) de grimpeur. Contador prépare-t-il la riposte?

Andy Schleck, qui a rejoint Maxim Iglinskiy, a maintenant 3mn30 d'avance quand il monte vers le col du Lautaret avec un vent de face, à 23 kilomètres de la ligne. Son coéquipier décroche, le Luxembourgeois part alors pour une course sans relais de 17 kilomètres dont 15 de pure ascension. Seul contre tous! Pendant ce temps, Contador attend toujours à l'arrière du peloton car il reste plus d'une demi-heure de travail. Nul doute, pourtant, que pour gagner le Tour, il va falloir partir de loin.

Quand il entend «4 minutes pour Andy Schleck» dans son oreillette, Alberto Contador prend la tête du peloton qui s'étire, suivi par Cadel Evans. Mais il n'a pas les moyens de réagir! Personne ne veut rouler à 10 kilomètres de Serre-Chevalier. Alors, c'est l'Australien qui s'y colle en accélérant au train, provoquant des cassures et réduisant l'écart (4mn à 8 km) avec le Luxembourgeois. Au pied du Galibier, Andy Schleck lâche Maxim Iglinskiy et part tout seul.

Plus bas, Voeckler s'accroche dans la roue d'Evans, Sanchez, épuisé, décroche et Contador ferme la marche du peloton réduit à dix, toujours sous le regard de Frank Schleck. Soudain, l'Espagnol lâche et perd le Tour de France 2011. Il ne bluffait pas! À un kilomètre de l'arrivée, Andy Schleck, qui va gagner l'étape, a encore 2mn35 d'avance sur le Français qui contre-attaque pour sauver son maillot jaune. Voeckler, héroïque, reste en jaune, Frank Schleck termine deuxième en haut du Galibier.

Classement général: 1-Thomas Voeckler. 2-Andy Schleck à 15 secondes. 3-Frank Schleck à 1mn08. 4-Cadel Evans à 1mn12. 5- Damiano Cunego et Ivan Basso à 3mn46. 7-Alberto Contador à 4mn44.

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